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16 - Harvey Spencer Lewis

par Christian Rebisse

H. Spencer LewisLe 25 novembre 1883 naît Harvey Spencer Lewis, un personnage étonnant qui va donner au rosicrucianisme une dimension qu’il n’avait jamais connue jusqu’alors. Sa famille est d’origine galloise ; ses ancêtres sont venus s’installer en Virginie avant la révolution américaine. Le grand-père d’Harvey Spencer, Samuel Lewis, né le 7 novembre 1816 à Buckingham, en pennsylvanie, est le descendant de fermiers ayant défriché le sol de cette contrée. Il épouse Eliza Hudnut, une jeune femme cultivée d’origine française, et le couple s’installe à Kingwood, dans le New Jersey. C’est dans cette ville que naît, le 3 février 1857, leur fils Aaron Rittenhouse Lewis. Dès son jeune âge, sa mère l’initie à la littérature française et lui communique une certaine sensibilité pour la spiritualité. La vie de la famille est rythmée par les travaux de leur ferme et les activités à l’église méthodiste, car la religion occupe une grande place dans l’existence d’Aaron. Il est en effet particulièrement dévot, et il lui arrive de faire des conférences à l’église de Kingwood. Le 14 janvier 1851, il épouse Catherine Hoffman, une jeune femme dynamique née en Allemagne, où elle fit des études pour devenir professeur. De leur union naît, le 25 novembre 1883, à Frenchtown, Harvey Spencer Lewis.

Si Aaron Lewis donne comme deuxième prénom à son fils, Spencer, c’est à cause de l’admiration qu’il éprouve pour les frères Spencer, inventeurs d’un système de calligraphie employé alors dans les écoles publiques. Aaron est lui-même un excellent calligraphe, et ce don lui permet d’abandonner ses occupations à la ferme familiale pour se faire engager comme professeur dans un collège d’une ville voisine. Grâce à ses talents d’illustrateur, il augmente ses revenus en exécutant de petits travaux pendant ses heures de loisir. De son côté, Catherine exerce la profession d’enseignante. La famille quitte bientôt Frenchtown pour s’installer à New York. Là, Aaron Lewis s’associe avec Daniel T. Ames, un chimiste spécialisé dans l’analyse de l’encre et du papier. Ensemble, ils mettent au point une technique permettant d’analyser les documents pour déterminer s’il s’agit de pièces authentiques ou de faux. Ils créent ainsi une nouvelle profession, celle d’expert en documents et écritures. Leur cabinet fera autorité pendant plus de trente ans.

Lorsqu’Harvey Spencer Lewis évoque sa jeunesse, il écrit : « Les tout premiers souvenirs de mon enfance sont ceux d’une maison dans laquelle mon père consacrait de nombreuses heures de ses soirées à la recherche et à l’étude. Ma mère avait terminé ses cours dans les écoles et travaillait activement avec mes deux frères et moi-même sur les devoirs que nos professeurs nous avaient donnés à faire à la maison » (1). Harvey Spencer est un jeune homme à la curiosité insatiable ; il lit tous les ouvrages à caractère scientifique qu’il peut se procurer et se passionne pour la physique, l’électricité et la chimie. Son intérêt pour la photographie le conduira bientôt à construire lui-même son propre appareil. Très jeune, il révèle également des talents d’artiste, que ce soit en dessin, en peinture, ou en musique. Il joue du piano et organise dans son collège le second orchestre scolaire de la ville de New York. En juin 1899, cette formation donnera un concert pour la soirée de remise des diplômes marquant la fin des études d’Harvey Spencer Lewis.

