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La question du mois - n° 1 janvier 2009 (suite)

 

 >  1. La laïcité et la spiritualité sont-elles compatibles ?

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  • Texte de Serge Toussaint
  • Commentaires des internautes

Par définition, la laïcité est le principe selon lequel il existe une séparation entre la société civile et la société religieuse, l’État n’exerçant aucun pouvoir religieux, et la Religion n’exerçant aucun pouvoir civil. En vertu de ce principe, une société laïque ne favorise aucune religion particulière, mais, parallèlement, ne fait aucune différence entre les communautés religieuses, et naturellement entre leurs membres. Ainsi, tous les citoyens, qu’ils soient croyants ou non, qu’ils appartiennent à une religion ou non, font alors partie d’une seule et même nation, ont les mêmes droits civiques, et doivent s’acquitter des mêmes devoirs. Au cours de l’Histoire, la plupart des pays du monde furent sous l’influence d’une religion dominante, de sorte qu’ils étaient dirigés le plus souvent en fonction des croyances propres à cette religion et des exigences de son clergé. À titre d’exemple, nombre de pays européens furent gouvernés pendant des siècles par des monarchies soumises à l’Église catholique, le roi lui-même étant couronné par le pape ou par l’un de ses représentants directs. À juste titre, on pouvait alors parler de « religion d’État », avec toutes les dérives et toutes les oppressions qui en ont résulté. C’est précisément pour cette raison que nombre de nations en sont venues à instaurer la laïcité dans le fonctionnement de la société.

La spiritualité, de son côté, peut être définie comme la croyance en une dimension spirituelle de l’existence, dimension qui s’apparente à l’âme dans l’homme, et à Dieu dans la Création. Au cours des âges, cette croyance a donné naissance à des religions qui l’ont entretenue sous forme de doctrines et de dogmes, générant ainsi ce que l’on peut désigner sous le nom de « religiosité ». Malheureusement, la plupart des religions ainsi créées ont cherché à étendre leur hégémonie et à revendiquer le monopole de la foi, et même de la vérité. Comme chacun sait, cela a entraîné et entraîne encore nombre de conflits à travers le monde. Il faut préciser également que l’on peut être spiritualiste sans être pour autant religieux, en ce sens que l’on peut admettre l’existence de Dieu sans appartenir à une religion particulière. Enfin, j’ajouterai que si la religiosité est la forme la moins élevée de spiritualité, la forme la plus élevée est le mysticisme, car un mystique authentique ne se limite pas à croire en Dieu et à suivre un credo nécessairement dogmatique ; il étudie aussi les lois par lesquelles Il se manifeste dans la Création. Autrement dit, il aspire à la Connaissance. Contrairement à la religiosité, le mysticisme est donc un vecteur de paix, car il est fondé sur le désir d’étudier, de comprendre et de connaître, ce qui implique d’avoir l’esprit ouvert et d’être tolérant. À cet égard, nul ne peut nier que l’intolérance est la cause majeure des guerres qui ont ravagé et ravagent encore l’humanité.

Compte tenu de ce qui précède, nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la laïcité et la spiritualité, à condition que chacune respecte l’autre et opère dans le domaine qui lui est propre. En effet, on peut être laïc pour ce qui concerne le fonctionnement et les institutions de l’État, tout en étant spiritualiste au niveau de ses convictions personnelles. Malheureusement, certains idéologues confondent « laïcité » et « athéisme », et sous prétexte de garantir la première, s’emploient à instaurer le second sous la forme d’un laïcisme exclusif. C’est précisément cette confusion qui explique pourquoi la spiritualité est menacée dans certains pays. Quoi qu’il en soit, s’il est indéniable que la religiosité a généré des conflits et des guerres au cours des siècles, elle a donné à l’humanité des valeurs morales et a contribué au développement des arts, de la littérature et même des sciences. À cet égard, on peut se poser la question de savoir comment le monde aurait évolué s’il s’était laissé guider uniquement par l’athéisme. Pour ma part, je suis convaincu qu’il aurait connu davantage de périodes sombres et qu’il ne se serait pas élevé au niveau de conscience qui est le sien actuellement, même s’il est vrai que celui-ci est encore loin d’être idéal. En outre, l’athéisme est le lit du matérialisme, lequel est fondé sur le rejet de toute forme de spiritualité et sur la satisfaction des désirs les moins nobles de la nature humaine (pouvoir, possession, domination, etc.). C’est pourquoi il porte en lui les germes de la discorde et de l’avilissement. Il me semble donc que l’idéal en la matière est d’être un laïc spiritualiste ou, si vous préférez, un spiritualiste laïc.

