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par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.
15 On dit souvent que l’homme possède le libre arbitre. Mais est-il vraiment libre
de ses choix ?
« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. » Serge Toussaint [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]
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On dit souvent que l’homme possède le libre arbitre. Mais est-il vraiment libre de
ses choix ?
De par leur philosophie, les Rosicruciens ne sont pas fatalistes. Autrement dit, ils ne pensent pas que tout ce qu’il advient aux hommes, que ce soit sur un plan individuel ou collectif, est conditionné uniquement par la Volonté divine. Admettre cela reviendrait à croire que nous sommes tous des marionnettes entre les mains de Dieu et qu’Il nous manipule constamment, selon Son humeur ou Sa fantaisie. Outre qu’elle est fataliste, cette conception des choses est anthropomorphique et traduit une mauvaise compréhension des relations existant entre l’homme et la Divinité. Comme en témoigne la vie quotidienne, nous sommes confrontés chaque jour à des choix, que ce soit dans notre vie familiale, sociale, professionnelle ou autre. Dans bien des domaines, ce sont les décisions que nous prenons qui déterminent notre existence, et en partie celle des autres. Dans l’absolu, il est donc vrai que nous possédons le libre arbitre, c’est-à-dire la faculté de penser, de dire et de faire librement ce que nous voulons. C’est précisément à ce niveau qu’interviennent les notions de bien et de mal, car nos pensées, nos paroles et nos actions peuvent être positives ou négatives, selon l’orientation que nous leur donnons. Dans le premier cas, le karma qui en résulte est lui-même positif et se traduit par des joies et des satisfactions diverses ; dans le second, il est négatif et donne lieu à des situations plus ou moins pénibles et éprouvantes.
S’il est indéniable que l’homme possède le libre arbitre, il est vrai aussi que l’application de celui-ci est limitée, et ce par différents facteurs. En premier lieu, nous ne pouvons vivre sans manger, sans boire et sans dormir, car notre corps est soumis à des lois naturelles. Certes, nous sommes libres de les enfreindre, mais c’est alors notre vie elle-même qui en subit les conséquences. En second lieu, le pays dans lequel nous vivons est régi par des lois qui constituent des limites à notre liberté d’action, limites qui visent en principe à harmoniser les relations sociales. Par ailleurs, sa situation politique, économique et autre ont une incidence directe sur notre existence. En effet, les conditions de vie ne sont pas les mêmes dans un pays pauvre ou en voie de développement, que dans un pays riche. En troisième lieu, la famille à laquelle nous appartenons génère nécessairement des contraintes qu’il faut accepter dans l’intérêt de tous ses membres. À titre d’exemple, le fait d’être marié, d’avoir des enfants, etc., entraîne des obligations et des devoirs qui réduisent le champ de notre libre arbitre. Enfin, notre vie présente est conditionnée en partie par le karma qui résulte de notre incarnation précédente, de sorte que nous connaissons des limitations de tous ordres liées à un lointain passé. Ainsi donc, tout individu possède effectivement le libre arbitre, mais il l’applique dans un cadre plus ou moins limité, selon le pays dans lequel il vit, son milieu social, sa situation de famille, le karma qui lui est propre, et le destin qu’il s’est lui-même forgé.
On ne peut évoquer le libre arbitre sans parler d’une autre notion qui lui est liée : celle de liberté. D’un point de vue rosicrucien, le libre arbitre est d’origine divine. Pour être plus précis, c’est la faculté majeure que Dieu a accordée à l’homme dès ses origines, afin qu’il puisse évoluer spirituellement sous l’effet de ses propres choix et du karma qui en résulte. Quant à la liberté, il s’agit plutôt d’un droit social que les hommes s’accordent ou non mutuellement. Cela signifie que l’on peut priver un être humain de sa liberté, mais pas de son libre arbitre, en ce sens que même emprisonné, il pourra et devra toujours faire des choix de pensées, de paroles et d’actions. Certes, ces choix seront plus limités que s’il était libre, mais ils existeront néanmoins et conditionneront ses réactions et souvent même son devenir. Vue sous cet angle, la plus grande liberté dont puisse jouir un individu est celle qui lui permet d’appliquer sans entrave son libre arbitre, étant entendu qu’il doit lui-même le faire en respectant la liberté d’autrui. Malheureusement, force est de constater que des millions d’hommes et de femmes à travers le monde n’en bénéficient pas, notamment dans les pays gouvernés par des régimes totalitaires. Ceux qui appliquent ou cautionnent de tels régimes portent non seulement atteinte à la dignité humaine, mais s’opposent également aux lois divines. Tôt ou tard, ils en subiront les conséquences et connaîtront eux-mêmes le sort de tous ceux que l’on prive injustement et arbitrairement de liberté.