L’éveil mystique

     L’environnement familial d’Harvey Spencer Lewis contribue beaucoup au développement de sa sensibilité mystique. Son père, Aaron Lewis, met un point d’honneur à consacrer la journée du dimanche aux activités religieuses. La famille ne se contente pas ce jour-là d’aller au temple méthodiste ; elle lit et elle commente également la Bible. Jusqu’à sa seizième année, Harvey Spencer Lewis participe avec enthousiasme aux activités du temple métropolitain de New York. Il aime chanter dans la chorale de ce centre méthodiste, qui est un lieu de réunion important pour les jeunes de la ville. Il écoute avec attention les exposés du Dr S. Parkes, le pasteur qui s’occupe du temple.

Harvey Spencer Lewis profite souvent de moments de liberté pour venir méditer dans ce temple qui devient son foyer spirituel. Cette attitude ne manque d’ailleurs pas d’intriguer le portier et le pasteur, avec lequel il a fréquemment des entretiens sur des sujets touchant à la mystique. Souvent, dans le silence, le jeune Harvey Spencer contemple l’autel en réfléchissant sur les mystères divins. Lorsqu’il évoque ces instants de prière dans sa biographie, il précise : « Je ne savais pas ce qui m’était nécessaire et, par conséquent, je ne priais pour rien d’autre que pour l’amour et la paix. » C’est dans ce temple qu’il connaît ses premières expériences mystiques et qu’il en vient à s’interroger sur la nature profonde de l’homme, et sur la possibilité d’entrer en relation avec la partie la plus subtile de l’être, l’âme. En 1900, il termine sa scolarité et trouve un emploi de garçon de bureau aux Éditions Baker et Taylors. Ce travail lui permet d’avoir à sa disposition la quantité de livres nécessaire à son insatiable curiosité.

La New Thought

     Un article publié le 20 octobre 1901 dans le New York Herald attire probablement l’attention d’Harvey Spencer Lewis. Il évoque le cas de Leonora Piper, une femme médium de Boston sans équivalent dans l’histoire des sciences psychiques (2). À cette époque, les expériences avec des médiums sont courantes à New York, une ville où le spiritisme compte de nombreux adeptes. Comme on l’a vu dans un chapitre précédent, c’est à la suite de l’introduction du magnétisme aux États-Unis en 1836 par Charles Poyan, un disciple de Puységur, que le spiritisme se développe dans ce pays (3). Les manifestations qui en découlent conduisent les savants à s’intéresser à ces phénomènes, et leurs travaux donnent lieu à la création d’instituts de recherches sur les facultés paranormales. Le plus prestigieux est l’American Society for psychical research, créé à Boston en 1884, dans le sillage de la Society for psychical research, fondée en 1882 en angleterre. Harvey Spencer Lewis participera d’ailleurs bientôt à un groupe similaire.

L’importance grandissante du magnétisme conduit aussi à la naissance de la New Thought (la Nouvelle Pensée), un mouvement qui prend une ampleur considérable et qui, sous certains aspects, préfigure le New Age. On peut le définir comme étant un courant philosophique de sensibilité judéo-chrétienne enseignant les lois de la puissance créatrice de la pensée. Son but est de conduire le disciple à une vie équilibrée, harmonieuse, et à la réalisation de soi. De plus, il a – et c’est là l’un de ses aspects essentiels – des applications thérapeutiques. Ce mouvement trouve ses origines dans les idées du guérisseur de Portland : Phineas Parkhurst Quimby (1802-1866), un horloger originaire du New Hampshire. Après avoir assisté aux séances données par Charles Poyan, il commence à soigner par le magnétisme et finit par se consacrer totalement à cette activité à Portland. Associant sciences psychiques, philosophie et mysticisme chrétien pour conduire le disciple à la santé et au bonheur, il crée ce qu’il nomme la Mental Science (la Science du mental), dite aussi Christian Science (la Science chrétienne) ou Science of health (la Science de la santé). Vers 1840, ses expériences sont relatées dans les journaux du Maine. Très populaire, il ne théorisera cependant ni ses pratiques ni sa philosophie à travers des livres ou des traités ; ses idées ne nous sont connues que par l’ouvrage d’Annetta Gertrude Dresser, The philosophy of P. P. Quimby, with selections from his manuscripts and a sketch of his live (1895).

