19 - Les alliances internationales
par Christian Rebisse Les premières années de l’AMORC sont marquées par l’enthousiasme qui caractérise le début d’un grand projet, mais aussi les épreuves inhérentes à sa réalisation. Les choses sont d’autant plus difficiles que les États-Unis traversent une période de récession. En avril 1917, le pays s’engage dans la Première Guerre mondiale. Au cours du conflit, un gigantesque transatlantique allemand mouillant dans le port de New York est saisi comme prise de guerre. Ce bateau de la hamburg-Amerika Line, baptisé l’Imperator, va être à l’origine de soupçons infondés que l’administration américaine va faire porter sur l’AMORC. Des agents zélés imaginent en effet que l’Ordre doit être en rapport avec l’Allemagne, puisque son dirigeant porte le titre... d’Imperator. Cette méprise grotesque entraîne des perquisitions au siège de l’organisation. Finalement, l’administration se rend compte de la stupidité de sa position, mais plusieurs documents importants sont perdus à la suite de ces interventions, dont un pronunziamento attestant qu’Harvey Spencer Lewis avait reçu à Toulouse l’autorité voulue pour établir la Rose-Croix aux États-Unis. Ce document avait été envoyé par des rosicruciens français à Thor kiimalehto, le secrétaire de l’Ordre, en octobre 1916. Peu de temps après, en 1918, l’AMORC connaît une nouvelle épreuve : à la suite d’une indélicatesse de son trésorier, sa situation financière est mise en difficulté. Cependant, malgré les obstacles, l’Ordre réussit à s’organiser pour faire face à la demande croissante des hommes et des femmes désireux de s’affilier. En mai 1919, grâce à l’aide de William Riesener, un industriel membre de l’AMORC, le siège de l’organisation est déplacé de New York à San Francisco. Comme en témoignent les articles publiés alors, harvey Spencer Lewis traverse une période de découragement et envisage même de quitter toute fonction administrative. Ses doutes seront de courte durée, car l’extension importante que connaît l’Ordre lui rend son enthousiasme. L’AMORC commence en effet à se développer de par le monde. En septembre 1920, le Danemark reçoit une charte pour créer une Grande Loge sous la direction de Svend Turning (1894-1952). La première réunion rosicrucienne de ce pays a lieu en septembre 1920, à l’Isol-Temple, Mariendalsvej, à Frederiksberg. En 1921, dans le sillage de l’Indian Academy of science, l’Inde s’ouvre au rosicrucianisme sous la direction de K. T. Ramasami. L’AMORC s’établit aussi au Mexique, à Java, et installe un secrétariat en Angleterre. En mai 1921, un article de la revue The Mystic Triangle rapporte que l’Ordre a reçu une demande de membres résidant à Paris, pour créer une loge destinée à accueillir les rosicruciens américains de passage en France. Vers 1922, l’AMORC s’installe en Chine et en Russie, grâce à M. Prinz-Visser, un membre hollandais qui, après avoir travaillé au siège de l’organisation aux États-Unis, s’installe à Kharbine, en Mandchourie (1). À la même époque, le fils de l’Imperator, Ralph Maxwell Lewis, devient lui-même membre de l’Ordre. Theodor Reuss et l’O.T.O. Harvey Spencer Lewis sait que les activités rosicruciennes ont été réduites à néant en Europe par la Première Guerre mondiale. Il suppose cependant que quelques membres ont survécu au conflit, et c’est sans doute pour cette raison qu’il cherche à plusieurs reprises à reconstruire l’unité mondiale de la Rose-Croix. Au cours de l’année 1920, il apprend qu’un congrès ayant rassemblé plusieurs mouvements initiatiques s’est tenu en juillet à Zurich, dans l’idée, lancée par Papus en 1908, d’unir les différents ordres traditionnels au sein d’une fédération internationale. Après avoir obtenu l’adresse de Theodor Reuss, son organisateur, auprès de Matthew McBlain Thomson, un franc-maçon de Salt Lake City (2), Harvey Spencer Lewis lui écrit le 28 décembre 1920 pour lui demander un compte rendu de la manifestation. Theodor Reuss (1855-1923) ne lui répond que le 19 juin 1921, soit six mois plus tard, en lui rapportant qu’en définitive, il avait préféré se retirer du congrès de Zurich, car Matthew McBlain Thomson lui avait donné un objectif lucratif (3). En tant que successeur de John Yarker pour le rite de Memphis-Misraïm et le rite écossais ancien et accepté de Cerneau, et comme dirigeant de l’Ordo Templi Orientis (O.T.O.), Theodor Reuss tente de réorganiser les activités internationales de ces trois ordres. Cependant, sa légitimité est de plus en plus contestée (4), et il est probable qu’après le camouflet essuyé au congrès de Zurich, il voit en Harvey Spencer Lewis une nouvelle chance d’étendre son influence outre-Atlantique. Comme nous l’avons vu au chapitre xiv, Theodor Reuss prétend que l’O.T.O. est un ordre descendant des Rose-Croix allemands du xviie siècle (5). Dans les lettres qu’il échange avec Harvey Spencer Lewis, il se présente comme rosicrucien (6). L’Imperator, qui ignore tout de la nature exacte de l’O.T.O., semble le croire – du moins pendant quelques mois – ; aussi lui propose-t-il sa collaboration. Comment pourrait-il en effet mettre en doute la sincérité de celui qui se présente à la fois comme le successeur de John Yarker et le continuateur de Papus ? Pour sceller leur union, Theodor Reuss lui offre une charte lui conférant les grades de 33e, 90e et 95e pour le rite de Memphis-Misraïm, et de VIIe pour l’O.T.O. Comme l’indique