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La question du mois - janvier 2010

par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.

 

>  13. Quel sens donnez-vous au mot « mysticisme » ?

« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. »  Serge Toussaint  [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]

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  • Texte de Serge Toussaint
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Quel sens donnez-vous au mot « mysticisme » ?

Dans la plupart des ouvrages de référence, le mysticisme est défini comme l’attitude religieuse ou philosophique de quiconque admet l’existence de Dieu et la possibilité de s’unir à Lui par la contemplation. Par extension, il est dit dans ces mêmes ouvrages que le mystique est celui qui fait sienne cette démarche et qui recherche l’Absolu en toute chose. Vous noterez que ces définitions n’ont rien de péjoratif et qu’elles sont vraiment dignes d’intérêt. Malheureusement, peu de personnes les connaissent, ce qui explique pourquoi le sens des mots « mysticisme » et « mystique » est souvent galvaudé dans le langage courant. C’est ainsi qu’on les emploie généralement en relation avec une ou des personnes dont on juge l’idéal ou le comportement mystérieux, insolite, étrange, marginal, etc. On peut penser que c’est pour dénoncer ce galvaudage que Marguerite Yourcenar se lança dans un plaidoyer en faveur du mysticisme lors de son discours de réception à l’Académie française (janvier 1981). Parlant de celui à qui elle succéda (Roger Caillois), elle déclara en effet :

« Le voici donc parvenu, et ce n’est pas sans timidité qu’il l’avoue, à une mystique de la matière. Je crois sentir dans cette timidité l’effet de deux états d’esprit souvent présents chez l’intellectuel de type purement rationaliste, et peutêtre surtout en France, l’un, une crainte presque superstitieuse du mot “mystique”, comme si ce mot signifiait autre chose qu’adepte de doctrines restées plus ou moins secrètes ou chercheur de choses demeurées cachées. Et pourtant, nous savons tous que toute pensée profonde reste en partie secrète, faute de mots pour l’exprimer, et que toute chose nous demeure en partie cachée. Le second de ces deux états n’est autre qu’un certain dédain du mot “matière”, celle-ci étant trop souvent considérée comme la substance à l’état brut, placée aux antipodes du mot “âme”... »

Si la définition donnée au mot «mysticisme» dans la plupart des ouvrages de référence est digne d’intérêt, elle reste néanmoins très générale. En effet, elle ne précise ni ce qu’est Dieu pour un mystique, ni comment ce dernier est censé s’unir à Lui. Ce manque de précision peut se comprendre, car le mysticisme, au sens large, intègre une diversité de courants ayant chacun sa spécificité, tant dans la doctrine enseignée que dans la pratique proposée. C’est ainsi que l’on parle du mysticisme juif, chrétien, musulman, etc., chacun de ces courants constituant une voie devant permettre à celui qui la suit de faire l’expérience du Divin. En cela, il importe de noter que tout mystique, quel que soit le sentier qu’il emprunte pour mener à bien sa quête spirituelle, se distingue du fidèle ou du croyant ordinaire. Autrement dit, il ne se limite pas à croire en Dieu à travers les credo plus ou moins dogmatiques qui sous-tendent les religions courantes, et dont le but est plutôt d’apporter le Salut. Son désir ultime est de s’unir à Lui en conscience et de Le contempler, le plus souvent au terme d’un état extatique qui s’apparente à l’Illumination. Même au sens large, nous voyons donc que le mysticisme appartient au domaine de la connaissance et non de la croyance, ce qui lui donne une connotation ésotérique et transcendantale. Par ailleurs, le mystique authentique ne méprise pas la matière et ne vit pas à l’écart des autres. Pour lui, le monde matériel fait partie intégrante du Divin et constitue le laboratoire grâce auquel il doit s’élever vers Lui, en vivant aux côtés de ses semblables et en assumant ses devoirs de citoyen.

Qu’en est-il maintenant du mysticisme rosicrucien ? Conformément aux explications précédentes, il constitue une voie de connaissance qui transcende le sentiment religieux. Cela dit, son but n’est pas vraiment de connaître Dieu, car Il est inconnaissable, mais plutôt d’étudier les lois physiques et métaphysiques par lesquelles Il se manifeste dans toute la Création. En effet, c’est grâce à cette étude que l’on peut en venir, non seulement à comprendre et à ressentir comment le Divin s’exprime en nous et autour de nous, mais également à pressentir pourquoi Il le fait. En cela, nous pouvons dire que le mysticisme rosicrucien consiste en une approche intellectuelle, émotionnelle et spirituelle des mystères de la vie. C’est aussi un idéal de comportement, en ce sens que tout Rosicrucien digne de ce nom sait que sa quête de connaissance va de pair avec la nécessité de se parfaire, tant il est vrai que Dieu ne Se révèle qu’à ceux et celles qui ont une âme pure, ou du moins qui travaillent sur eux-mêmes pour la purifier. Cela revient à dire que le mysticisme, au sens rosicrucien du terme, est l’attitude philosophique de quiconque étudie les lois divines, tant dans le but de mieux comprendre le sens profond de l’existence, que de vivre en harmonie avec lui-même, la nature et l’univers. J’ajouterai que cette quête de sens et d’harmonie doit être menée au contact des siens et du monde en général, ce qui suppose d’avoir “la tête dans le ciel et les pieds bien sur terre”.