Serge Toussaint

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Yuri J. New Jersey, USA (le 13/01/2009)

« Pour commencer, je propose que la laïcité et la spiritualité non seulement très compatible, mais elles sont aussi liées a travers la moralité, et n'importe quel détournement des vrais définitions de chacun de ces 3 mots est au centre de tout les maux de l'humanité. 

Je suis particulièrement d'accord avec Guy A. Si nous acceptons les définitions des deux mots (laïcité  et spiritualité), ils ne peuvent qu'être compatibles. La laïcité  nous aide a vivre ensemble et en paix, car dans sa définition même, on trouve la nécessite d'être tolérant ! Comment peut-on être laïque sans être tolérant ? La tolérance des idées, des pensées, des croyances (religieuses, athéistes, Spirituelles, sectorielles, etc.), de tout le monde, même si certaines d'entre-elles nous font peur ou bouleversent nos opinions et nos certitudes personnelles, est a la base de la laïcité. La laïcité  pour moi est le devoir de la société et de tous êtres humains de garantir le respect de son droit et celui d'autrui de penser et de croire ce qui lui plait.  

Ne confondons pas la laïcité  et la moralité. Celle-ci, je la défini ainsi: la somme des lois et principes universelles, que l'humanité a appris, au fil des temps, qui sont nécessaires pour maintenir l'équilibre social et la justice. C'est a dire, la moralité, quand elle est bien appliquée, nous permet de vivre ensemble sans se détruire les uns les autres. La majorité des grandes religions du monde ont évolue a partir des principes de moralité. Un simple exemple de moralité est le suivant: le fait que tout homme a droit a la vie, et qu’aucun autre n'a le droit de le lui enlever! Un autre principe moral est la nécessité de respecter ce qui "appartient" a autrui, ou encore l'interdiction du vol des bien d'autrui. Je mets le mot "appartient" entre parenthèses car en réalité, je pense qu'aucune possession du monde matériel n'appartient vraiment a nous, car nous ne les avons pas crées nous mêmes, et tout provient fondamentalement de la nature et de l'univers, ce qui signifie que tout appartient au Créateur, ou qu'il soit! Mais je dois utiliser le mot "appartenir" pour mettre cette pensée en marche, et j'espère que tous peuvent comprendre je que je  veux dire.  

Enfin, je pense que la spiritualité est ce qui ce passe a l'intérieur de tout individu, la recherche de votre vérité personnelle, du Dieu de votre cœur, quel qu'il en soit. Pratiquement toutes religions, tous les mouvements métaphysiques et croyances religieuses, et mêmes les pensées athéistes elle-même, du monde sont bases sur cette idée, la recherche du certain "je ne sais quoi", de cette essence originelle qui nous rapproche et nous rempli de réconfort et d'espoir. La spiritualité est le besoin de chaque être humain de poursuivre l'expérience subjective qui lui permet de se comprendre lui-même. C'est ainsi que l'on peut comprendre que la religiosité elle-même est une forme de spiritualité. Les gens qui croit en un seul Dieu et pensent que tout autrui doit aussi en croire sont quand même spirituels, même s'ils ne suivent pas les principes de la laïcité  (c'est-a-dire respecter le droit d'autrui de croire ce qu'il veut) et de la moralité (c'est-a-dire ne pas enlever a autrui les moyens de vivre en paix). Aussi, par exemple, je pense que l'on peut être athéiste et tout a fait spirituel aussi. On peut rejeter l'idée de l'existence de Dieu ou des dieux, et se sentir tout-a-fait satisfait en soi-même. Entre autre, on peut être athéiste et quand même croire en l'existence d'une essence (qui ne peut jusqu'a présent être mesure "scientifiquement") qui anime le corps humain, et peut être la poursuite de cette essence est le but spirituel des athéistes, le but qui les animes et les poussent a rechercher leur vérité. Je pense que la majorité des athéistes en sont ainsi a cause de la peur d'être trompe par les démagogues et les faux-prophètes. Qui donc peut leur nier le droit de penser ainsi (même si nous pensons qu'ils sont fondamentalement dans l'erreur) quand on constate l'état de vie des hommes du passe et même du présent résultant de leur choix de suivre certains leaders sans poser de questions ?  