ce document, il fait de l’Imperator « a honorary member of our Sovereign Sanctuary for Switzerland, Germany, Austria and to represent our Sov\Sanctuary as Gage of Amity near the Supreme Council of the A\M\O\R\C\ at San Francisco (California) (7) ». Il s’agit en fait d’une charte uniquement honorifique, car Harvey Spencer Lewis ne sera initié ni dans le rite de Memphis-Misraïm ni dans l’O.T.O. La fonction de ce diplôme se limite donc à faire de lui l’ambassadeur de l’O.T.O. auprès de l’AMORC, ce que confirme la correspondance qui l’accompagne. Le TAWUC Les deux hommes tentent de créer une organisation destinée à diriger le rosicrucianisme sur le plan mondial. Ainsi naît en septembre 1921 le TAWUC (The Amorc World Universal Council). Harvey Spencer Lewis semble cependant garder une certaine réserve vis-à-vis de Theodor Reuss : dans les articles qu’il publie dans la revue de l’AMORC à propos de la nouvelle association, il ne fait que très rarement allusion au nom de son collaborateur. De plus, comme le montre leur correspondance, ce n’est qu’après s’être assuré que Theodor Reuss n’était plus en relation avec Aleister Crowley qu’il accepte de s’engager (8). Quoi qu’il en soit, les soupçons d’Harvey Spencer Lewis vont se révéler exacts, car il apparaît rapidement que les objectifs de son collaborateur ne sont pas les siens. Lorsque ce dernier souhaite voir mentionné dans la constitution du TAWUC que l’un des objectifs principaux de l’organisation est de « propager la sainte religion gnostique et de mettre en place des départements d’enseignement spirituel, des publications de politique économique, d’économie sociale... », l’Imperator s’inquiète et refuse de le suivre. Reuss propose alors de discuter du texte de la constitution lors d’une convention qu’il organisera en Suisse. Dès ce moment, les projets de collaboration entre l’Amérique et l’Europe s’effritent, et Harvey Spencer Lewis commence à entrevoir les intentions réelles de son correspondant. Il se rend compte qu’il s’est engagé trop vite et essaie de temporiser. Sentant les réticences de son interlocuteur, Theodor Reuss fait de nouvelles propositions et suggère d’arranger une rencontre entre rosicruciens américains et allemands dans le cadre d’un voyage touristique à oberammergau, une ville de Bavière célèbre depuis 1634 pour ses représentations théâtrales de la Passion. Le dirigeant de l’O.T.O. travaille en effet pour un bureau qui organise ces manifestations, et il souhaite que l’Imperator puisse assister à celle de mai 1922, accompagné de cinq cents membres. Voyant qu’en définitive son interlocuteur souhaite surtout utiliser l’AMORC pour gagner de l’argent, Harvey Spencer Lewis prend ses distances : à partir de septembre 1921, il ne répond plus aux lettres de Theodor Reuss – sauf une ultime fois le 20 mai 1922 –, et les relations entre les deux hommes s’achèvent sans conclusion véritable. Le projet du TAWUC reste lettre morte ; il suscitera cependant l’imagination de quelques historiens dont les écrits seront à l’origine de bien des méprises. Theodor Reuss entrera bientôt dans le grand silence : il passe « à l’Orient éternel » le 28 octobre 1923, à Munich (9). Les Rose-Croix de France Harvey Spencer Lewis a le plaisir de voir son fils Ralph Maxwell s’investir davantage dans les activités de l’Ordre: au cours de l’année 1924, ce dernier est élu Secrétaire Suprême de l’AMORC. D’un autre côté, l’évolution de l’organisation la conduit une nouvelle fois à déménager pour installer son siège à Tampa, en Floride. Au cours de l’année 1925, le frère de l’Imperator, Earle R. Lewis, trésorier du Metropolitan Opera company de New York, fait la connaissance de Maurice Jacquet (1886-1954). Ce pianiste français, chef d’orchestre et compositeur, vit depuis quelque temps aux États-Unis avec son épouse Andrée Amalou-Jacquet, une harpiste renommée (10). Il aime se faire appeler duc de Misserini et donne des concerts au Maxime Theatre de New York. Or, ce musicien est aussi un franc-maçon qui s’intéresse au rosicrucianisme (11) ; c’est la raison pour laquelle Earle R. Lewis pense intéressant de le mettre en contact avec son frère. L’Imperator lui propose de le rencontrer lors d’une conférence que lui-même doit donner à New York en novembre 1925. Maurice Jacquet lui fait part dès le 21 novembre de son obligation d’être à Chicago pour un concert à cette date, mais il précise à la fin de sa lettre: « I am Rose-Croix (12). » Les deux hommes finissent tout de même par se rencontrer, et Maurice Jacquet ne tarde pas à manifester son enthousiasme à l’égard de l’AMORC. Au cours de l’année 1926, il propose à l’Imperator de le faire entrer en contact avec les plus hautes autorités de la franc-maçonnerie française, et, dans ce but, le met en relation avec André Mauprey, auteur dramatique, 33e et membre du chapitre L’Effort dirigé par Firmin Gémier. Comme nous le verrons, André Mauprey jouera un rôle important dans le développement de l’AMORC en France. Les vœux de Maurice Jacquet vont bientôt se réaliser, car à cette époque, Harvey Spencer Lewis projette de se rendre en Europe pour y éclaircir une étrange affaire. En effet, en janvier 1926, il a reçu de Bâle une lettre d’invitation de Theodor Reuss. Or ce dernier est mort en 1923 ! Il pense également profiter de son voyage pour rencontrer des Français membres de l’AMORC, qui envisagent sans doute de développer l’Ordre en