Serge Toussaint
(8 ) Commentaires
(8) Fabrice T, le 19/07/2010 :
Partons du principe immuable que l'homme dispose toujours de son libre arbitre. Si celui-ci a été transmis par Dieu, alors ce même Dieu doit pouvoir être le seul à lui ôter. Question de conviction personnelle de savoir si c'est Dieu qui ôte la vie ou le bourreau qui décapite, fusille ou pend ? Quoi qu'il en soit, seule la mort nous libère du libre arbitre !
Alors qu'en est-il de la liberté ? L'homme n'est jamais libre, ou si brièvement ! C'est d'ailleurs étonnant de voir que l'homme pourrait bénéficier de son libre arbitre avant, pendant et après sa vie, alors que, à peine né, sa liberté lui est ôtée !
L'homme est prisonnier de son appartenance sociale, de son éducation, de son niveau d'études et plus tard de sa réussite professionnelle. Il est prisonnier de ses amours et donc de ses blessures, qui ne guériront peut-être jamais, sans parler de ses traumatismes qui le quitteront avec son libre arbitre, à sa mort. Il est prisonnier de son physique naturellement et de son approche de la beauté, la sienne, ou l'absolu beauté, celle de l'âme, de Platon, celle qui transcende. L'homme est prisonnier de ses préceptes religieux et de l'importance qu'il leur donnera dans sa vie. L'homme est prisonnier de ses souvenirs, et ce d'autant qu'il craint le futur. L'homme est prisonnier de la mort, qui s'invite chez lui au quotidien, comme pour préparer le terrain. L'homme est prisonnier du regard des autres, préférant le conformisme à la singularité. L'homme est enchaîné à son âme, qu'il devra sauver le jour du grand froid, à moins que ses proches aient payé quelques indulgences et que son repentir ne soit écourté !
Finalement, l'homme le plus enclin à être libre est celui qui, ayant conscience de toutes ces chaînes et une fois parvenu à une maturité éclairée, passera un certain temps à les briser.
Mais ce temps est court ; il est intellectuel et il peut faire mal. Car une fois ses chaînes brisées, seul l'anachorète pourra se targuer de ne pas avoir à replonger dans un monde en quête de liberté.
(7) Hadrien V. le 29/03/2010 :
La forme la plus pure, mais aussi la plus irréductible, incompressible de la liberté, est comme il a été évoqué, sûrement la relation même entre un individu et Dieu par-delà l'homme-espèce...en cela elle est pour l'homme à la fois un minimum et un maximum, une base tout comme un sommet...
Peut-on choisir pour un autre uniquement dans la mesure où c'est afin que cet autre accède à son tour au vrai choix qu'est cette relation ?
