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par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.
20 - Les Livres sacrés représentent-ils la vérité divine ?
« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. » Serge Toussaint [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]
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Les Livres sacrés représentent-ils la vérité divine ?
Il convient tout d'abord de définir ce que l'on entend par « Livres sacrés ». D'une manière générale, il s'agit des Livres qui servent de fondement aux grandes religions et que les fidèles considèrent comme sacrés, c'est-à-dire comme inspirés, pour ne pas dire écrits, par Dieu Lui-même. Il en est ainsi de la Bible pour les Juifs et les Chrétiens, du Coran pour les Musulmans, des Upanishads pour les Hindouistes, du Tripitaka pour les Bouddhistes, etc. Ces Livres sacrés ont en commun d'avoir été rédigés par les disciples directs ou indirects du prophète, du messie ou du sage auxquels se rattachent les religions correspondantes, en l'occurrence le Judaïsme, le Christianisme, l'Islam, l'Hindouisme, le Bouddhisme (qui s'apparente davantage à une philosophie), etc. C'est pourquoi on y trouve généralement le récit de leur vie, récit où s'entremêlent la légende et la vérité historique. C'est ainsi que Moïse, Jésus, Mahomet, Krishna, Bouddha, etc., apparaissent comme des êtres extraordinaires, pour ne pas dire divins, auxquels on attribue toutes sortes de miracles, les uns étant fondés sur des faits authentiques, les autres étant du domaine de la mythification. À l'origine, cette déification des fondateurs présumés des religions était une nécessité pour alimenter la foi des croyants et susciter l'adhésion des incroyants.
Les Livres sacrés ne se limitent pas à rapporter la vie et l'oeuvre du messie, du prophète ou du sage auxquels se rattachent les religions correspondantes. La plupart d'entre eux contiennent également des règles destinées à guider les fidèles dans leur vie profane, afin qu'elle soit conforme à la "Parole divine" : ne pas manger tel ou tel aliment, jeûner à tel ou tel moment de l'année, ne pas travailler tel ou tel jour de la semaine, etc. On y trouve également des codes moraux qui s'apparentent le plus souvent à des commandements : ne pas voler, ne pas mentir, ne pas calomnier, etc., se montrer généreux, charitable, compatissant, etc. En plus de ces règles de vie et de ces codes moraux, les Livres sacrés contiennent des doctrines qui sont autant de croyances auxquelles les fidèles doivent souscrire : croire aux péchés, au paradis, à l'enfer, à la résurrection, à la réincarnation, à la confession, à l'Immaculée conception, au Châtiment divin, à la Miséricorde divine, etc. Il faut noter également que la plupart de ces Livres ont fait l'objet d'exégèses, c'est-à-dire d'analyses et de commentaires destinés à approfondir leur contenu historique, mythique, moral, doctrinal ou spirituel, exégèses qui n'ont généralement pas le caractère sacré du Livre correspondant.
Si les Livres sacrés sont considérés comme tels, c'est, comme nous l'avons dit précédemment, parce qu'ils sont le fondement des religions, lesquelles sont elles-mêmes considérées comme sacrées par ceux qui y adhèrent. Cela veut-il dire pour autant qu'ils représentent la Vérité divine ? Personnellement, je ne le pense pas. Il importe en effet de comprendre que ce n'est pas Dieu Lui-même qui les a écrits, mais des hommes qui, aussi inspirés furent-ils, avaient nécessairement leurs faiblesses, leurs imperfections et leurs limites. Au mieux, ces Livres ne représentent donc qu'une approche humaine de vérités divines. À cela s'ajoute le fait qu'ils furent rédigés il y a plusieurs siècles, dans un contexte historique, social et culturel qui a beaucoup évolué. C'est pourquoi nombre de règles de vie, de codes moraux et de doctrines que l'on y trouve sont devenus obsolètes et même archaïques avec le temps. Or, s'ils étaient le reflet de la Vérité divine, ils seraient parfaits et immuables, ce qui n'est pas le cas. Malheureusement, la plupart des responsables et des fidèles des religions se comportent comme s'ils étaient l'expression vivante et toujours actuelle de cette Vérité, au point de les appliquer et de les faire appliquer à la lettre. Pire encore, certains vont jusqu'à opposer un Livre sacré à un autre, c'est-à-dire une "Parole divine" à une autre. Les guerres de religions en sont la dramatique illustration.
Serge Toussaint
(5) Commentaires
(5) Jean-Michel N, le 6/12/2010 :
Je partage tout à fait l'approche du Grand Maître sur l'interprétation des livres sacrés. Que dire d'autre si ce n'est qu'à l'époque où ils ont été rédigés, ils correspondaient à l'attente du moment mais sont dépassés de nos jours. Les 2000 ans qui nous précédent et les récentes découvertes archéologiques prouvent qu'ils ont souvent été utilisés à des fins despotiques plutôt qu'à une évolution des consciences.