France. D’ailleurs, depuis le mois de mai 1926, grâce à John P. Callaghan, un rosicrucien originaire de Montréal, l’Imperator est en relation avec le président de la Société alchimique de France : François Jollivet-Castelot. Ce personnage éminent de l’ésotérisme publie depuis 1920 une revue consacrée à l’alchimie, intitulée La Rose-Croix. Dès la fin du mois de mai, il devient membre honoraire de l’AMORC (13). Le voyage en France de 1926 À son arrivée en France, le 11 août 1926, Harvey Spencer Lewis rencontre M. Malherbe et son épouse, tous deux membres de l’Ordre, ainsi que Charles Lévy, un franc-maçon qui deviendra le Grand Secrétaire de l’AMORC pour la France du Nord. Il entre également en relation avec Firmin Gémier et Camille Savoire (1869-1951). Ce dernier est l’une des plus hautes autorités de la franc-maçonnerie française. Grand Commandeur du Grand Collège des rites, il tente alors de réorganiser les activités du grade maçonnique de Rose-Croix. Passionné par tout ce qui peut rapprocher les hommes, il s’intéresse au rosicrucianisme et manifeste un intérêt tout particulier pour l’AMORC. À la suite de leur entrevue, une rencontre plus officielle est organisée pour le mois de septembre. En attendant, Harvey Spencer Lewis fait un peu de tourisme tout en poursuivant ses activités. Il se rend à Toulouse, où il rencontre Ernest Dalmayrac, un membre du chapitre Rose-Croix, de la loge L’Encyclopédique (14). Dans l’un des albums de l’Imperator, on peut voir une photographie de la maison de ce Toulousain, avec la légende suivante : The R\C\ Headquarter in Toulouse, c’est-à-dire « le quartier général des Rose-Croix à Toulouse ». André Lebey et la Société des Nations D’après le compte rendu de son voyage, Harvey Spencer Lewis va être amené à participer à un mystérieux conclave à Toulouse (15). Qu’en fut-il des activités réelles de l’Imperator dans cette ville ? Cela reste difficile à dire. Comme il le fait souvent, il mélange dans un même récit des expériences mystiques personnelles avec des faits réels, pour en voiler le sens exact. Quoi qu’il en soit, il est possible qu’à Toulouse, il ait assisté à des réunions regroupant des initiés de divers horizons. Cependant, dans une sorte d’œcuménisme initiatique, il a souvent tendance à présenter comme rosicruciens aussi bien des francs-maçons titulaires du grade de Rose-Croix, que des hommes ayant le même idéal de paix et de fraternité que lui. L’une des informations données par Harvey Spencer Lewis est révélatrice de ce penchant. Il précise en effet que de nombreux participants du conclave devaient être présents une semaine plus tard à la session d’ouverture de la Société des Nations (la S.D.N.) (16). Cette organisation mondiale, installée à Genève, a été fondée immédiatement après la guerre de 1914-1918 pour veiller au maintien de la paix entre les nations et éviter que de telles horreurs ne se reproduisent. Il est possible que la réunion dont parle l’Imperator ait été une séance préliminaire tenue dans une loge toulousaine à la fin du mois d’août 1926, avant la session de la S.D.N. à Genève. En effet, parmi les diverses personnalités qu’il rencontre lors de son voyage en France, il faut également citer André Lebey (1877-1938) (17), Grand Orateur du Grand Collège des rites et l’un des promoteurs français de la Société des Nations (18). Outre les réunions préparatoires tenues à Toulouse, il est possible qu’Harvey Spencer Lewis ait participé à celles qui furent organisées à Genève par des responsables de la S.D.N., puisqu’il s’est également rendu dans cette ville. Plus tard, dans une lettre adressée au consul américain à Genève en réponse à une critique de l’un de ses contradicteurs, il précisera que des conférences internationales de rosicruciens et de francs-maçons se sont tenues à Genève en 1926, en même temps que la session d’automne de la S.D.N., et qu’il a lui-même participé à l’une de ces réunions. Une réception au Grand Orient à Paris Après son passage à Toulouse, Harvey Spencer Lewis s’arrête à Nice au début de septembre pour retrouver André Mauprey qui l’a invité à passer quelques jours dans sa villa de Golfe-Juan. Ensemble, ils évoquent une collaboration possible entre l’AMORC et la Société dramatique européenne, dont le Français est responsable. Les relations entre les deux hommes sont très fraternelles, et André Mauprey va devenir le légat de l’AMORC pour la France. Harvey Spencer Lewis regagne ensuite Paris, où Camille Savoire l’a invité à participer, le 20 septembre, à une réunion exceptionnelle dans le temple n° 1 du Grand Orient de France. La cérémonie est une tenue de grand chapitre, c’est-à-dire d’un atelier réservé aux titulaires du 18e degré, celui de Rose-Croix. Les travaux sont dirigés par Camille Savoire, Grand Commandeur du Grand Collège. André Lebey, le Grand Orateur, est présent, de même qu’Ernest Dalmayrac, qui représente la loge L’Encyclopédique de Toulouse. Comme le précise le bulletin du Grand Orient, au cours de la réunion, « Le T\ Ill\ F\ Spencer Lewis, 33e, Imperator des R\C\ des États-Unis, à Tampa (Floride), est introduit au grand chapitre avec les honneurs dus à son rang. Reçu solennellement par le Grand Commandeur qui, dans des termes élevés, lui souhaite la bienvenue, le remercie de sa visite et le prie de prendre place à l’Est, où, par sa présence, il honorera cette importante tenue, réunissant les représentants de