Après la mort de Phineas Parkhurst Quimby, la New Thought prend naissance avec trois de ses anciens patients et disciples. Le premier est le révérend Warren Felt Evans (1817-1889), un ministre du culte swedenborgien. Après avoir été guéri par Quimby, il est séduit par ses théories et écrit le premier livre consacré au traitement mental, The Mental Cure (1869). Il sera suivi de nombreux autres volumes, comme Esoteric Christianity and mental therapeutics (1881). Le deuxième disciple de Phineas parkhurst Quimby est Julius A. Dresser (1838-1893). Après sa guérison en 1860, il consacre sa vie à poursuivre l’œuvre de son maître. Julius A. Dresser est en quelque sorte le premier guérisseur psychique moderne et peut être considéré comme le fondateur de la New Thought, mouvement dont il évoque l’histoire dans The True History of Mental Science (1887). Sa femme Annetta Gertrude et son fils Horatio Willis sont également des auteurs faisant autorité dans ce domaine.

Enfin, Mary Baker Glover Patterson (1821-1910), la troisième disciple de Phineas Parkhurst Quimby, est probablement la plus connue. Elle aussi, en 1862, fut guérie d’une maladie qui semblait incurable. Cependant, après la mort de Quimby, elle tombe à nouveau gravement malade, mais réussit à se guérir elle-même en appliquant les principes du maître. Elle commence alors à mettre au point sa propre philosophie, la Christian Science. Elle épouse le docteur Asa Gilbert Eddy et écrit Science and Health, with key to Scriptures (Science et Santé avec la clé des Écritures) (1875). Dans ce livre, Mrs Eddy développe l’idée que toute maladie est avant tout d’origine psychique, et qu’une « cure de l’esprit » basée sur la prière et l’adoption de pensées positives conduit immanquablement au retour de l’harmonie. Ce livre connaît un succès considérable, et en 1898, il en est déjà à sa cent quarantième édition. En 1881, aidée de son époux, Mrs Eddy fonde le Collège métaphysique du Massachusetts pour faire connaître la Christian Science. Sous sa direction, il prospère jusqu’en 1889, période pendant laquelle elle instruit plus de quatre mille élèves ; puis elle ferme temporairement cette institution pour écrire Science of Health (1891). Le Collège ouvre à nouveau ses portes en 1899, et peu à peu, le mouvement devient une véritable Église qui comprend des milliers de disciples dans le monde.

Le Kybalion

     Aux États-Unis, la New Thought a entraîné la publication de toute une littérature dont les auteurs les plus prisés, outre ceux qui ont été évoqués précédemment, sont : Ralph Waldo Trine, Henry Wood, Ella Adelia Fletcher, Oliver C. Sabin, Victor Turnbull, Emma Curtis Hopkins, Prentice Mulford et William Walker Atkinson. Ce dernier mérite une attention particulière, car il est l’un des représentants les plus éminents de la New Thought américaine. William Walker Atkinson (1862-1932), franc-maçon, théosophe, membre du barreau de Pennsylvanie et professeur de magnétisme, est l’un des auteurs les plus importants de la Pensée Nouvelle. Entre 1902 et 1915, il publie une vingtaine d’ouvrages, soit sous son propre nom, soit sous celui de Yogi Ramacharaka. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer : The Law of the New Thought (1902) ou The Hindu-Yogi Science of Breath, a complete manual of breathing philosophy of physical, mental, psychic and spirituel development (1909). L’originalité de cet auteur, par rapport à ses prédécesseurs, est d’avoir inclus dans ses théories et ses pratiques des éléments relevant de l’hindouisme ou du yoga. Cette note particulière provient sans doute de la Société théosophique à laquelle il a appartenu, et surtout de Swami vivek-ananda. Ce dernier était en effet venu en 1893 pour participer au Parlement des religions à Chicago. Il donna alors des conférences dans plusieurs villes, avant de fonder la Vedanta Society of the city of New York (1894). Dans ses livres, William Walker Atkinson aborde des thèmes comme : la santé par le magnétisme, la respiration mystique, le karma, les vibrations, la polarité, la projection de la pensée ou la visualisation.

