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La question du mois - novembre 2009

par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.

 

>  11. Quelle est votre conception de l’économie ?

« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. »  Serge Toussaint  [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]

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  • Texte de Serge Toussaint
  • Commentaires des internautes

Quelle est votre conception de l’économie ?

D’une manière générale, l’économie est l’art de gérer les finances d’une collectivité pouvant aller du plus petit village au plus grand des États. Pendant des siècles, on a parlé d’économie locale, d’économie régionale et d’économie nationale. De nos jours, on parle d’«économie mondiale», car le commerce et l’industrie fonctionnent désormais à travers des réseaux qui s’étendent au monde entier. Nombre d’individus et de corporations dénoncent cette mondialisation de l’économie et la rendent responsable de la crise à laquelle de nombreux pays sont confrontés depuis des décennies. Pourtant, elle correspond à un processus naturel inévitable qui résulte du fait que les voies de transport et de communication transcendent les frontières, et font de la planète entière un espace ouvert à tous les échanges.

En ce sens, la Terre est devenue un seul pays, ce qui est un facteur de rapprochement et de paix entre les hommes. Il me semble donc absurde de s’opposer à la mondialisation, car elle est irréversible et présente en réalité beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients. Qu’on le veuille ou non, elle correspond à une étape “programmée” dans l’évolution de l’humanité, car il était inévitable que tous les pays qui la constituent finissent un jour par nouer des relations politiques, économiques, culturelles et autres. Cela dit, il faut faire en sorte que cette mondialisation soit une source de progrès social pour toutes les nations, et qu’elle contribue au mieux-être de tous les hommes. Cela suppose de la maîtriser et d’en faire le support d’une économie véritablement humaniste, c’est-àdire orientée vers le bien de tous et de chacun.

Il est vrai que le processus de mondialisation, commencé il y a plusieurs décennies, est loin d’être maîtrisé et génère de graves problèmes sociaux dans nombre de pays. Cela dit, plus que la mondialisation elle-même, c’est peut-être ce que l’économie est devenue qui est en cause, ou plus exactement ce sur quoi elle repose dans les pays dits “développés”. C’est ainsi qu’on la fait dépendre presque exclusivement de la “production” et de la “consommation”. En vertu de ce principe, pour ne pas dire de ce dogme, on considère généralement que la seule façon de rendre l’économie plus florissante est de faire en sorte que la population consomme davantage, afin d’accroître la production ou, ce qui revient au même, d’accroître la production et de faire en sorte que la population consomme davantage. Cette vision des choses me semble aberrante pour au moins deux raisons : en premier lieu, les personnes qui ont les moyens de consommer ne peuvent le faire au-delà de certaines limites (elles ne vont pas manger dix fois par jour, porter sur elles cinq couches de vêtements, etc.). Quant à celles qui n’en ont pas les moyens, elles participent peu à l’économie, mais en subissent les effets les plus pervers. En second lieu, inciter à la consommation comme on le fait à travers le “matraquage” publicitaire, les offres de crédits alléchantes, les promotions de toutes sortes, etc., privilégie le quantitatif au détriment du qualitatif, et contribue à rendre les gens encore plus matérialistes. Autrement dit, on fait d’eux des consommateurs invétérés, toujours enclins à se procurer davantage de biens matériels et à satisfaire des désirs et des besoins de plus en plus artificiels.

Il est évident que l’économie est un problème à la fois grave et complexe, et qu’il n’existe aucune baguette magique permettant de le résoudre. Cela dit, dans les pays industrialisés, elle repose sur une surproduction que l’on entretient artificiellement en incitant les gens à consommer “coûte que coûte”, qu’ils en aient ou non les moyens. À cela s’ajoute le fait que la course au profit a fait que l’on a remplacé l’homme par la machine dans nombre de tâches où cela ne se justifiait pas, contribuant ainsi à déshumaniser la société. Sans entrer dans des considérations techniques qui sont du ressort des spécialistes, la sagesse voudrait que l’on adapte l’économie à l’homme et non l’inverse, comme cela a été fait jusqu’à présent. Cela suppose que l’on produise uniquement pour répondre à ses besoins réels et que l’on fasse de lui le centre de cette production. Parallèlement, il faudrait faire en sorte que les profits générés par l’économie ne soient pas utilisés pour soutenir les spéculations d’un marché artificiel, mais pour créer des ressources permettant à ceux qui n’ont pas les moyens de consommer de le faire normalement. Par ailleurs, elle devrait être pensée à l’échelle mondiale et non nationale, afin que tous les pays bénéficient de la mondialisation, ce qui nous ramène à la nécessité d’en faire un facteur d’humanisme. Enfin, il faudrait veiller à ce qu’elle respecte l’environnement et soit donc écologique, ce qui est loin d’être le cas actuellement. L’idéal en la matière serait même que l’écologie soit un secteur et un vecteur de l’économie. Tout ceci nécessite naturellement un changement radical dans les mentalités, tant au niveau des gouvernants que des gouvernés.