Nous savons tous ce qui se passe quand une société se détourne de ces trois principes :

- Manque de laïcité  = intolérance au niveau de la société elle-même (ex. l'antisémitisme des nazi, le racisme des "Blancs" et autres peuples, etc.)

- Manque de moralité = le choix d'attaquer autrui et violer ses droits de vivre en paix et de poursuivre son propre bonheur (ex. le vol, le meurtre, l'esclavage, le matérialisme extrême, le capitalisme, le communisme, le socialisme, la destruction de la Terre a travers la pollution, les guerres mondiales, les bombes atomiques, etc.)

- Manque de spiritualité = presque toutes les erreurs commises contre soi-même (la perte de soi, le suicide, l'abandon de l'espoir dans la vie, etc.)  

En conclusion, je pense qu'il est très important de comprendre le lien nécessaire entre laïcité, moralité, et spiritualité: elles représentent les trois piliers de toute société and tout être humain juste. La laïcité  doit être la base fondamentale des lois qui gouvernent la société. La moralité doit être le pilier central des échanges entre la société et les hommes, entre les hommes et leurs voisins. Et la spiritualité, qu'on le réalise ou non, doit être le but central et interne de la vie de tout être humain. »


Zié Y. (le 13/13/2009)

« La laïcité prend sa source dans la spiritualité, qui est encore le vecteur ayant favorisé la naissance des réligions. C'est la raison pour laquelle, il est difficile, voir même impossible de comprendre l'importance de la laïcité et les enseignements réligieux sans spiritualité. C'est cette dernière qui soutient les principes fondamentaux de la laïcité. La spiritualité et la laïcité sont donc compatibles. »


Badescu D. de Montréal (le 12/01/2009) :

« Comme dans le monde actuel peu sont ceux qui prétendent ne pas dire la verité, mentir à priori ou se tromper très fréquemment, je trouve normal(fréquent) que chaque croyance revendique le monopole de la foi, et même de la vérité.

Peut-être verrait-on de nos jours une dose d'incertitude filtrer dans les discours. Un signe de tolérance de la part de tous. Je pense aussi que l'intolérance de la religion d’État face à la diversité est tout aussi dangereuse que celle de l'État religion face à l'uniformité. Quand ce modèle deviendra unique il peut très bien porter à la diversité qui divise et isole, qui unifie en solitude.

Comme l'article le dit cela a entraîné et entraîne encore nombre de conflits à travers le monde. Il reste à voir si les conflits n'ont pas eu de valeur dans l'évolution et s'ils sont dus à la religion exclusivement ou aux caractères extants de la rase humaine. En ce qui concerne l’athéisme, le monde a connu le communisme avec des résultats assez peu brillants. »


Romain D. (11/01/2009) :

« Je pense pour ma part que l'athéisme ne s'oppose pas systématiquement à la spiritualité. Être athée ne veut pas dire être obsédé par des questions viles et basses au mépris de toute éthique. C'est reconnaître ce monde-ci comme étant le seul réel, ce qui est une raison pour en prendre soin. De même, les religions sont loin d'être des exemples de tolérance et d'amour du prochain, bien que toutes se réclament de ces idéaux. D'ailleurs, il peut exister un mysticisme athée. Indépendamment de toutes croyances et incroyances (j'insiste sur le pluriel puisqu'il existe autant de façons d'être athée que de façons de croire en Dieu), l'homme est un être où se mêlent les instincts les plus bas et les aspirations spirituelles et morales les plus élevées, ce qui est le moteur de l'histoire. La laïcité est l'un des biens les plus précieux que cette lutte de l'homme avec lui-même ait porté.

Dans son principe, elle autorise la croyance et l'incroyance, la religion et l'irréligion. Limiter son champ d'application à la seule possibilité de croire serait l'amputer de la moitié de ce principe. « La plus large tolérance dans la plus stricte indépendance ». Cette devise, très louable, s'oppose quelque peu à vos propos : « En outre, l'athéisme est le lit du matérialisme, lequel est fondé sur le rejet de toute forme de spiritualité et sur la satisfaction des désirs les moins nobles de la nature humaine (pouvoir, possession, domination, etc.) » C'est ignorer le matérialisme philosophique d'Épicure et sa diététique plus qu'ascétique des plaisirs (plaisirs nécessaires (se nourrir, se reposer) plaisirs naturels (auxquels Épicure ajoute la philosophie) et plaisirs non naturels et non nécessaires (condamnés par l'épicurisme, et qui sont le pouvoir et la richesse)). Je me doute bien cependant que vous entendez par matérialisme l'hédonisme vil tel que l'encourage notre société de grande consommation. On imagine mal l'homme qui a écrit « C'est une grande richesse que la pauvreté ordonnée selon la loi de la nature » (Fragment 477) ou encore « C'est une chose honorable qu'une pauvreté joyeuse » (Fragment 475) se vautrer dans le stupre et le luxe. L'athéisme est une position philosophique au même titre que le déisme, et à ce titre elle doit être défendue autant que les autres. Son mauvais usage est aussi dangereux que le mauvais usage d'une philosophie théiste : qui peut dire sans mauvaise foi que l'Inquisition ou le Djihad sont des pratiques saines ? Bien sûr, les dérives du communisme russe sont également blâmables.