William Walker Atkinson est probablement l’auteur du célèbre Kybalion, a study of the hermetic philosophy of Ancient Egypt and Greece (Le Kybalion, étude sur la philosophie hermétique de l’Ancienne Égypte et de la Grèce (4). La couverture indique que ce texte est l’œuvre de « trois initiés », allusion à peine voilée à Hermès Trismégiste. L’auteur du Kybalion prétend d’ailleurs exposer l’art royal des Égyptiens, qui est la synthèse de toutes les sciences, et auquel l’Inde, la Perse et la Chine puisent leurs sources. Il expose « sept lois hermétiques », qu’il présente comme étant celles d’Hermès Trismégiste. Parmi ces lois, citons celles des correspondances, des vibrations de la vie, de la polarité, du rythme, de la causalité (le karma), autant de sujets qui n’ont pas réellement grand-chose à voir avec le contenu des écrits du Corpus Hermeticum, mais qui relèvent spécifiquement de la New Thought (5). Le Kybalion, qui tente de relier les principes de la Pensée Nouvelle avec ceux de l’hermétisme, constitue donc une très bonne synthèse de tout ce courant d’idées.

Nous terminerons cette longue parenthèse sur les auteurs de la New Thought en signalant l’un des livres phares de ce mouvement, The Heart of the New Thought, publié par Ella Wheeler Wilcox en 1902. Cet ouvrage connaît un succès immédiat et sera réédité quatorze fois en l’espace de trois ans. S’il nous intéresse ici, c’est parce que son auteur participera bientôt à l’élaboration de l’AMORC aux côtés d’Harvey Spencer Lewis.

Entre 1860 et 1910, la New Thought connaît un très fort développement. La raison de son succès tient sans doute à son caractère pragmatique, si bien qu’elle tend à réduire l’influence de la Société théosophique. Comme l’indique Hermann de Keyserling, contrairement à ce mouvement, la New Thought rejette l’occultisme pur, qu’elle considére comme secondaire. Elle propose une voie d’épanouissement individuel orientée vers la réalisation du moi. Ses applications sont concrètes et peuvent s’utiliser pour résoudre les problèmes quotidiens. En outre, contrairement à la Société théosophique qui s’inscrit dans la culture orientale, la New Thought s’enracine dans le christianisme (6). De son côté, le psychologue américain William James voit des analogies frappantes, au point de vue psychologique, entre la mind-cure (la cure de l’esprit) prônée par la New Thought et le protestantisme de Luther et de Wesley (le méthodisme). Il y remarque la même parole libératrice et la confiance totale dans le bien (7).

Malgré les multiples témoignages d’Albert Louis Caillet (8), la New Thought n’aura guère de répercussions en France, si ce n’est à travers Hector Durville (9) (1849-1923). Ce dernier, après s’être écarté de la Société théosophique et des mouvements initiatiques dirigés par Papus (Ordre martiniste et Ordre kabbalistique de la Rose-Croix), fonde en 1893 son École pratique de magnétisme et de massage pour répandre les études psychiques et magnétiques, et former des thérapeutes (10). Même s’il se place dans le sillage du magnétisme français – n’oublions pas qu’il est le continuateur du baron Du Potet –, il subit l’influence de la New Thought, en particulier des œuvres de Prentice Mulford (11). Son Journal du magnétisme connaît une large diffusion dans le monde. En 1909, le Collège magnétique de New York, dirigé par le Dr Babbitt, travaille en relation avec lui.

