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Le premier salon ouvre ses portes le 10 mars 1892, à la galerie Durant-Ruel, rue Lepelletier à Paris. Soixante artistes ont répondu à l'appel lancé par J. Péladan et le catalogue de l'exposition comprend 250 oeuvres. Rémy de Gourmont dans sa chronique du Mercure de France dit de ce salon qu'il est « la grande manifestation artistique de l'année ». Le public afflue et a foule est si importante, que la préfecture doit intervenir pour régler la circulation. Après la fermeture des portes, on compta plus de 22.000 visiteurs. Le succès fut considérable et la présence d'artistes étrangers lui donna un retentissement mondial (7).
Le salon est inauguré avec cérémonial, sur une musique spécialement composée par Erik Satie (8), le compositeur officiel de l'Ordre. Les journées sont prolongées par les Soirées de la Rose+Croix, consacrées à la musique et au théâtre. J. Péladan y présente des conférences sur l'art et la mystique.
La musique occupe une place importante ; on peut écouter des oeuvres de Vincent d'Indy, de César Franck, de Richard Wagner, de Palestrina, d'Erik Satie et de Benedictus. Joséphin Péladan rêvait de redonner au théâtre sa fonction antique de drame initiatique, dont l'exemple le plus remarquable était pour lui les Mystères d'Eleusis. Il écrivit lui-même quelques drames : Le Prince de Byzance, Babylone, et Le Fils des étoiles accompagné par une musique d'Erik Satie.
Il y eut au total six salons de la Rose-Croix. Chacun d'entre eux était placé sous les auspices d'un dieu chaldéen : Samas (Soleil) pour le premier, Nergal (Mars) pour le second, Mérodack (Jupiter) pour le troisième, Nebo (Mercure) pour le quatrième, Istar (Vénus) pour l'avant-dernier et Sin (lune) pour le sixième et dernier. Celui-ci eut lieu en 1897, dans la prestigieuse galerie Georges-Petit. Devant l'affluence des demandes, on dut organiser un vernissage particulier pour les 191 critiques d'art et chroniqueurs. Le lendemain, 15.000 visiteurs défilèrent dans ce temple de l'art. Après le sixième Salon, le Grand Maître prononça la mise en sommeil de l'Ordre. Il faut dire que les autorités, qui étaient très gênées par le succès répété des salon rosicruciens, faisaient tout pour empêcher qu'ils ne se tiennent. « Je rends les armes », dira J. Péladan :
« la formule d'art que j'ai défendue est maintenant admise partout, et pourquoi se souviendrait-on du guide qui a montré le gué, puisque le fleuve est passé. »
Parmi les 193 artistes qui exposèrent aux salons, signalons :
L. O. Merzon, plus connu du public pour avoir dessiné les célèbres billets de 50 F et de 100 F.
Emile Bernard, amis de Toulouse-Lautrec et de Gauguin, il rejoindra le groupe de Pont-Aven. Il est considéré comme l'un des pères du Symbolisme.![]() |
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Notes :
7. Léonce de Larmandie, collaborateur de J. Péladan, dans Entr'acte Idéal. Paris 1903, Chacornac, a retracé les difficultés et les succès des divers salons.
8. Sur ce musicien, voir « Esotérik Satie », revue Rose-Croix numéro 168 pp. 31-37.
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