tous les chapitres de la Fédération ». Les débuts du rosicrucianisme en France Avant de rentrer aux États-Unis, Harvey Spencer Lewis poursuit ses rencontres en Europe.Quel fut le résultat de sa visite à Bâle ? Il ne l’indique pas, mais il semble qu’il ait rencontré des successeurs de Theodor Reuss, car, en 1930, le projet qu’ils avaient conçu ensemble reprendra avec Heinrich Tränker. Il aboutira également à une impasse. Après son retour à Tampa, l’Imperator reste en relation avec Camille Savoire, car ce dernier souhaite s’investir personnellement dans le développement de l’AMORC en France (19). Dans une lettre datée du 12 juillet 1928, il évoque cependant ses difficultés à collaborer utilement, étant donné qu’il maîtrise mal l’anglais (voir Fig. 69). Harvey Spencer Lewis ne semble pas avoir été très favorable à l’idée de développer le rosicrucianisme dans le giron de la franc-maçonnerie française. Sur ce point, Maurice Jacquet l’approuve et déplore le « trust maçonnique européen » voulu par le Grand Orient de France. Même si quelques francs-maçons vont devenir membres de l’AMORC, c’est donc en dehors de la franc-maçonnerie que se créent les groupes de rosicruciens pionniers en France. Le premier voit le jour à Paris sous la direction de Charles Lévy, et le deuxième à Nice autour d’André Mauprey. Deux personnalités de ce groupe vont se distinguer : le Dr Clément Lebrun (1863-1937) et le Dr Hans Grüter (1874-1953). Tous deux connaîtront un destin particulier. En novembre 1933, Harvey Spencer Lewis proposera à Clément Lebrun de succéder à Charles Dana Dean, le Grand Maître pour les États-Unis, qui vient de décéder. Malgré ses soixante-dix ans, il quittera Nice pour s’installer à San Jose, où il assumera cette fonction jusqu’à sa mort en 1937. Quant à Hans Grüter, il deviendra Grand Maître pour la France (20). Il sera assisté de Jeanne Guesdon (1884-1955). Alors qu’elle vivait à Cuba, cette dernière, qui était parfaitement anglophone, s’était affiliée à l’Ordre en 1926. En 1930, elle rentre définitivement en France, où elle devient une précieuse collaboratrice. Bien que n’ayant que le titre de Secrétaire, c’est elle qui dirigera réellement l’AMORC en France. Nicolas Roerich et le World Council Depuis novembre 1927, l’AMORC a quitté Tampa, en Floride, pour installer son siège à San Jose, en Californie : c’est le début des activités du Rosicrucian Park, dont l’architecture s’inspire du style de l’Égypte ancienne. Dès 1930, il abrite d’ailleurs un musée égyptien. Reconnu par le Conseil international des musées (ICOM) et par le Musée national égyptien du Caire, celui-ci reçoit encore aujourd’hui un public très nombreux. De nos jours, il reste le plus grand musée égyptien de la côte ouest des États-Unis. En janvier 1999, il a organisé une grande exposition : Women of the Nile, un événement que les principales chaînes de télévision américaines ont relayé. Au début des années 1930, le développement de l’AMORC dans le monde est tel qu’il devient nécessaire de créer un Suprême Conseil International, le World Council, composé de ceux qui dirigent l’Ordre dans les différentes parties du monde (France, Danemark, Hollande, Canada, Puerto Rico, Bolivie, Australie, Suède, Angleterre, Chine, Pologne…). Parmi ses membres, on remarque la présence du peintre russe Nicolas Roerich (1874-1947). D’après ce qui ressort de la correspondance que ce dernier échangea avec l’Imperator entre 1929 et 1940, il semble qu’il soit devenu membre de l’Ordre en 1929, à l’époque où il fut proposé comme candidat au prix Nobel de la paix (21). Harvey Spencer Lewis rapporte lui-même qu’il a rencontré Nicolas Roerich lors de l’inauguration du Roerich Museum de New York, le 17 octobre 1929. Nommé légat, Nicolas Roerich est amené à remplir certaines missions pour l’AMORC. Ainsi, en 1934, alors qu’il dirige, à la demande du gouvernement américain, une expédition à travers la Chine et la mongolie pour trouver des plantes susceptibles de combattre la désertification de la prairie américaine, il s’arrête à Kharbine pour y rencontrer ses compatriotes rosicruciens. Les articles publiés entre le 18 et le 24 novembre 1934 dans Le Temps de Kharbine retracent ses activités. L’un d’eux, intitulé « Nicolas Roerich – légat de la Grande Fraternité blanche – AMORC », a pour sous-titre : « Le vrai visage de l’académicien N. Roerich dévoilé ». On le suspecte en effet d’être un franc-maçon à la solde du pouvoir américain. Certains journalistes voient dans les trois cercles qui ornent la Bannière de la paix dessinée par Nicolas Roerich – un drapeau spécial destiné à protéger les trésors culturels en cas de guerre – les trois points de la franc-maçonnerie. Nicolas Roerich proteste dans ces mêmes journaux, en précisant qu’il est rosicrucien, et que cet ordre n’a rien à voir avec la franc-maçonnerie et la politique. Quoi qu’il en soit, ces témoignages sont intéressants dans la mesure où ils démontrent d’une manière incontestable que Nicolas Roerich s’engagea activement dans le rosicrucianisme. Les Polaires Indépendamment de son évolution interne, l’AMORC continue à entretenir des relations avec d’autres personnalités du monde de l’ésotérisme. En septembre 1930, Harvey Spencer Lewis entre en contact avec Cesare Accomani, alias Zam Bhotiva, le dirigeant des Polaires. Cet ordre étrange prétend être guidé par le « centre initiatique rosicrucien de l’Asie mystérieuse ». Il se donne pour mission de reconstruire la « fraternité polaire », dans le but de préparer l’avènement de l’Esprit sous le signe de la Rose et de la Croix. Les Polaires estiment que les temps sont proches où les « verges de feu » frapperont à nouveau certains pays de la terre, et où il faudra reconstruire tout ce que la soif de l’or et l’égoïsme de l’homme auront contribué à détruire (22). Pour prouver leurs assertions, ils utilisent l’« oracle de la force astrale » qui leur sert à communiquer directement avec ce qu’ils présentent comme étant un centre ésotérique rosicrucien situé dans l’Himalaya (23). Cette technique leur a été donnée en 1908 par un ermite vivant près de Rome, le père Julien. À partir de 1929, les messages de l’oracle incitent Zam Bhotiva à créer un groupe appelé « les Polaires », en référence à la montagne sacrée, le centre symbolique de la Tradition primordiale. Les premières réunions ont lieu rue Richelieu, dans le local d’un journal parisien. Les informations reçues de l’oracle conduisent souvent à des impasses : en mars 1932, après avoir entrepris de vaines recherches à Montségur, Zam Bhotiva, découragé, quitte l’Ordre. Victor Blanchard (1884-1955), le Grand Maître de l’Ordre martiniste et synarchique, le remplace. Quel que soit leur sérieux, les Polaires vont jouer un rôle important car la plupart des occultistes français, comme René Guénon, Maurice Magre, Jean Chaboseau, Fernand Divoire, Jean Marquès-Rivière, voire Eugène Canseliet, les fréquentent. Cet ordre va ddevenir l’un des groupes majeurs de la Federatio Universalis Dirigens Ordines Societatesque Initiationis, autrement dit la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques, appelée plus communément la FUDOSI. La FUDOSI Dans les années qui précèdent la Seconde Guerre mondiale, la plus grande confusion règne dans le domaine des organisations ésotériques. En effet, un certain nombre de mouvements, en Europe et en Amérique, plagient les symboles, les noms et les rituels des ordres initiatiques traditionnels. Certains s’en inquiètent, notamment au sein des mouvements rosicruciens créés en Belgique par Émile Dantinne (1884-1969) : l’Ordre de la Rose-Croix universitaire fondé en 1923, et l’Ordre hermétiste tétramégiste et mystique (24) (O::H::T::M::) institué en 1927. Après la mort de Joséphin Péladan survenue en 1918, Émile Dantinne s’est présenté comme son disciple ; toutefois, il revendique une filiation initiatique venant non du Sâr, mais de la Rose-Croix « astrale ». La philosophie, les rites et les enseignements de ces ordres sont proches de la magie de la Renaissance. En cela ils s’éloignent de Joséphin Péladan qui rejetait de telles pratiques. Les rosicruciens belges sont en butte aux critiques des disciples de Max Heindel, de Rudolf Steiner et des théosophes. La plupart sont martinistes et membres du rite de Memphis-Misraïm. Bien que s’étant placés initialement sous la direction du Souverain Sanctuaire de Jean Bricaud, ils prennent leur indépendance à partir de 1933 ; mais, isolés, ils cherchent à se lier avec une organisation de stature internationale. Sur les conseils de François Wittemans qui est déjà en contact avec les rosicruciens américains, Jean Mallinger (1904-1982), un proche collaborateur d’Émile Dantinne, écrit à Harvey Spencer Lewis le 11 janvier 1933 : « Nous serions très honorés de pouvoir nous affilier à l’éminent Ordre rosicrucien, dont vous êtes le Chef et le Guide [...] nous serions très heureux de pouvoir collaborer aux activités de l’AMORC... » C’est de ce premier contact que va naître la FUDOSI. Cette société souhaite fédérer les ordres et les sociétés initiatiques, de manière à les protéger des nombreuses organisations non traditionnelles qui apparaissent à cette époque. Pendant la durée de son existence, de 1933 à 1951, elle regroupe des organisations aussi diverses que l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, la Rose-Croix universitaire, l’Ordre hermétiste tétramégiste et mystique, l’ordre des Polaires, l’Ordre martiniste synarchique, l’Ordre martiniste traditionnel, l’Union synarchique de Pologne, l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, l’Église gnostique universelle, la Société d’études et de recherches templières, l’ordre de la Militia Crucifera Evangelica, l’ordre du Lys et de l’Aigle, l’ordre des Samaritains inconnus. L’ordre maçonnique de Memphis-Misraïm y fut également représenté pendant quelque temps (25). Le triangle de la FUDOSI La Fédération, installée à Bruxelles, est dirigée par un triangle de trois Imperators : Harvey Spencer Lewis, Émile Dantinne et Victor Blanchard. Chacun représente un courant du rosicrucianisme : le premier, celui d’Amérique (l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix), le deuxième, celui d’Europe (la Rose-Croix universitaire et universelle), et le troisième, celui d’Orient (la fraternité des Polaires). Au sein de la FUDOSI, ils portent un nom initiatique : Sâr Alden (H. S. Lewis), Sâr hieronymus (É. Dantinne) et Sâr Yésir (V. Blanchard). La fédération tient son premier convent à Bruxelles en août 1934. Spencer Lewis y prendra une part active de 1934 à 1939, année de sa mort. Malgré ses nobles idéaux, le projet de la FUDOSI est trop utopique. Tout d’abord, quelques jeunes initiés belges vont utiliser la Fédération essentiellement pour tenter de régenter le monde de l’ésotérisme à l’aune de leurs