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Philosophie rosicrucienne

Philosophie rosicrucienneParallèlement aux enseignements que l'A.M.O.R.C. perpétue à travers les monographies adressées à ses membres, il véhicule une philosophie à la fois spiritualiste et humaniste. En quoi consiste-t-elle ? Pour répondre à cette question, voici un exposé que le Grand Maître a rédigé sur ce sujet. A l'origine, cet exposé était destiné uniquement aux Rosicruciens fréquentant les Loges de l'Ordre.


« Si j'ai souhaité m'adresser à vous aujourd'hui, c'est tout simplement pour partager avec vous une réflexion sur un thème qui m'est cher, à savoir la philosophie. En effet, les Rosicruciens que nous sommes aiment se définir comme étant des philosophes, et notre Ordre lui-même est de nature philosophique. C'est pourquoi j'aimerais vous faire part de mon point de vue sur ce sujet et vous confier en toute fraternité ce qu'il m'inspire.

En premier lieu, il est peut-être utile de rappeler que le mot « philosophie » peut être défini de deux manières. Littéralement, il veut dire « amour de la sagesse », mais par extension, il signifie également « science de la vie ». Bien que ces deux définitions soient complémentaires, elles expriment néanmoins des notions, des concepts et des idéaux quelque peu différents. Je vous propose donc de les examiner et de voir ce qu'elles impliquent au niveau de notre quête spirituelle. De cette manière, nous pourrons mettre en évidence l'idéal de comportement qui devrait nous animer, non seulement lorsque nous sommes entre nous, mais également dans notre vie quotidienne, au contact de nos frères et sœurs du monde que nous qualifions de “profane”, à défaut d'un terme plus approprié.

  L'amour de la sagesse

Si nous considérons la première définition du mot « philosophie », à savoir, je le répète, « amour de la sagesse », nous en déduisons qu'un philosophe, au sens noble de ce terme, est quelqu'un qui «  aime la sagesse ». Pour l'anecdote, sachez que c'est Pythagore qui est à l'origine du mot «  philosophie ». Avant lui, les philosophes de la Grèce antique étaient appelés « sages ». Le « Conseil des Sages » était d'ailleurs une institution à Athènes. Ce Conseil réunissait les plus grands penseurs du moment, lesquels étaient chargés de réfléchir et de légiférer sur les problèmes de société qui se posaient alors, que ce soit dans le domaine de la morale, de l'économie, de la politique, de la religion, etc. C'est ainsi que Pythagore lui-même fut qualifié de « sage ». Mais comme il était particulièrement modeste, il considérait qu'il était encore trop imparfait pour mériter un tel qualificatif. Il demanda par conséquent qu'on ne dise pas de lui qu'il était sage, mais qu'il « aimait la sagesse », ce qu'il jugeait déjà très louable. Ainsi naquit le mot « philosophie ».

Comme le suggèrent les quelques explications précédentes, on ne peut être véritablement philosophe si l'on manque d'humilité. Cela, nous le savons tous. Mais qui d'entre nous peut dire en son âme et conscience qu'il est vraiment humble en pensée, en parole et en action ? Qui, parmi nous, n'éprouve jamais le besoin d'attirer l'attention, d'occuper le centre d'une conversation, de donner un avis qu'on ne lui a pas demandé, de faire état de ses mérites, de montrer sa supériorité dans tel ou tel domaine, etc. ? Cela dit, nous ne devons pas nous culpabiliser à l'idée de savoir que nous ne sommes pas aussi humbles que nous le voudrions, car nous sommes nécessairement imparfaits et évoluons précisément dans le but de nous parfaire. Si nous avons le sentiment de manquer d'humilité, nous devons plutôt accepter cet état de fait avec philosophie et travailler sans relâche sur nous-mêmes pour acquérir cette vertu. Parallèlement, et c'est là me semble-t-il une priorité, nous devons faire tout notre possible pour que les autres ne subissent pas les effets négatifs de nos élans d'orgueil. Ce faisant, non seulement nous leur témoignons le respect ou l'affection qui leur est dû, mais nous manifestons également notre désir de devenir meilleur dans notre comportement. A cet égard, rappelez-vous toujours que ce n'est pas le fait d'être imparfait qui est coupable karmiquement, mais le manque d'effort à se parfaire.