Cette relation libre mais "chaste" microcosme/macrocosme, spéciale/générale (qui pour moi est aussi quelque part votre "intelligence du cœur"...) peut être mise à rude épreuve, de l'intérieur : telle une toxicomanie, où le toxicomane ne semble plus pouvoir choisir de l'être ou pas...etc; et de l'extérieur : contextes hostiles divers, facilités mutuellement entretenues de toutes sortes, religion sous-estimée et mal-aimée (dogme rigide), science détournée, compétition prise pour ce qu'elle n'est pas, ou encore beautés faciles et recréations non maîtrisées, parfois trop puissantes, qui mal réceptionnées peuvent êtres autant d' "occasions de chute". Lorsqu'on reçoit, et qu'on réceptionne, on peut connaître, on peut comprendre, on peut aimer, on peut alors savoir et comprendre qu'on aime, on peut donner, retourner, reconnaître..., l'amour ne requiert pas non plus que l' on comprenne totalement une chose et c'est heureux... . Le libre arbitre c'est le pouvoir d'aimer, le choix libre d'aimer Dieu...plus il est là plus il est subtil à suivre, plus le sentiment de responsabilité grandit, et la responsabilité est la fidélité même à l'existence, elle est l'amour de l'Amour... Il faut plusieurs options pour "avoir le choix", pour discerner, mais c'est en restreignant leur nombre qu'on "fait un choix", qu'on détermine, presque par élimination, par défaut, aussi par synthèse..., ce n'est pas tant Dieu qui choisit que la loi, son merveilleux système qui nous oriente comme sur une carte.
Chaque action est un rouage du monde, inter-dépendants les uns des autres, et forment une sorte de géographie, de mécanique sous-jacente dont la matière est la partie visible,... je veux dire que la volonté consciente est aussi moteur du monde. L'individu lui-même est un peu la matérialisation d'un choix-idée anté-séculaire, particulièrement dans le sens où choisir une voie parmi d'autres n'est pas la négation de ces autres pour autant..., le libre-arbitre moderne est peut-être le descendant de l'archétype même du sens conscient, une des traces de l'engagement de Dieu, de sa glorieuse implication dans la nature, de sa personalité malgré tout, de son caractère, de sa nature individuel autant que collective...synthèse des potentiels... L' idée d'empirisme me vient aussi à l'esprit... Il semble qu'il n'y ait pas plus de choix dans une vie qu'il n' y a de "choix des mots" pour développer un thème, ni plus,...ni moins...
Bon mois à tous et vraiment merci !
(6) Raymond, d'Onex, le 14/03/2010 :
Voici une grande question. A mon humble avis, l'homme doit avancer dans la vie en subissant des épreuves qui lui sont imposées. Ces dernières lui permettent d'avancer en lui-même et il a toujours le choix de choisir sa voie. Il faut rappeler que la carte portant le nombre 5 du Tarot montre justement une personne et 2 chemins, une qui va tranquillement au bord d'un lac et une seconde qui va vers la montagne. C'est lui qui choisit.
(5) Xhendelesse (Belgique), le 11/03/2010 :
Pour moi, ainsi que l’a dit Spinoza « L’homme se croit libre de choisir parce qu’il ignore la raison de ses volitions ». De plus, chaque être humain est tributaire de l’époque à laquelle il vit, de la situation sociale de la famille dans laquelle il naît, de ses facultés mentales aussi, de la religion dans laquelle il a été élevé. Il faut beaucoup d’intelligence et de volonté pour aller à l’encontre des certitudes dogmatiques dans lesquelles on a forgé vos conceptions et votre personnalité.
A notre époque, il faut aussi malheureusement compter sur l’influence des médias, des jeux vidéo et il faut bien dire que ceux-ci ont raté complètement le but essentiel qui aurait dû être le leur, soit l’élévation morale et mentale de l’humanité. L’abêtissement et le nivellement par le bas semblent être le résultat d’une volonté cachée d’empêcher une prise de conscience dérangeante pour certains.
De plus, les techniques les plus récentes permettent d’influencer le cerveau à distance et comme nos progrès techniques outrepassent largement nos principes moraux, on peut s’attendre à ce que les humains soient manipulés de plus en plus et privés de leur libre arbitre.
