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par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.
14. Est-il nécessaire de souffrir pour évoluer sur le plan spirituel ?
« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. » Serge Toussaint [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]
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Est-il nécessaire de souffrir pour évoluer sur le plan spirituel ?
Nombre de religions ont enseigné et enseignent encore que la souffrance est une nécessité pour accéder au Royaume des Cieux et se rapprocher de Dieu. Pour la plupart d’entre elles, elle est même un agent de purification et de rédemption. Autrement dit, elle permet à l’âme humaine de se purifier de toutes ses imperfections et de racheter ses fautes, pour ne pas dire ses péchés, et d’obtenir ainsi le Salut. En vertu de cette croyance, de nombreux fidèles pensent qu’il faut souffrir physiquement ou moralement pour plaire à Dieu et Le connaître, que ce soit durant la vie ou après la mort. C’est ainsi qu’ils s’infligent des privations diverses, se complaisent dans la peine ou, dans les cas extrêmes, se mortifient. Pire encore, certains « fous de Dieu » vont même jusqu’à sacrifier leur existence et celle d’autrui pour être admis au paradis et laisser d’eux l’image d’un martyr. Pourtant, si la souffrance était une nécessité pour évoluer sur le plan spirituel, il est évident que Jésus, pour ne citer que lui, n’aurait pas consacré autant de temps à guérir les malades et à consoler les affligés. Par ailleurs, tous les sages du passé ont enseigné que la vie est le bien le plus précieux dont nous puissions jouir, car en dépit des vicissitudes qu’elle comporte et des épreuves qui la jalonnent, elle est le fondement de notre évolution spirituelle, c’est-àdire de notre raison d’être. Se tuer ou tuer autrui au nom de Dieu est donc un non-sens absolu et traduit une conception fanatique de la foi religieuse.
D’un point de vue rosicrucien, l’idéal est de vivre heureux sur le plan terrestre et de ne pas souffrir. Malheureusement, cela est impossible en l’état actuel de la condition humaine, car l’homme incarné possède un corps physique, une structure mentale et une dimension psychologique qui le conduisent tôt ou tard à connaître des souffrances. Cela dit, il faut noter que beaucoup d’entre elles résultent d’une application négative de son libre arbitre. À titre d’exemple, c’est l’homme qui est responsable des guerres et des horreurs qu’elles génèrent ; un grand nombre de maladies sont dues au fait qu’il viole les lois naturelles ; de nombreux accidents ont leur origine dans des erreurs de jugement ou de comportement, etc. Nous voyons donc que l’homme souffrirait beaucoup moins s’il était plus sage. On peut même supposer que s’il était effectivement plus sage, il recevrait l’inspiration voulue pour soulager la plupart de ses souffrances, que ce soit au moyen de traitements médicaux ou d’appareils techniques. En ce sens, on peut penser que lorsque la science se donnera une orientation spiritualiste et se consacrera à soigner aussi bien les âmes que les corps, elle sera davantage inspirée et découvrira des procédés nouveaux qui lui permettront de neutraliser ou d’éviter la plupart des souffrances dont l’homme actuel fait l’expérience dans sa chair ou dans son esprit. D’une manière générale, nous pouvons supposer que plus l’humanité évoluera en conscience, moins elle souffrira physiquement et mentalement.
S’il est vrai que la souffrance n’est pas une condition absolue pour évoluer spirituellement, nous ne pouvons nier que le fait de souffrir contribue à notre évolution spirituelle. C’est ainsi qu’une maladie grave conduit souvent à se demander si elle n’est pas due à notre manière de vivre, de penser, etc. Il en est de même lorsque l’on est blessé gravement dans un accident ou que l’on échappe « par miracle » à la mort. Dans ces cas-là, on s’interroge sur le but de l’existence, le pourquoi des choses, le sens de la destinée humaine, etc. Or, ces interrogations s’apparentent à une introspection qui mène à des prises de conscience, et souvent même à une quête spirituelle. Par ailleurs, la souffrance que l’on éprouve nous amène généralement à compatir à celle d’autrui, la compassion étant une vertu que l’homme doit éveiller au cours de son cheminement intérieur. Cela ne veut naturellement pas dire que le seul moyen d’éveiller cette vertu est de faire soi-même l’expérience de la douleur. Dans cet ordre d’idée, il n’est pas nécessaire d’avoir été égoïste, malhonnête, malveillant..., pour devenir un jour généreux, honnête, bienveillant... À cet égard, il est important de comprendre qu’un défaut est l’absence de la qualité correspondante, et qu’il n’est nul besoin d’expérimenter cette absence pour comprendre qu’elle est négative pour soi-même et pour autrui. Ainsi, pour en revenir à notre question, le fait de souffrir n’est absolument pas une obligation pour s’ouvrir à la spiritualité, mais il est indéniable que cela conduit généralement à se poser des questions qui contribuent à l’évolution de l’âme.