L’Institut de recherches psychiques de New York

     Entre les années 1902 et 1909, Harvey Spencer Lewis s’intéresse au mouvement spirite. Ses investigations personnelles le conduisent à mettre à l’épreuve les doctrines de ce courant. Il se rend alors vite compte que les messages supposés provenir d’esprits par l’intermédiaire de médiums sont sans intérêt. En 1902, désirant approfondir ses recherches, il devient membre de la Ligue d’investigation psychique de New York, un groupe d’hommes et de femmes de toute condition, qui organisent des expériences avec des médiums pour tenter de comprendre ces mystérieux phénomènes. Au bout de deux ans, et bien qu’il n’ait alors que vingt ans, Harvey Spencer Lewis est nommé président de cette association ; il doit cet honneur au fait qu’il soit lui-même doué de facultés psychiques peu communes. En 1904, à l’aide du journal Evening Herald de New York, où il préside un comité d’inspection sur les médiums, il crée le New York Institute for Psychical Research. Ce groupe, dont il est élu président, est composé de scientifiques et de médecins. Parmi les membres de l’Institut figurent des personnalités comme l’écrivain et poétesse Ella Wheeler Wilcox (1850-1919) et le Dr Isaac Kauffmann Funk (12) (1839-1919), bien connu pour ses ouvrages sur les sciences psychiques (The Widow’s Mite and other psychic phenomena, paru en 1904 ou The Psychic Riddel trois ans plus tard).

En Amérique, à cette époque, un groupe prédomine dans le domaine des recherches psychiques : l’American Society for psychical research, de Boston. Or, en 1904, il est en perte de vitesse, et cesse ses activités en 1905, à la suite du décès de son directeur, le Dr Richard Hodgson. Ce n’est qu’un an plus tard, avec le Dr James H. Hyslop, que cette vieille institution se réorganisera à New York sous le nom d’American Institute for scientific research (13). C’est donc sans doute à cause du vide laissé par le ralentissement des activités du groupe de recherches de Boston que naît le New York Institute for Psychical Research. Sous la direction d’Harvey Spencer Lewis, il procède à des investigations visant à contrôler les réelles capacités des médiums, ce qui le conduit à démasquer plus de cinquante simulateurs. L’Institut travaille aussi en parallèle avec les services de police de New York et le journal New York World. Pendant cette période, Harvey Spencer Lewis publie plusieurs articles concernant ces recherches dans le New York Herald et dans le New York World. L’un d’eux, intitulé « Greatest Psychic Wonder of 1906 » et publié en janvier 1907 dans le New York Sunday World avec un portrait de l’auteur, évoque les expériences faites par le New York Institute for Psychical Research avec un jeune médium indien.

Ces recherches ne satisfont pas Harvey Spencer Lewis, car il ne croit guère que les phénomènes produits par les médiums proviennent de la manifestation d’esprits ; il est persuadé qu’ils trouvent leur origine dans des facultés de l’esprit encore inconnues. C’est à cette époque qu’il prend connaissance, entre autres, des ouvrages de Thomson Jay Hudson (1834-1903). Cet auteur, docteur en philosophie, jouit d’une renommée internationale depuis la publication en 1893 de son premier livre, Law of Psychic Phenomena, a Working Hypothesis for the Systematic Study of Hypnotism, Spiritism, Mental Therapeutics… (La Loi des phénomènes psychiques,... (14). Harvey Spencer Lewis lit avec intérêt ce texte qui aborde le magnétisme, le spiritisme, la dualité du mental, le conscient et l’inconscient. Cet ouvrage l’intéresse d’autant plus qu’il étudie scientifiquement la télépathie et présente la suggestion comme le trait d’union entre le conscient et le subconscient, le moyen que l’esprit peut utiliser pour diriger la matière. Il lit aussi les textes de Sir Oliver Lodge, comme La Survivance humaine, qui étudie des facultés non encore reconnues, ou Au-delà de la philosophie et des livres, plus orientés vers la psychologie.