Serge Toussaint

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(4) Commentaires

(4) Daniel B., de Grandcamp-Maisy, le 08/11/2009

L'économie n'est plus au service de la consommation (même mauvaise), ni de la production (même polluante), cela c'est déjà du passé ! Elle semble maintenant totalement livrée à une spéculation financière sauvage, c'est à dire à des mouvements de capitaux virtuels extrêmement rapides, mondiaux et dévastateurs, gérés par des logiciels très puissants et efficaces. Les discrets auteurs de cette spéculation mondiale détiennent toutes les clés de pouvoirs économiques monstrueux et usurpés qui, en gros, ont pour seul but d'amasser des richesses à leur seul profit.

Sous couvert de démocratie, ils ont su organiser de savants jeux de lois nationaux ou communautaires, s'abriter derrière d'habiles traités internationaux ou encore se dissimuler derrière de judicieuses conventions sur le commerce mondial. Associées à des dirigeants politiques impuissants, livrés -trop souvent de leur plein grè- à toutes leurs volontés, ces puissances économiques invisibles n'ont désormais plus aucune limite ! Et ainsi va — ou ne va plus —, l’économie.

"Tout le monde", j'ai le regret de l'écrire, n'est pas gentil. Non, vraiment, "tout le monde il n'est pas beau", du moins pas encore... Ce n'est peut-être pas bien de le dire, ni convenable de le penser mais nous en sommes néanmoins là et continuer de se voiler la face sous de vaines arguties n'y changera rien. Les destructions sont évidentes et désormais massives. Voyez : les glaces fondent, l'eau manque, les plantes comme tous les autres êtres vivants souffrent, et donc la planète entière n'en peut plus... pourtant rien n'est fait. Alors, me direz-vous ?

Oui, alors, que faisons-vous, qu'allons-nous faire, pour tenter de sauver ce qui, espérons-le tout de même, peut l'être ? Tout ce qui a été tenté jusqu'à aujourd'hui nous a mené exactement là où nous sommes. On peut toujours imaginer que sans ce que nous avons réalisé sur tous les plans cela aurait été encore pire. Certes. Mais il ne sert à rien de se rassurer ainsi, même si c'est agréable et commode pour se justifier, se conforter voire se réconforter... La triste réalité est bien devant nos yeux: il faut très vite maintenant modifier nos compréhensions, nos visions, nos idées, nos comportements personnels, mais aussi et surtout nos actions collectives pour lutter contre cette "économie" dévastatrice et meurtrière. Comment ? Là est toute la question que je vous pose.


(3) R. Goetschel, le 04/11/2009 :

Bonjour,

L'économie est mon métier, car je travaille dans la banque qui est mon métier. Avant toute chose, je rappellerais qu'à chaque fois qu'il y a eu des changements dans l'économie: tout le monde était inquiet, il y a eu des grèves, des manifestations et des révolutions. Citons uniquement l'industrialisation entre 1848-1852, les révolutions populaires1905-1914. etc. Aujourd'hui, nous nous trouvons à la mondialisation de l'économie.La peur règne, les hommes recherchent de nouveaux équilibres, de nouveaux points appuis,(mais ne se trouve-t'il pas en eux-mêmes), etc. Il est évident que nous sommes comme toujours à la croisée des chemins, il n'y a que 2 voies le refus ou l'acceptation, chacun son choix.