Serge Toussaint

 

(2) Commentaires

(2) H., Paris, le 01/01/2010 :

Le mysticisme c'est aspirer, presque paradoxalement, à résoudre, ou consentir à une résolution des choses en Dieu.

Ainsi plusieurs comportements humains, par exemple, en apparence tournés à sens unique vers le matériel, voir vers le futile, comportent malgré tout une part d'anagogique, ont même une source bénéfique, lisible part la mystique et cachent souvent soit une volonté de vérité, de justice, parfois une aspiration déguisée à la révélation, à la communion... Il est possible de susciter le mystique en chacun, car nous restons tous, même inconsciemment, sensibles à la grâce et ses participants.

La mystique c'est la beauté cachée des choses, leur profondeur, il y a une mystique pour tout et tous, elle tend des passerelles entre les mondes, entre les individus, c'est l'hypertexte vivant du monde des idées.

L'identification à l'autre est une part de l'identification au divin, la mystique c'est s'identifier à l'Esprit, c'est le sens du sacré, c'est voir une quatrième dimension, c'est une relativité salvatrice et positive, c'est s'entretenir en quelques sortes avec la divinité, c'est voir la magie naturelle du monde...

Le mystique est éprit de la réalité, il ne peut plus la considérer partiellement, pour lui la réalité requiert d'être considérée dans son entier pour être mieux distinguée, il prend en compte l'aspect poétique de l'existence malgré le flou inhérent au caractère même de l'intangible. C'est cette tentative de corroborer entre elles d'apparentes incompatibilités qui est un des défis du mysticisme, qui est aussi prise de conscience...

Pour le mystique le dogme, voir la superstition, se résolvent, se lisent à la lumière de la relation direct que Dieu entretient quelque part avec chacun. Rien ne peut se mettre entre lui et Dieu si ce n'est pour l'y ramener.

Le mystique peut percevoir que, pour lui, il n'est plus forcément nécessaire de pousser l'iniquité à son comble pour comprendre les vertus de l'éthique, qu'il n'est plus forcément nécessaire de pousser le vice à son comble pour comprendre la nécessité de la vertu... , la matière telle qu'elle est nous permettant déjà largement d'éprouver, au sens de mettre à l'épreuve donc, la nécessité de la spiritualité...

Par "En vérité" il entend "Concrètement". A une époque d'incrédulité outrancière, il croit en son prochain , il croit à l'exploit parce que lui du moins le sait possible...

Le mystique dans l'homme comprend qu'il est jugé selon la manière exact dont il aime...

Merci encore et bonne année mystique à tous !


(1) Michel B., le 31/12/2009 :

Il me semble qu’à mon point de vue, ce terme résonne comme un « sésame » et si l’on suit correctement le sentier initiatique, celui-ci offre au chercheur emprunt d’un sérieux sacré, une ouverture sur un plan spirituel que nombre de personnes croient et pensent que la religion y ai pour quelque chose.

Faux ! La religion est une chose, et la croyance est peut-être son destin… Tandis que le mysticisme est l’étude des lois naturelles afin d’étudier le créateur de l’Univers et d’être par conséquent en harmonie avec ses manifestation… nous lui rendons alors hommage en vivant tous les jours en concordance avec nos frères humains, et plus encore, avec les animaux, les plantes etc. Ceci, avec l’espoir qu’un jour, nous comprenions de l’intérieur le but de la création…

De temps en temps, au cours de notre vie, on perçoit pendant un court instant le bien fondé de cette création qu’est l’Univers et nous sommes comblés ! Nous savons alors que la voie sur laquelle nous cheminons maladroitement est la bonne… Parmi d’autres…

Je ne peux approfondir ce sujet tant celui-ci est personnel ; Le texte clair de Mr Toussaint est à lui seul un condensé de ce que je pense, alors inutile de chercher plus loin !

Bonne année à tous.

 

Michel Bourdon

81120 Mont-roc

 

 

 

 

 


 

 

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