Pendant les années 1906-1907, Harvey Spencer Lewis délaisse les recherches psychiques, qu’il juge stériles. Cette époque est pour lui une période de réflexion. Se livrant quotidiennement à la méditation, il se rend compte qu’au cours de ses exercices d’introspection, il trouve des réponses aux questions touchant les mystères de l’être. Il précise dans son autobiographie, que lors de ces expériences, il ressent une grande paix, et qu’en revenant à la conscience éveillée, il a l’impression d’avoir reçu intérieurement un enseignement sur les lois et les principes se rapportant à Dieu et à la nature. Intrigué, il se confie à une vieille dame, dont il a fait la connaissance à l’Institut de recherches psychiques de New York, May Banks-Stacey. Cette dernière lui révèle que lors de ses expériences, il a probablement retrouvé des connaissances acquises dans des vies antérieures. Elle lui suggère même qu’au cours d’une ou plusieurs réincarnations précédentes, il a sans doute appartenu à une fraternité mystique comme les « rosicruciens d’Égypte ». Harvey Spencer Lewis est étonné par cette réponse qui établit un lien entre la Rose-Croix et l’Égypte ! Dans les jours qui suivent, il cherche lui-même des informations sur le rosicrucianisme, mais ne trouve aucune référence indiquant l’existence de cet ordre ailleurs qu’en Allemagne. Jusqu’alors, il n’avait rien lu, ni même rencontré la moindre allusion à l’existence de secrets rosicruciens. À partir de cette année 1908, toutes ses pensées sont dirigées vers un même but : trouver ce qu’enseignaient les anciens mystiques pour le comparer avec ce que lui-même a pu recueillir à travers ses propres expériences spirituelles.

© Depuis 2003, ce texte a été publié dans un livre dont il constitue l'un des chapitres :
Rose-Croix, Histoire et mystères, Christian Rebisse –éd. Diffusion Traditionnelle.
Il est protégé par un copyright.

Notes :

Extrait de la revue Rose+Croix n° 202 - été 2002

Notes :

1. Lewis, Ralph Maxwell, Mission cosmique accomplie, Villeneuve-Saint-Georges, Éditions rosicruciennes, 1982 (1re édition française : 1970), p. 21. Les éléments biographiques se rapportant à la famille Lewis relatés dans ce chapitre sont extraits de cet ouvrage. D’autres proviennent de l’autobiographie d’Harvey Spencer Lewis, un document figurant dans les archives de l’Ordre de la Rose-Croix AMORC.

2. Les étonnantes facultés de ce médium ont été étudiées par la Society for Psychical Research de Londres. L’un de ses membres, Sir Oliver Lodge, évoque le cas de cette femme découverte par William James en 1885, dans La Survivance humaine, étude de facultés non encore reconnues, Paris, Félix Alcan, 1912, p. 150-216. Sur Leonora Piper, voir aussi Méheust, Bertrand, Somnambulisme et médiumnité, tomeII, « Le choc des sciences psychiques », Le Plessis-Robinson, Institut Synthélabo, coll. « Les Empêcheurs de penser en rond », 1999, p. 63-68.

3. Voir supra, chap. xiii, «À la recherche de Psyché ».

4. Le Kybalion a été traduit en français par André Durville et publié en 1917 par Henri Durville, avec une préface d’Albert Louis Caillet. Ce dernier laisse entendre que William Walker Atkinson n’est pas étranger à sa publication. En effet, non seulement ce texte reprend les mêmes thèmes que ceux qu’il développe dans ses livres, mais de plus, il est édité chez le même éditeur et dans la même collection. L’auteur du Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes connaît bien le sujet puisqu’il est l’un des rares Français, avec les Durville, à s’être passionné pour la New Thought. Dans Traitement mental (1912), il fait grand cas du Kybalion et en commente les principes essentiels.

5. Ajoutons enfin que William Walker Atkinson publie en 1918, sous le pseudonyme de Magus Incognito, un livre intitulé The Secret Doctrine of the Rosicrucians (Advanced Thought Publishing Co.). L’auteur présente sept séries d’aphorismes soi-disant rosicruciens, avec de longs commentaires. Il s’agit d’une sorte de mélange des doctrines ésotériques occidentales et orientales, dont la plupart proviennent de La Doctrine secrète d’Helena Petrovna Blavatsky.