(4) Michel K, Vancouvert, Canada, le 8/03/2010 :
Il est assurément plus pratique de mettre l’homme au centre de sa vie en tant qu’acteur capable de définir, sinon redéfinir son rôle pour rendre la vie et la société meilleures. Même dans une vision purement religieuse du monde où tout est décidé par Dieu, l’homme est toujours vu comme ayant la capacité de rechercher les voies de Dieu et de les appliquer ou s’en détourner. En réalité, contrairement aux apparences, presque toutes les lois humaines religieuses ou laïques sont en essence fondées sur le principe du libre arbitre et donc de la responsabilité humaine. Ainsi, le libre arbitre devient essentiellement un exercice d’application de la connaissance qui habilite l’homme à faire des choix mieux informés et bâtir un monde meilleur, car on ne peut faire de véritables choix qu’en connaissance de cause. D’où le rôle primordial de l’éducation.
(3) Dominic, le 07/03/2010 :
La notion de libre arbitre se pense avec la notion de karma. Aussi, notre chance de bonheur réside dans la possibilité de récolter ce que l’on sème. Les modalités de mon incarnation actuelle répondent à des nécessités karmiques. La claque que j’ai donnée me sera rendue, les lacunes de mon caractère seront révélées à travers mes rencontres, mon contexte de vie, bref mes expériences. Je serai marqué au fer rouge dès mon plus jeune âge. C’est dans cette brûlante continuité que le cheminement spirituel devient la clé des clés. La question du libre arbitre se pose toujours à celui qui se sent limité, prisonnier ou aveugle. De toute évidence, notre vie intérieure appelle la lucidité. La liberté est un privilège, mais quelles en sont les conditions ?
(2) Muriel, le 04/03/2010 :
Sur le libre arbitre Je me demande souvent quelle est la nécessité impérative pour que l’espèce humaine ait le formatage de son esprit de façon inconsciente ( ?) durant les 5 premières années de sa vie.
Durant ce laps de temps, on acquiert le langage, les prémices de cultes religieux, une culture, etc …. une base de données éclectiques générées par notre environnement proche. Cette base de données inconsciente va pourtant orientée tous mes choix d’actions à venir. Il est même probable qu’un affect ou un traumatisme restent inhibés pour ressurgir à tous instants, plusieurs années plus tard dès qu’un évènement extérieur y trouve une certaine résonance.
Sachant que mon intellect, mon esprit subissent un formatage dès l’enfance – auquel je n’aurais qu’un accès épisodique ou après une longue recherche sur soi-même – je mettrai des années avant de mourir à moi-même et renaître.
De fait, j’ai un peu de difficulté à comprendre cette notion de libre-arbitre.
Sans compter que même s’il me plaisait de quitter mon organisme (la matérialité), il me semble ne pas en avoir le droit sans commettre un péché.
(1 ) Michel B., le 3/03/2010 :
Après réflexion, il me semble qu’à cette question universelle, un choix soit toujours laissé à l’homme de faire le bien ou le mal, en d’autres termes, de faire ce qu’il veut, où il veut et quand il veut…
Les conséquences pour lui sont prévisibles dans un contexte à taille humaine et dans une société dites civilisée. Cela n’empêche pas l’homme de vivre ! Il est dans le cas le meilleur, l’artisan de son présent et surtout de son avenir. Mais, et je pèse mes mots, s’il est égoïste en faisant un choix (De société, de travail etc.) il ne peut nier qu’il fasse parti de l’humanité et en tant que telle, et doit rendre des comptes à ses concitoyens !...
Ceci dit, c’est bien souvent la peur qui régit telle ou telle action de l’homme, car étant ‘intelligent’, celui-ci mesure avec plus ou moins de sensibilité la réaction possible de ses actes. En conséquence, cette fameuse liberté de pensée etc., est bien un attribut inné à l’homme : Que celui-ci puisse s’en servir à bon escient !
Nous voyons depuis des temps immémoriaux tant de misère et de violence qui ne sont hélas pas justifiées ; j’ose croire et ma foi en ai confortée, que la justice, si elle doit passer par un stade humain, est sans aucun doute pour moi une passerelle avant d’être jugé par le Tout puissant… Aussi, faire le bien autant que faire se peut et en connaissance de cause, rendra peut-être notre vie plus facile et l’espoir d’un devenir humain.
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