(2) Michel C., Arles sur Tech, le 4/1/2009

Notre société actuelle ressemble à s’y méprendre à une construction posée sur un lit de sables mouvants. Au fur et à mesure qu’elle s’enfonce dans la mouvance des illusions et des artifices, il s’y ajoute de nouvelles structures aussi artificielles que les précédentes, histoire de masquer ces lézardes que nos consciences, trop absorbées dans le futile, ne sauraient percevoir. Il sied de rester vigilant face à un tel débordement mercantile fusant de toutes parts. En effet, dans un tel contexte de sollicitations permanentes, l’humain que nous sommes peut être vite tenté vers des besoins dont il pourrait très bien se passer. Le mercantile vient polluer nos boites aux lettres physiques et virtuelles (email), et notre cerveau à travers l’écran de télévision. Cela fait partie du ‘’jeu’’. Un jeu dans lequel l’individu à le choix : soit devenir dépendant d’un système avec les risques que cela comporte en matière d’équilibre matériel et mental, soit de s’en détacher au profit de l’essentiel.

Le but originel de la banque réside dans le prêt et l’épargne. Mais, de nos jours, la demande du toujours plus prend le pas sur le désir de placer ses économies. Certes, eu égard aux taux d’épargnes relativement bas, nous pouvons nous interroger s’il n’est pas voulu que le citoyen lambda dépense plus qu’il ne gagne. Un taux plus attrayant favoriserait d’avantage le désir de placer son argent sur un livret. De plus, il convient de savoir que l’argent épargné par les uns est prêté aux autres : entreprises, artisans, agriculteurs, etc.. Aussi, s’il y a plus de sorties que de rentrées, la banque est obligée d’emprunter ailleurs, où, comme ce fût le cas aux Etats-Unis en 2008, elle fait faillite. Aussi est-elle obligée de rechercher d’autres sources de revenus par ailleurs en proposant, par exemple, des assurances et autres produits de placements. Objectivement, c’est sur le terrain du quotidien que nous pouvons voir les effets de la société de consommation. Nous voyons, en effet, de plus en plus de gens ayant du mal à joindre les ‘’deux bouts’’, à payer leurs échéances de loyer, et pour cause, bon nombre de prélèvements pourraient être évités s’il y avait eu plus de vigilance. Le crédit devrait être une solution d’extrême limite. Malheureusement, de nos jours, un prêt en cache un autre, et cela, parfois, pour toute une vie. La mondialisation devrait, à terme, permettre le partage des richesses, et faire qu’il y ait un peu plus d’égalité entre les peuples. Mais le chemin n’est pas simple. Bon nombre de « dinosaures* » tiennent les rennes de la finance et regardent, avant tout, leurs propres intérêts. Certaines multinationales se moquent absolument des problèmes d’écologies, de la planète et de sa population. Les intérêts sont immédiats et non sur le long terme. Le jour, et ce n’est pas loin à mon avis, où le citoyen du monde prendra soudain conscience que l’essentiel n’est pas dans le tirage du loto où dans le rêve d’une super maison avec piscine, mais ailleurs, en lui et autour de lui, alors le règne des « dinosaures » en col blanc prendra fin.


(1) Michel B; Mont-Roc, le 03/11/2009 :

UTOPIE ? Ayant lu les Œuvres de Platon, je ne peux que constater le rapprochement des idéaux de ce philosophe accompli et de Mr Toussaint qui est d’un humanisme légendaire…

Aussi, je suis perplexe quand au devenir de l’économie de notre planète.

Si d’un côté, l’argent ne fait pas le bonheur (et je ne fait pas de commentaires tant cela est vrai) mais y contribue concrètement ; en cela, chacun est libre de mettre l’argent où bon lui semble (Libre arbitre) et celui-ci est, il faut bien l’avouer, neutre. En effet, c’est l’homme et lui seul qui confère à tel ou tel monnaie, son importance !

Alors, personne peut contrer la progression de l’économie mondiale et encore moins le rapprochement des peuples comme le souligne Mr Toussaint. Je suis tellement en harmonie avec sa conception que, en définitive, il me semble comme le prône Platon, que cela soit utopique. Par contre, et là est le miracle, l’homme a le choix, et le passé en est témoin, que lui seul peut, par sa sagesse, sa clairvoyance et son Amour, construire dans le temps et en ce moment même une planète UNIE comme l’Âme est unie à Dieu.

Travail, travail, travail…


 

 

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