6. « Je vois dans la New Thought, véritablement le seul mouvement religieux de notre temps fondé sur le mysticisme qui puisse faire du bien à la majorité des gens », précise Hermann de Keyserling dans Journal de voyage d’un philosophe, Paris, Bartillat, 1996, p. 187.

7. James, William, L’Expérience religieuse, essai de psychologie descriptive, préface d’Émile Boutroux, chap. iv, « L’optimisme religieux », Paris, Alcan, 1906. Ouvrage réédité sous le titre Les Formes multiples de l’expérience religieuse, préface de Bertrand Méheust, Chambéry, éditions Exergue, 2001.

8. Voir les livres d’Albert Louis Caillet comme Traitement mental et culture spirituelle (1912), ou La Science de la vie (1913), dans lesquels il présente et analyse les points de vue des différents auteurs de la New Thought, ainsi que son Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes (1912), qui accorde une large place aux livres relevant de ce sujet.

9. Il n’existe hélas pas de biographie détaillée consacrée à Hector Durville. On peut cependant se reporter à celle qui a été réalisée par son fils, Henri Durville, «Hector Durville, sa vie, son œuvre », figurant dans l’introduction de son Bréviaire de la santé, Paris, Durville, 1923, p. 5-33.

10. Ses fils, André, Jacques, Gaston et Henri, poursuivront son œuvre. Henri, qui lui succède, est l’auteur de plusieurs best-sellers, tels que La Science secrète ou Cours de magnétisme personnel. Après la guerre de 1914-1918, l’école fondée par Hector Durville devient, sous la direction de son fils Henri, un mouvement initiatique égyptianisant : l’ordre Eudiaque. Les Durville sont aussi des éditeurs, et à ce titre ils ont publié des traductions françaises de plusieurs textes de la New Thought, comme le célèbre Kybalion et les livres de Prentice Mulford, William Walker Atkinson…

11. Prentice Mulford (1834-1891) a publié toute une série d’opuscules à la célèbre White Cross Library, à Philadelphie. Son livre Your forces and how to use them (1888) est présenté par Albert Louis Caillet comme un véritable traité de magie pratique, très clair en ce qui concerne la culture psychique. Il propose une méthode adaptée à tous les usages de la vie quotidienne et pouvant apporter à celui qui la suit le bonheur et la richesse. Ce livre a été traduit en français par Sédir et publié par Chacornac en 1897, puis réédité en 1905-1907 en 3 volumes, sous le titre Vos forces et le moyen de les utiliser. André Durville en a également publié une traduction vers 1933, Les Forces mentales, dans la Bibliothèque eudiaque des éditions Durville.

12. Dirigeant des éditions Funk and Wagalls, le Dr Isaac Kauffmann Funk s’était lancé dans les recherches psychiques et le spiritualisme après avoir fait une expérience avec Leonora Piper, par l’intermédiaire de laquelle il avait reçu un message du Dr Richard Hodgson, une semaine après la mort de ce dernier en 1905. Le Dr James Hyslop, de l’American Society for psychical research de Boston, relate les expériences d’Isaac Kauffmann Funk dans Contact with the other world (1919).

13. Cette société comporte deux sections : l’une qui s’intéresse aux phénomènes psychologiques anormaux, et l’autre aux recherches psychiques. Seule cette dernière sera réellement active et travaillera en relation avec les médecins français J.-M. Charcot et P. Janet.

14. Albert Louis Caillet décrit longuement cet ouvrage important dans Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes, Dorbon, 1912, tome II, n° 5298, p. 286 et dans Traitement mental et culture spirituelle, Vigot, 1912 et 1922, p. 282, 316-321.

1. Ce mouvement connaîtra aussi certaines dérives où se mêlent retour à la nature et cultes primitifs, nationalisme,