Pour répondre proprement à votre question, la laïcité et la spiritualité sont effectivement compatibles. Mais il faut veiller à ce que l'une n'empiète pas sur l'autre. Il ne s'agit pas de revenir à une religion d'État et il ne s'agit pas non plus d'interdire toutes les religions comme ce fut le cas en Albanie jusqu'à une époque récente. Mais je persiste à dire que le matérialisme philosophique ne s'oppose pas à la spiritualité et ne s'oppose pas non plus au mysticisme. Voici donc ce que j'en pense. J'espère que ma réponse pourra vous être utile ou être utile à ceux qui s'attarderont sur votre site.


Bénédicte de Sète (10/01/2009) :

« Je pense que la laicité et la spiritualité sont compatibles, car c'est le propre de l'homme, ça dualité, le coté palpable et impalpable ; la laicité pour tout ce qui est matériel et la spiritualité pour tout ce qui est immatériel.

Je pense que l'on peut croire en l'homme autant qu'a une « force spirituelle divine » religieuse ou pas et c'est comme cela d'après moi que l'homme peut évoluer de façon positive, en se servant du spirituel et du laique un peu comme le ying et le yang en faisant un bon mélange des deux,toujours en gardant l'équilibre sans excès ni dans l'un ni dans l'autre. Voilà, j'espère que mon explication vous satisfera elle est certe bien sommaire mais j'ai essayé de faire un condensé de ma pensée. En espérant être lue. »


Guy A. (07/01/09) :

« Je suis plutôt d'accord avec cet article. En effet, la laïcité et la spiritualité ne sont pas incompatibles mais au contraire pour moi elles se complétent mutuellement.... La laïcité assure l'égalité de chaque citoyen quelque soit sa religion, ethni, race.... chose que les religions dominantes n'ont pas su faire, il suffit de constater les dérives des pays qui n'ont pas séparé l'état de la religion et aussi de regarder notre propre histoire européenne pour se rendre compte des exactions commises au nom d'une religion. Cepedant, l'attitude des laïcs purs et durs qui dénigrent systématiquement les mouvements spirituels et religieux en tant que "sectes" et à déplorer. Les croyances, conceptions religieuses et philosophiques sont propres à chaque individu et personne ne peut affirmer détenir l'entière vérité, c'est pourquoi cela doit rester dans la sphère du domaine privée.

Je pense également que nier tout aspect spirituel ou religieux ne peut que conduire à un matérialisme destructeur (ce que nous vivons dans le moment présent avec son cortége de guerre, inégalité.... La spiritualité permet à l'homme de s'élever, de se consacrer à réaliser ses idéaux.... Donc, il serait profitable à tous que spiritualistes et laïcs oeuvrent ensemble au lieu de se condamner sans cesse. Voila c'est juste mon opinion Merci. »


Didier N. (09/01/2009) :

« La laïcité et la spiritualité sont compatibles dans la mesure où c’est elle qui va nous permettre de pouvoir nous élever spirituellement dans la pratique de nos croyances qui sont aussi divergentes les unes des autres. Donc, les séparer revient à dire qu’il n’y a qu’une seule religion pour tous !

Etant donné que le but recherché par tous est le même, c'est-à-dire l’illumination, cette compatibilité va permettre sa réalisation. »

Alain O. (06/01/09) :


« Pour un mystique, la laïcité est le seul régime qui lui permette de pratiquer sa spiritualité en toute indépendance sans avoir a subir les dictats d'une religion quelle qu'elle soit ; la laïcité est la garantie de nos libertés de croyances et de pratiques tant que ceux-ci demeurent dans la sphère du domaine privé. »

 

 

 

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