Serge Toussaint
(7) Commentaires
(7) T.G., le 23/02/2010 :
L'idée reçue que l'Homme doit souffrir pour évoluer spirituellement permet de mettre en lumière que l'Homme en général n'a pas la Connaissance et la Compréhension de sa réelle mission lors de l'incarnation dans un monde vibratoirement matière.
La plus haute forme d'intelligence du Tout est la fonctionnalité. A quoi cela peut-il bien servir de souffrir ?
C'est en fait un accélérateur émotionnel visant par ses causes à produire un effet. On peut le considérer comme un aiguillon plus ou moins douloureux selon la rapidité de réaction face à une situation connue à l'avance.
L'Homme qui souffre est celui qui ne voit pas et qui n'entend pas les directives que lui souffle le Tout. En admettant le principe de la réincarnation comme l'arrivée dans un monde dimensionnel et temporel d'une énergie adimensionnelle et atemporelle, donc non-séquentialisée dans le temps, on est obligé de comprendre que l'Homme s'incarne à la fois avec les problèmes propres à son chemin de vie (nous dirons les leçons) et les solutions qui sont donc déjà potentiellement existantes à portée de main.
L'Homme cessera de souffrir quand il comprendra sa vraie nature. Paradoxalement n'est ce pas l'évolution spirituelle qui permet cela ?
(6) Jean-Pierrre P., USA, le 22/02/2010 :
Chacun connait dans sa vie des épreuves. Accidents, maladies, problèmes matériels, pertes d'un être cher, souffrance psychique...
Il y a de nombreux types de souffrances différents, et selon leur cause et notre manière d'y réagir, leur influence sur notre vie varie beaucoup. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » dit le proverbe. Par exemple, entre une personne capable de trouver un sens à l'épreuve, et une autre qui n'y parvient pas, il y a une grande différence. La question du sens des épreuves paraît primordiale. Hélas, on ne connaît pas toujours leur vraie cause.
C'est cela qui est perturbant. Qui connaît la cause peut agir dessus. S'il l'ignore, c'est plus difficile. Qui n'a pas perdu un proche atteint d'une maladie grave malgré une vie exemplaire sur tous les plans ? D'un autre côté, la souffrance peut nous indiquer éventuellement la faiblesse personnelle sur laquelle nous devons travailler. Elle a alors un rôle positif. Quelqu'un qui souffre de timidité peut apprendre la confiance en soi. Si nous ne sommes pas heureux dans notre travail, la souffrance nous suggère d'en changer. Si nous sommes mal dans notre peau, c'est pour nous obliger à trouver ce qui nous manque, etc.
Donc la souffrance n'est pas toujours négative. Par contre, tout progrès, toute victoire, toute évolution positive sur le plan intérieur notamment, s'accompagne d'une sensation de plaisir, de joie, de liberté et de force accrues. Un des schémas que propose la vie pourrait donc être : la souffrance, la résolution du problème par l'effort et enfin le plaisir, indicateur de la réussite.
Dans cet ordre d'idée, la capacité à éprouver plus de joie dans la vie quotidienne que de déplaisir, pourrait bien être un indicateur précis du point où nous en sommes avec nous-mêmes. Celui qui atteint l'accord parfait avec lui-même n'est-il pas le plus heureux ?
(5) Michel K., Vancouvert, le 13/02/2010 :
L’idée de la nécessité de la souffrance à l’évolution spirituelle résulte en partie d’une erreur de jugement historique qui a été perpétuée à travers les générations. En effet, l’on a vu des personnes engagées activement dans des voies spirituelles et faisant beaucoup d’effort pour atteindre leurs objectifs. Elles devaient potentiellement faire face à l’incompréhension de la société ou elles vivaient. Elles devraient se priver de beaucoup de choses usuelles de la même manière dont les athlètes de haut niveau doivent contrôler leur régime alimentaire et de vie pour avancer.
Pour l’homme sans ambition particulière et ne comprenant pas les fondements de telles démarches, ces efforts pouvaient paraitre comme des souffrances que Dieu leur imposait afin « de leur offrir le succès». Ainsi, beaucoup d’épreuves que l’on considérait comme des souffrances n’en étaient pas forcément pour ceux qui les éprouvaient. Cela dit, il est vrai qu’un grand nombre de mystiques et spiritualistes one été victimes de l’incompréhension et de l’intolérance des autres qui les ont soumis à des souffrances inexplicables. Toutefois, d’autres ont été plus ou moins acceptés et même vénérés dans leur société. C’est donc essentiellement une erreur de raisonnement par analogie qui a probablement conduit à croire donc que la souffrance était nécessaire pour avancer en spiritualité.