De toute évidence, la sagesse ne se limite pas à faire preuve d'humilité. Être sage, c'est en fait exprimer dans son comportement toutes les vertus que l'on attribue à l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus divin. Dans l'absolu, c'est donc être patient, confiant, tolérant, altruiste, intègre, non violent, etc. Cela dit, être philosophe, au sens premier que nous avons rappelé précédemment, ne consiste pas à être réellement sage, bien que ce soit l'idéal à atteindre, mais à aimer la sagesse. Autrement dit, c'est d'abord et avant tout être animé par l'amour de ce qui est bien dans le comportement humain. Cela suppose que l'on peut être philosophe tout en étant imparfait, à condition, naturellement, de s'évertuer à se parfaire. En tant que Rosicruciens, nous sommes donc bien des philosophes, car s'il est un fait que nous ne sommes pas véritablement des sages, nous aspirons effectivement à devenir meilleurs et à exprimer la Sagesse divine dans notre manière de vivre.

Mais les philosophes que nous sommes ne doivent pas se limiter à aimer ce qui est bien dans le comportement humain, ni même à tout faire pour s'y conformer dans la vie quotidienne. Nous devons également transmettre cet amour aux autres et leur donner le désir de s'intéresser à la philosophie. Autrement dit, nous devons faire en sorte qu'eux-mêmes en viennent à aimer et à rechercher la sagesse, but ultime de la quête humaine. Le meilleur moyen d'y parvenir consiste à nous comporter aussi dignement que possible en toutes circonstances et à être pour eux l'exemple vivant de la sérénité que procure un tel comportement. Cela implique pour nous de manifester les idéaux éthiques et philosophiques qui nous animent, afin que ces idéaux se réfléchissent à travers nous et deviennent pour autrui une référence morale et spirituelle. Telle est la condition pour que nous devenions le miroir de ce qu'il y a de plus noble dans la nature humaine.

De ce qui précède, vous déduirez que la philosophie, au sens d'« amour de la sagesse », implique également l'amour des autres, au point de souhaiter qu'ils deviennent encore plus vertueux que nous dans leur comportement et qu'ils connaissent ainsi les plus belles bénédictions divines, avec tout ce qui en résulte en termes de bonheur et de Paix Profonde. Être philosophe, c'est donc aimer la sagesse pour soi-même, mais également pour autrui. Autrement dit, c'est aimer que les autres l'aiment et la possèdent. C'est même prier pour qu'ils l'acquièrent, car quiconque la détient est un instrument de Bien parmi les hommes et rend le monde meilleur. En effet, n'oublions jamais que l'humanité entière s'élève chaque fois qu'un seul être humain fait preuve de sagesse. Cela revient finalement à dire que la philosophie, dans l'expression la plus pure de son sens littéral, est l'amour de l'homme pour l'homme, ce qui fait d'elle un vecteur d'humanisme.

  La science de la vie

Venons-en maintenant au sens second du mot « philosophie », c'est-à-dire au sens de « science de la vie ». La vie, comme vous le savez, sert de support à l'évolution de l'âme humaine. En effet, c'est parce qu'elle possède un corps physique qu'elle est capable d'évoluer sur le plan terrestre. Sans lui, elle ne pourrait acquérir les leçons grâce auxquelles elle doit se parfaire et prendre graduellement conscience de sa perfection latente, en vue de sa réintégration finale et définitive dans l'Omniscience divine. Pour nous, une telle chose est évidente, mais la grande majorité des hommes sont encore dans l'ignorance de cette évidence. Pour la plupart d'entre eux, la vie est l'interlude conscient que tout être humain connaît entre la naissance et la mort, avec ses joies, ses peines et ses épreuves. Ne sachant pas vraiment pourquoi ils vivent, ils ne peuvent donner à leur existence la dimension spirituelle qu'elle devrait avoir. Certes, nombre d'entre eux ont une quête religieuse, mais cette quête est fondée essentiellement sur la croyance, et non sur la connaissance. Or, la science de la vie n'est autre que la connaissance.