propres conceptions. Par ailleurs, plus qu’Émile Dantinne, c’est Jean Mallinger qui dirige le mouvement en Belgique, mais son caractère s’adapte mal à une organisation regroupant des ordres aux méthodes et aux philosophies différentes. L’Europe, enfin, est traversée par des tensions qui vont entraîner une partie du monde dans une terrible guerre. Comme le rapportera Ralph Maxwell Lewis, l’un des officiers de la FUDOSI se laissa aller à des positions inacceptables : il insista tout d’abord pour que tous les ordres de la Fédération se conforment à ses conceptions personnelles quant à leur manière de se développer et de fonctionner. Pire encore, il exprima également son mécontentement sur le fait que l’AMORC accepte des membres de race noire (26). Bien que Ralph Maxwell Lewis ne nomme pas l’auteur de ces propos scandaleux, on peut aisément supposer qu’ils furent tenus par Émile Dantinne lui-même ou par Jean Mallinger. En effet, les documents publiés par Lucien Sabah incitent à penser que les deux hommes étaient profondément racistes et qu’ils adhéraient à la thèse du « complot judéo-maçonnique », chère au gouvernement de Vichy (27). On comprendra que cette attitude ait fortement déplu aux autres membres de la FUDOSI. Il convient de préciser également que la position d’Harvey Spencer Lewis à propos des races a toujours été claire : pour lui, il n’existe pas de race supérieure ou inférieure. Dans son livre Les Demeures de l’âme, publié en 1930, il affirme: « La commune filiation de toutes les créatures établit le fait que tous les êtres humains sont frères et sœurs, relevant d’un seul Créateur et de la même essence, de la même vitalité et de la même conscience, indépendamment de toute question de race, de croyance, de couleur ou autres éléments distincts de personnalité (28). » Dans un autre texte, Harvey Spencer Lewis précise : « Personnellement, ma sympathie va à la race que l’on appelle « noire », à cause de tout ce dont elle a eu à souffrir, tout comme les juifs aux premiers jours de l’ère chrétienne ont eu à souffrir de la perte de leur pays, de leurs biens et de leur haute position à cause des préjugés, de l’intolérance et de l’incompréhension (29). » D’une manière générale, la FUDOSI se composait essentiellement d’hommes de valeur épris de fraternité et de spiritualité, qui partageaient la tolérance et l’humanisme d’Harvey Spencer Lewis. D’un autre côté, la mentalité avant-gardiste et novatrice des Américains a parfois pu choquer des Européens enfermés dans leurs traditions. Interrompus par la guerre de 1939-1945, les travaux de la FUDOSI ne reprennent qu’en 1946. C’est Ralph Maxwell Lewis qui participe aux dernières réunions : son père ayant quitté ce monde le 2 août 1939, il continuera d’œuvrer pour la Fédération malgré l’opposition sournoise de Jean Mallinger (30). Cependant, les conditions extérieures ne sont plus les mêmes. En effet, les ordres composant la FUDOSI ayant acquis une reconnaissance qui les protège des risques de plagiat, l’organisation n’a plus guère de raison d’être. Aussi, le 14 août 1951, ses membres décident-ils de la mettre en sommeil. Avec la disparition d’Harvey Spencer Lewis se tourne une page de l’histoire du rosicrucianisme. Indépendamment du rôle majeur qu’il joua dans la fondation de l’AMORC et de l’influence qu’il exerça dans le monde de l’ésotérisme, il fut un personnage pour le moins éclectique. Rappelons en effet qu’il créa le premier planétarium et le premier musée d’égyptologie de la côte ouest des États-Unis. Quelques années auparavant, il avait fondé l’une des premières radios privées de New York, qui était consacrée en grande partie à des programmes d’ordre culturel et philosophique. À cela, il convient d’ajouter les nombreuses peintures qu’il réalisa sur des thèmes ésotériques et symboliques, certaines ayant acquis une renommée nationale. Il fut aussi membre de nombreuses sociétés et associations philanthropiques, sa qualité première, reconnue par beaucoup, étant l’humanisme. Comme toutes les personnes hors du commun, il fut naturellement critiqué et calomnié (31), mais il œuvra avec ardeur et conviction au service du rosicrucianisme, et sa contribution à l’héritage de la Rose-Croix est loin d’être négligeable. © Depuis 2003, ce texte a été publié dans un livre dont il constitue l'un des chapitres : Notes : 1. À Kharbine résidait une importante communauté d’émigrés russes hostiles au communisme. En novembre 1926, la Grande Loge de Russie fusionnera avec celle de Chine. J. A. Gridneff sera nommé Grand Maître de l’Ordre pour la Chine du Nord, tandis que F. J. Kafka dirigera les activités de la Chine du Sud. 2. En juillet 1919, Theodor Reuss avait donné à Matthew McBlain Thomson un certificat de l’O.T.O. le faisant « 33e, 96e, IXe, Souv. Grand Master General and Grand President General ». Matthew McBlain Thomson dirigeait l’International Masonic Federation de l’Utah. Après avoir réussi à entraîner dans sa fédération des personnalités comme Jean Bricaud, il connaît des difficultés importantes. Le 15 mai 1922, il est condamné par la Cour fédérale de Salt Lake City pour usage frauduleux de la poste. Il vendait en effet des diplômes maçonniques par courrier. Sur ce personnage, voir Blair Evans, Isaac, The Thomson Masonic Fraud, a Study in Clandestine Masonry, Salt Lake City, 1922. 