(4) Christine M., 12/02/2010 :
Bonjour,
Je peux parler de mon expérience personnelle. J'ai pu constater que peut aussi se poser « l'attachement à la souffrance ». Ce qui est un piège dont il est difficile de sortir. En effet, quand on est marqué par l'éducation religieuse, on peut être construit sur le " il faut souffrir pour etre belle ou beau », « si on ne souffre pas on n'évolue pas » et tout simplement sur la crucifixion. Si il ne fallait pas que cela perdure mettrait on toujours ces crucifix sanguinolents sur les murs (imaginez le regard d'un enfant !). Le christ glorieux n'est il pas plus lumineux à contempler ?
J'avais beau savoir que tout cela n'était pas utile, ma construction intérieure sur ces bases faisait que j'avais un attachement à la souffrance. Elle me collait à la peau. Elle avait donné du sens à ma vie et si je ne soufrais plus alors c'était insupportable ! Il m'a fallu beaucoup d'amour reçu, et beaucoup de nettoyages et d'enseignements pour sortir de cette impasse. Cela revient à poser cette question : Comment aimer si on ne s'aime pas soi-même ?
Voilà le témoignage que je voulais apporter à cette question à mon avis cruciale soulevée à nouveau par les témoignages sur pour béatifications des papes : pour être saint, il faudrait se flageller... J'ai compris que la souffrance qui nous arrive, pas de soucis, c'est la vie. Elle nous fait lâcher prise et évoluer. Ce n'est pas du tout la même chose que d'être attaché à la souffrance, et de bâtir sa vie avec elle.
Fraternellement, Christine.
(3) Hadrien, H., 9/02/2010 :
On peut au moins dire qu'il est nécessaire d'évoluer spirituellement pour dépasser la souffrance... Pour être prêt à l'absorber philosophiquement, à la résorber d'une manière ou d'une autre.
On peut penser que d'une certaine façon c'est l'obtention de la souffrance comme résultat de l'expérience excessive opérée par l'homme qui le fit édifier en conséquence, ou qui le fit découvrir, développer l'éthique à travers les siècles. Un jeune, par exemple, peut sembler oublier jusqu'à la justification même, jusqu'à la raison concrète, archaïque de la bienfaisance... ;Cette raison est la non-viabilité éprouvé de la malfaisance.
Le péché, sorte de désalignement d'avec notre propre mesure occulte, comporte en lui même sa propre souffrance, sa propre expiation comme un germe. C'est une chose qui est réel. Souffrance sans péché, mais pas de péché sans souffrance. Au dela même d'un cheminement logique, celui qui souffre n'est déjà plus tout à fait celui qui a péché, mais celui qui pèche est deja celui qui souffre. Le juste dans l'homme n'est pas exempté de la peine, alors "à combien plus forte raison" le pécheur y est-il exposé. Il y a même une souffrance que le juste partage avec le pécheur ,comme pour soulager ce dernier d'un fardeau trop lourd... , elle est comme la défaite, comme la mort, c'est le lot de chacun, elle se partage, et c'est l'ésotérisme...
Celui qui est le plus frappé par le destin n'est pas proportionnellement le plus fautif, mais parfois justement le plus exigeant quelque part envers lui même.
Si elle peut revêtir un caractère irréversible ou inextricable dans une vie, parfois par trop- plein, Il est heureux malgré tout que chaque souffrance, si forte soient elle, puisse être transmuée, à terme, soit en une gravité, en une neutralité puissante, en une compréhension, voire en une joie, une foi..., car elle ne saurait rester uniquement souffrance pour celui qui la subit... .
Elle peut etre parfois une sorte de convoquation brutale devant le Mystère, c'est encore une limite, une extremité, une jauge, un support d'étalonnage, aussi un des points de friction entre deux mondes, entre le compréhensible et l'incompréhensible...; pour certains un defi pour le corps, pour l'esprit, pour le coeur, qui ne doit évidemment en aucun cas être recherché volontairement, du moins sans conscience.