Mais qu'est-ce que la connaissance, au sens philosophique de ce terme ? En premier lieu, c'est savoir en quoi consiste le but ontologique de la vie, tel que nous venons de le définir. Autrement dit, c'est savoir que nous vivons pour évoluer vers la perfection de notre propre nature divine. En second lieu, c'est connaître les lois spirituelles qui régissent cette évolution. C'est donc à la fois la science et la conscience du pourquoi et du comment de l'existence humaine. Cependant, une telle connaissance ne suffit pas à rendre l'homme meilleur dans son comportement. Il doit pour cela la mettre en pratique, non seulement pour son propre bien-être, mais également pour celui des autres. Vu sous cet angle, on ne peut être philosophe qu'en appliquant dans la vie quotidienne ce que l'on sait et connaît en matière de mysticisme. Si on ne le fait pas, la philosophie que l'on croit posséder se réduit à des préceptes théoriques qui peuvent satisfaire le mental, mais qui ne répondent en aucun cas aux aspirations de l'âme. Elle se limite alors à nous donner l'illusion d'être des philosophes.

Nous venons de dire qu'être philosophe, c'est appliquer la connaissance des lois qui régissent l'évolution spirituelle de l'homme. Parmi ces lois, il en est une que vous connaissez tous et qui est extrêmement importante, à savoir le karma. Comme vous le savez, cette loi, que l'on appelle également « loi de compensation », opère de telle manière que chacun récolte tôt ou tard ce qu'il a semé, en négatif comme en positif. Or, vous conviendrez que le fait d'en avoir conscience n'est pas suffisant pour nous inciter à toujours bien penser, bien parler et bien agir, que ce soit d'ailleurs entre Rosicruciens ou non. Autrement dit, cela ne nous empêche pas d'entretenir parfois des pensées négatives, d'avoir des propos malveillants et de commettre des actes répréhensibles. Si tel est le cas, c'est précisément parce que nous n'avons pas toujours la volonté d'appliquer ce que nous savons, non seulement au regard de la loi karmique, mais également au regard d'autres lois se rapportant à notre évolution intérieure. De toute évidence, nous devons cultiver cette volonté et en faire le support de notre existence, afin de vivre conformément à notre philosophie.

Les remarques précédentes me conduisent à évoquer un autre point indissociable de la philosophie. Vous connaissez tous l'adage « science sans conscience n'est que ruine de l'âme », que l'on attribue à Rabelais. Appliqué à la science matérialiste, il signifie naturellement qu'elle est une source de mal et de destruction si elle n'est pas utilisée dans un but humaniste, c'est-à-dire au service de l'homme, tant sur le plan matériel que spirituel. Mais cet adage nous éclaire également sur ce que nous avons dit précédemment. En effet, il illustre le fait que posséder la « science de la vie » n'est utile au Bien que si nous l'employons réellement pour contribuer à l'évolution de la conscience, que ce soit d'ailleurs dans son expression individuelle ou collective. Dans le cas contraire, elle ne profite pas à l'épanouissement de l'âme. Pour reprendre le même adage en le positivant et en le paraphrasant quelque peu dans son application purement philosophique, je dirai par opposition que « science et conscience font le bonheur de l'âme ».

  L'amour de la vie

Étant donné que la philosophie est à la fois l'« amour de la sagesse » et la « science de la vie », nous pouvons peut-être combiner ces deux définitions pour en trouver une troisième. Il en est une qui apparaît immédiatement, à savoir l'« amour de la vie ». Il est un fait que l'on ne peut être philosophe si l'on n'aime pas la vie car, comme nous l'avons dit précédemment, elle sert de support à l'évolution de l'âme humaine et lui permet de s'élever vers la Perfection, jusqu'à atteindre l'état de Pureté absolue. Mais elle est davantage encore : elle est l'une des plus belles manifestations des lois divines ; elle est le Souffle grâce auquel Dieu vit et Se contemple à travers nous. Pour toutes ces raisons, nous devons aimer la vie et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle soit belle, heureuse et utile, et ce, malgré les difficultés et les épreuves auxquelles elle nous confronte parfois. En un mot, nous devons en faire le fondement de notre philosophie et nous rappeler constamment que la grandeur de l'homme se situe dans le fait qu'il est, non seulement un être vivant, mais également et surtout une âme vivante.