3. La revue de Jean Bricaud, Les Annales initiatiques, annonça en mai 1920 la préparation de ce congrès international prévu à Zurich du 17 au 19 juillet 1920, sous la présidence de l’illustre Grand Prieur des Templiers écossais et Souverain Président général de l’American Masonic Federation, Matthew McBlain Thomson, dans le but de créer l’union de toutes les corporations maçonniques spiritualistes et de former une fédération maçonnique universelle (Universal Masonic World Federation). Dans son numéro d’octobre-décembre, Les Annales initiatiques dresseront le bilan de ce congrès. 4. La série d’articles publiés dans la revue maçonnique L’Acacia, « L’affaire Theodor Reuss », entre janvier et juin 1907, porte de graves accusations sur la moralité du chef de l’O.T.O. qui se livrait à un véritable commerce de hauts grades maçonniques. 5. Voir supra, chapitre xiv, « Les templiers d’Orient ». 6. La correspondance entre Harvey Spencer Lewis et Theodor Reuss, qui s’étend du 20 décembre 1920 au 12 juin 1922, se trouve dans les archives de l’AMORC. Elle se compose de quatorze lettres de Theodor Reuss à Harvey Spencer Lewis (la première est du 19 juin 1921, et la dernière du 12 juin 1922) et de huit lettres de Harvey Spencer Lewis à Theodor Reuss (la première est du 28 décembre 1920, et la dernière du 20 mai 1922). 7. Une reproduction photographique de cette charte a été publiée dans Rosicrucian Digest, vol. XI, n° 10, novembre 1933, p. 396. 8. Dans sa lettre du 12 septembre 1921, Theodor Reuss affirme avoir rompu avec Aleister Crowley pour ce qui concerne l’O.T.O. et indique qu’il est en train de rompre également avec Charles Stanfeld Jones (dit Achad), à qui il avait accordé une charte le 10 mai 1921, pour remplacer Matthew McBlain Thomson à la tête de l’O.T.O. pour les États-Unis. Harvey Spencer Lewis n’avait aucune sympathie pour Aleister Crowley, et dès octobre 1916, il avait sévèrement critiqué celui-ci en le présentant comme un magicien noir. Il précisait qu’Aleister Crowley était un imposteur, qu’il n’avait rien à voir avec l’AMORC et n’était pas le chef secret du rosicrucianisme, contrairement à ce qu’il tentait de faire croire (« Some books not recommended, The Imperator reviews a few books », The American Rosæ Crucis, vol. I, n° 10, octobre 1916, p. 22-23. 9. Cette mésaventure aurait dû inciter Harvey Spencer Lewis à la prudence. Cependant, il vivra une déconvenue similaire en 1930 avec Heinrich Tränker, l’un des successeurs de Theodor Reuss. Ce dernier, qui animait le Collegium Pansophicum, connaissait des difficultés avec l’ordre de Max Heindel. En avril 1927, le Dr Hugo Vollrath, représentant de Max Heindel pour l’Allemagne, fut d’ailleurs condamné pour diffamation envers Heinrich Tränker. 10. Ce compositeur, dont le répertoire est l’opéra-comique, reste peu connu. On lui doit : Le Poilu, La Petite Dactylo, l’As de cœur, S. A. Papillon Messaouda, Romanitza. Le secrétariat des Beaux-Arts lui passa une commande pour le grand festival produit par l’opéra-comique de Paris. Il a été pendant six ans le collaborateur de Firmin Gémier à l’Odéon. Il eut l’occasion de diriger, lors d’une représentation de la Shakespearean Society, Shylock, sur une musique de H. Rabaud. 11. Maurice Jacquet a été initié le 31 janvier 1911, à la loge Les Admirateurs de l’univers de Paris. À partir de 1913, il devient membre de la loge Ernest Renan, qui regroupe essentiellement des gens du spectacle. Il sera Deuxième Surveillant de cette loge dirigée alors par Firmin Gémier, le directeur du théâtre de l’Odéon, et qui compte parmi ses membres André Lebey et André Mauprey. Titulaire du grade de Rose-Croix, Maurice Jacquet fréquentera aussi le chapitre L’Effort. 12. Lorsque Maurice Jacquet sera présenté dans des articles de la revue de l’AMORC, il sera décrit comme un « Rose-Croix de France » (The Mystic Triangle : février 1926, p. 16 ; « Brief biographies of prominent rosicrucians by Fra Fidelis – n° 3 : H. Maurice Jacquet », août 1926, p. 133-135 ; octobre 1926, p. 174-176). L’ensemble de la correspondance entre Harvey Spencer Lewis et Maurice Jacquet se trouve dans les archives de l’AMORC. 13. Dans sa lettre du 28 mai 1926, François Jollivet-Castelot remercie Harvey Spencer Lewis de l’honneur qui lui est fait. 14. Ernest Dalmayrac demeurait 3, rue des Lys. Pour plus de détails sur l’encyclopédique, l’une des plus anciennes loges maçonniques de Toulouse, on pourra lire Deux siècles d’histoire de la R\ L\ L’Encyclopédique (1787-1987), un ouvrage commémoratif publié par cette loge en 1987. 15. Ce compte rendu a été publié en plusieurs épisodes dans la revue The Mystic Triangle, sous le titre « Our trip through Europe », d’octobre à décembre 1926. 16. The Mystic Triangle, décembre 1926, p. 214-215. 17. André Lebey, homme de lettres sous le pseudonyme de Yebel, fut aussi député de Seine-et-Oise de 1917 à 1919. Grand Orateur du Grand Orient à Paris, il fut un membre important de l’Alliance maçonnique internationale (AMI), créée en 1921 à Genève après un congrès universel de la franc-maçonnerie, pour constituer un lien entre la S.D.N. et les obédiences maçonniques. Sur la biographie de cet humaniste, voir Lefebvre, Denis, André Lebey, intellectuel et franc-maçon sous la IIIe République, Paris, EDIMAF, 1999. 