Pourvu que La maladie, la violence , adversité incarnée, vrais souffrances, ne se rajoutent pas à l'affliction, et à la simple affection entres les êtres qui comporte également en elle même sa part de douleur humaine due au déchirement des séparations, voire aux regrets des égos. Maintenant si le travail épanouissant comporte de la souffrance, alors oui elle est nécessaire et n'en est plus une. Si ne pas fuire devant la responsabilité invisible de l'homme comporte de la souffrance, si le renoncement comme sorte de reconnaissance de l'autre ou comme pratique de rafermicement du coeur comporte de la souffrance, si la conversion de l'égo, si la renaissance implique de la souffrance, si la réalisation des rêves implique de la souffrance, alors oui elle est nécessaire et n'en est plus une.
Merci pour ces véritables petites aventures intellectuels.
(2) Patrick C., Lançon, Provence, le 03/02/2010 :
La souffrance qui est définit dans les religions sont comme des pansements sur des jambes de bois. Après une expérience extraordinaire dans ma quatorzième année j'ai découvert les mots amour et compassion . Au réveil de ces 8 jours passés en coma profond avec mes vies et mes actes la première question que l'on ma posé c'était le nom du médecin qui avait agrafé ma plais.
Ne comprenant pas, il m'expliqua qu'il voulait faire radier ce médecin car les agrafes étaient l'origine du mal. Au bout du lit, derrière deux personnes se tenait ce médecin en retrait assis sur une chaise. J'ai croisé son regard et j'ai lu son désarroi. J'ai volontairement joué la perte de mémoire en demandant « mais qu'est ce qui m'arrive ! » Pourquoi faire souffrir ce médecin. Je conteste les religions et la justice qui programme la souffrance. Mais alors me direz vous : comment se fait -il qu'il existe des souffrances sur terre ?
Sans aucune prétention ou de reprise d'auteur je sais que chaque souffrance physique,morale ,psychologique est une conséquence de nos actes passés et présent. C'est un signe donné par notre Âme et nous devons en tenir compte. Interrogeons notre conscience ! Nous avons le libre choix grâce à la volonté divine ou du nom que vous choisirez en Âme et Conscience. Ce choix dans nos actes est primordiale ou premier, car il détermine la suite des lois cosmiques dont nous faisons parti. Nous possédons cette liberté mais nous ne la comprenons pas. Depuis mes 14 ans j'ai et je pratique encore l'ouverture et la main tendu vers les autres. Combien de fois j'entends, je perçois, je ressent les différentes appréciations, sans obligation et contrainte c'est mon choix je suis revenu pour vivre cette vie et si ma main tendu peux apaiser ou éveiller une ou plusieurs personnes que je croise alors cette vie sera juste.
(1) Michel B., Mont-Roc, 03/02/2010 :
Il me semble qu’il faille distinguer deux plans :
1) Le plan matériel ou physique
2) Le plan spirituel et émotionnel.
En effet, qui n’a pas souffert un jour, dans sa chaire et dans son cœur ? Ceci étant dit, le fait de souffrir physiquement est en soi une épreuve horrible et je forme le vœu que cette année, ce nombre diminue significativement. Restons sur ce plan et voyons si cela contribue à une évolution spirituelle.
J’ai le sentiment que cette souffrance annihile le contact spirituel ; un exemple : Une rage de dent, un traumatisme sur le corps, canalise d’avantage notre concentration sur la douleur et provoque ainsi la fermeture à toutes pensées dites spirituelles ! Ceci est un point de vue n’est-ce-pas. Maintenant, une souffrance physique n’est heureusement pas ressentie (du moins je l’espère) 24h/24h et indéfiniment ; il est certain, qu’à certains moments, l’individu qui souffre ‘récupère’ et oublie ces malheurs. C’est à ce moment, je suppose, qu’une prise de conscience de l’être survient et que les questions d’ordres métaphysiques pénètre très profondément chez le souffrant, celui-ci est alors près à faire des concessions et de comprendre ses malheurs… D’où une élévation de la conscience de cette personne. C’est-elle élevée spirituellement ? Il suffit de faire le point sur soi et de constater !...
Passons si vous le voulez bien sur le plan spirituel. Une personne qui est profondément religieuse et vie en concordance avec ces croyances, et ou une adepte d’une philosophie mettant en pratique les enseignements proposés, se voit un jour confrontée à la maladie, un malheur etc. Je suis convaincu que si nous considérons les deux types d’êtres souffrants, il est fort probable que la prise de conscience est plus pointue chez la personne pratiquante et concrétise avec assurance l’évolution spirituelle de son âme. Elle prend conscience avec plus d’acuité des tourments de sa souffrance et réagit avec ce petit plus qu’est le rapprochement de la conscience divine au sein de son être… C’est peut être le déclic d’une vie pleine de sagesse.
Michel Bourdon
81120 Mont-roc
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