Mais la vie ne se manifeste pas uniquement à travers l'homme. Elle s'exprime également à travers tous les êtres vivants qui peuplent notre planète. Cela veut dire qu'un philosophe véritable aime et respecte tous les règnes de la Nature, car chacun d'eux sert de véhicule à l'Ame universelle et participe pleinement à son évolution. Dans cet ordre d'idée, nous devons considérer les animaux comme nos “petits” frères, d'autant plus qu'il est évident pour moi que les plus évolués d'entre eux sont des hommes en devenir. A cet égard, toutes les souffrances qu'on leur impose pour des raisons injustifiées sont une offense à Dieu et génèrent des karmas négatifs à l'encontre de l'humanité elle-même, notamment dans le domaine des maladies. Il en sera ainsi aussi longtemps que nous ferons souffrir inutilement les animaux, car nous devons apprendre à les aimer et à les considérer comme une extension de nous-mêmes, au même titre que nos frères humains. Dans son application la plus noble, la philosophie inclut donc l'amour de tous les êtres que la vie a mis au monde, ce qui donne au mot « Fraternité » une dimension universelle, pour ne pas dire divine.

A présent, je voudrais insister sur un point qui me semble très important. En effet, vous savez tous que la philosophie rosicrucienne est profondément spiritualiste. Autrement dit, elle prône l'existence de Dieu et la possibilité pour l'homme d'étudier les lois divines, au sens de lois naturelles, universelles et spirituelles. Je suis d'ailleurs convaincu que c'est dans cette étude que résident la raison de notre présence sur Terre et la clé du bonheur auquel nous aspirons. Par ailleurs, nos enseignements nous apprennent comment agir sur le plan spirituel pour contribuer au Bien, ce qui, naturellement, n'exclut pas de le faire également sur le plan matériel. Dans cet ordre d'idée, nous avons tous un devoir d'entraide envers tous ceux qui souffrent, que ce soit physiquement ou moralement. Je voudrais donc saisir cette occasion pour vous rappeler combien ce devoir est important. En fait, il est le fondement de l'œuvre humaniste à laquelle les Rosicruciens se consacrent depuis des siècles, en application même de leur philosophie. Dans l'absolu, pas une journée ne devrait passer sans que nous ayons œuvré au service de l'humanité souffrante.

Si j'ai souhaité vous parler aujourd'hui du sens qu'un Rosicrucien doit donner au mot « philosophie », c'est tout simplement parce que j'aimerais que chacun de nous se comporte véritablement en philosophe. En effet, je suis convaincu que c'est dans la philosophie que réside le fondement de la quête que nous avons entreprise sous les auspices de la Rose-Croix. En cela, comprenez bien que ce n'est en aucun cas dans l'acquisition de “pouvoirs” psychiques, paranormaux, transcendantaux ou autres. Certes, l'homme possède de tels “pouvoirs” à l'état latent, et il est possible de les développer en partie, je pense notamment à l'intuition et la prémonition. Mais ce développement est tout à fait secondaire par rapport à l'éveil de nos facultés spirituelles, lesquelles correspondent précisément aux vertus de l'âme elle-même. Vous noterez d'ailleurs que nombre de Grands Initiés du passé, je pense en particulier à Socrate, Plotin, Milarépa, Rûmi, Spinoza, Louis-Claude de Saint-Martin, Gandhi et tant d'autres, n'accordaient aucun intérêt aux “pouvoirs” psychiques. Pourtant, ils font partie des plus belles âmes que l'humanité ait connues et demeurent à jamais des témoins de la Sagesse divine. A ce titre, ils furent des philosophes hors du commun. »

 



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