18. Sur les liens entre Société des Nations et franc-maçonnerie, voir Ollivier, Georges, « La Société des Nations », Revue internationale des société secrètes, n° 6, 15 mars 1936, p. 177-185. Cet article évoque les interventions d’André Lebey en faveur de la S.D.N. lors d’un congrès tenu rue Cadet, entre le 28 et le 30 juin 1916. Cette réunion rassemblait des francs-maçons belges, italiens, espagnols, argentins et français. 19. Le 22 novembre 1926, Camille Savoire écrit à Harvey Spencer Lewis : « Je veux d’abord vous remercier du grand honneur que vous m’avez fait en me conférant le titre de membre d’honneur de la confrérie des R\C\ dont vous êtes le Président. Je m’efforcerai d’acquérir les connaissances et qualités nécessaires pour remplir la mission que ce titre m’impose. » Cette lettre se trouve dans les archives de l’AMORC, avec celles des différentes personnalités maçonniques que nous avons citées plus haut, ou d’autres comme Gabriel Gouaux, 33e et secrétaire du Grand Orient de France, ou Francis Borrey. 20. H. Jaccottet a retracé la biographie de Hans Grüter dans un article, « Le Dr Hans Grüter, Grand Maître rosicrucien », publié en deux parties dans la revue Rose-Croix, nos 38 et 39, juin et septembre 1961, p. 24-28 et 19-22. Ce dentiste de Nice est devenu rosicrucien en mai 1930, grâce à son ami Clément Lebrun qui était membre depuis peu. Il était également franc-maçon – il possédait le grade 31e –, et martiniste. 21. Nicolas Roerich et sa femme Elena avaient été membres de la branche russe de la Société théosophique, probablement avant la Première Guerre mondiale. Elena a d’ailleurs traduit La Doctrine secrète en russe. Vers 1920, les époux Roerich créent les premiers groupes d’études d’Agni Yoga, un « mouvement pour une éthique vivante qui comprend et synthétise les philosophies et enseignements religieux de toutes les époques », et qui prône pour un yoga d’action plus que d’ascétisme. Cependant, même si Nicolas Roerich fut membre de diverses organisations, c’était un esprit indépendant. Il a publié sa conception de la voie vers l’illumination dans les quatre cycles de ses poèmes écrits entre 1916 et 1921 sous le titre de Pismena. 22. Voir le Bulletin des Polaires, n° 1, 9 mai 1930, p. 3. On trouve aussi beaucoup d’informations sur ce mouvement dans Geyraud, Pierre, Les Sociétés secrètes de Paris, Émile-Paul frères, Paris, 1938, p. 56-66. 23. Il s’agit d’une pratique divinatoire basée sur les mathématiques, dont Zam Bhotiva a décrit le procédé dans Asia Mysteriosa, l’oracle de la Force astrale comme moyen de communication avec les « Petites Lumières d’Orient », Paris, Dorbon-Aîné, 1929. Pendant un temps, René Guénon se passionne pour cet oracle. Il s’éloigne ensuite des Polaires, jugeant insignifiants et pitoyables les messages transmis par les initiés de l’Himalaya (voir sa critique dans Le Voile d’Isis, février 1931). 24. Nous nous contentons d’utiliser ici le nom le plus courant de ce groupe. En fait, il a d’abord été créé par Émile Dantinne sous le nom d’Ordre d’Hermès Trismégiste, à partir duquel Jean Mallinger a créé l’Ordre d’Hermès Tétramégiste, dit aussi Ordre hermétiste tétramégiste et mystique, ou Ordre pythagoricien. 25. Tous n’en furent pas membres à la même époque ; nous les donnons ensemble pour ne pas compliquer les choses. 26. « Qu’est-ce que la FUDOSI ? », revue Rose-Croix, n° 128, hiver 1983, p. 4. 27. Sabah, Lucien, Une Police politique de Vichy : le service des sociétés secrètes, Paris, Klincksieck, 1996, p. 456-458. Ces documents édifiants éclairent d’une manière nouvelle le procès qui fut intenté à Émile Dantinne à la Libération. 28. Extrait de l’édition française des Demeures de l’âme, Le Tremblay-Omonville, Diffusion Rosicrucienne, 1990, p. 130. 29. Extrait de « The colored race », Rosicrucian Forum, octobre 1932, p. 61. On peut lire dans la même revue d’autres articles qu’Harvey Spencer Lewis a écrits sur ce sujet : « About my jewish attitude », février 1938, p. 118-119 ; « The karma of the jews », avril 1938, p. 141-142 et « The aryan supremacy », août 1939, p. 24-25. 30. Ce dernier ira jusqu’à profiter de la faiblesse de Hans Grüter, devenu quasiment aveugle à la suite d’une maladie, pour lui faire signer en juillet 1950 un document insidieux à l’égard d’Harvey Spencer Lewis. 31. Parmi eux, citons le cas de Reuben Swinburne Clymer (1878-1966), qui passa une partie de son existence à critiquer ou à imiter l’AMORC. Il inventa une contrefaçon de la FUDOSI, la FUDOSFI, envers laquelle certains occultistes, comme Constant Chevillon, se montrèrent complaisants. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le rosicrucianisme, où il fait preuve d’une imagination délirante. Il prétendait être le continuateur du très controversé Pascal Beverly Randolph (sur ce point, voir le livre de John Patrick Deveney, Pascal Beverly Randolph – a nineteenth century black american spiritualist rosicrucian and sex magician, New York, State University of New York Press, 1997, p. 140-143). Selon l’American Medical Association Journal (vol. 81, n° 24, 15 décembre 1923), il dirigeait en 1904 l’international Academy of natural and sacred sciences, qui vendait des cours de médecine par correspondance et commercialisait divers « élixirs de jeunesse », « eau de vie » et « bioplasma ». Il fut accusé plusieurs fois de fraude avec les Philosophers of the Living Fire, qui se livraient à la vente de diplômes médicaux. Lui-même avait acheté un titre de médecin à l’Independant Medical College de Chicago, un véritable « moulin à diplômes ».
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