(4) Hadrien, V, le 25/09/2010 :
Je précise que je suis extérieur à L'A.M.O.R.C . Et personnellement je connais très mal le «corps» des textes mais bon... Si esprit et lettre sont bien distincts, ils sont portés pourtant parfois à l' indissociable... .Si l'univers matériel/métaphysique dans sa globalité, tel que nous le vivons, dans toute sa complexité, est en fait ce qui représente au mieux la Vérité divine, (c'est dire la nécessité de discernement et de compréhension...) de laquelle on ne peut rien rejeter et à laquelle seul Dieu ajoute vraiment , cette Vérité peut être aussi ré-accédée depuis le moindre être vivant. Le « corps » d'un livre, vivifié, considéré dans son contexte d'origine puis confronté à l'état actuel de la conscience, est encore plus merveilleux et son cœur reste intemporel.... . Quand bien même Jésus, par exemple, serait vu simplement comme un homme, et tout ce qui est « magique » dans les écritures seraient ramenés strictement à de la philosophie, cela serait tout autant merveilleux..., si ce n'est plus d'un certain point de vue...
Les textes de référence sont, encore aujourd'hui, un langage international , un protocole au sens presque informatique du terme, susceptible de faciliter une liaison entre des personnes d'origines très différentes, un fond commun multiforme, autour duquel de multiples couches sociales et de multiples nationalités se retrouvent encore. Si les religions ont causé et causent du mal, je pense que fécondées par la pensée moderne, elles n'ont pas fini de causer du bien...
Plus un langage est utilisé et plus il est utile à véhiculer la philosophie... La vérité se manifeste à travers l'amour, si le corps et l'âme d'un être aimé sont « sacrés » pour chacun , un livre sacré, aimé de « tous », fait de nous les membres d'une même famille partageant le même amour. Le problème est de comprendre où se situe la vrai fidélité à Dieu , car si il existe aussi un risque de détourner l' « esprit » exclusivement pour son propre compte ou pour justifier ses propres inclinaisons. Beaucoup parmi ceux qui se disent croyants sont fidèles à la lettre plutôt qu'à l'esprit, car ils ne font pas l'effort de chercher l'esprit, même en pauvreté, car comme le dit l'Evangile , « ils tirent leur gloire les uns des autres et ne cherchent pas la gloire qui vient de Dieu seul », seule vraie gloire à la fois personnelle et commune. Heureusement, même celui qui utilise la lettre comme un piège et qui est lui même piégé dans la lettre peut être ramené à l'esprit. Le Logo est symbole vivant, Etre super-vivant.Tout au long des Evangiles, par exemple, il est justement question du risque matérialiste inhérent à la pratique même du culte...
Ce qui est évoqué aussi par cette anecdote racontée par un co-contributeur, que je pense nous reconnaissons tous comme édifiante , c'est que l'on peut dans une certaine mesure faire confiance au «cœur» des églises pour faire évoluer ces dernières de l'intérieur, et certains rationalistes sous-estiment trop souvent la teneur réelle des religions.
Dans la mesure où l'on peut toujours en extraire une philosophie très pure, et où sûrement tout ces textes se complètent finalement par leurs différences d'approche, oui je dirais que pris tous ensemble, ces textes fondateurs (en incluant aussi la philosophie et ce qui n'est pas étiqueté comme religion) représentent effectivement une part de Vérité divine, car quelque part ils s'explicitent les uns les autres donc, ou se rectifient mutuellement. Il y a là aussi un véritable principe de complémentarité (et aussi une filiation) entre les religions, entre les peuples, entre les cultures, comme entre les individus, les membres d'une même famille, les instruments d'un orchestre. La vérité apparaît comme une seule et même émeraude, mais aux multiples facettes. C'est du choc des lettres que se dégage l'esprit. Je réponds donc évidemment aussi à cette question par « oui, mais a condition de... ».
Je crois devoir témoigner que, en plus de comporter des instants sublimes de méta-histoire et de littérature, d'être un socle formidable pour l'éthique et de retranscrire un humanisme très élaboré, les Evangiles, couplés à la « philosophie asiatique » , lus par des façons subtiles, comportent bel et bien enclose une(La?) Vérité divine. Du moins sont-ils réellement une des portes vers le Royaume.
(3) M. Belgique, le 06/09/2010 :
Je pense que les livres sacrés ont été souvent traduits et interprétés par l'homme et que les religions qui "détiennent ces livres" sont tellement imprégnées de la notion de pouvoir qu'elles n'ont pu que se les approprier.
Je pense que la Vérité divine ne peut pas être écrite ; elle doit être tellement immense qu'aucun mot ne peut la révéler. Il m'est très difficile de m'exprimer sur ce sujet et pourtant j'aimerais le faire, mais il me semble que si les mots, ensemble de lettres qui ne peuvent même pas révéler notre pensée réelle, alors que dire d'une Pensée, d'une Vérité divine ?
Cependant, je pense aussi que l'homme a besoin de croire à quelque chose de matériel, les statues, les représentations... Et n'est-ce pas les livres sacrés qui de nos jours sont les plus proches d'une Vérité divine ? Si nous demandions à plusieurs personnes de croire et d'avoir foi en quelque énergie non-tangible, sans aucune preuve écrite, je me demande quel serait le pourcentage qui y adhérerait... Mais là, je m'égare de la question.
(2) Frédéric B. 78420 Carrières sur Seine, le 06/09/2010
La manière dont je vois ces textes aujourd'hui est que des hommes ont vécu de grandes expériences spirituelles, les ont mûri en eux, en ont déduit des croyances et des règles de vie, et les ont transmises. Et selon les pays et les cultures, chacun l'aura exprimé à sa façon (ce qui est pour moi la réponse à « pourquoi tant de religions »).
Nous avons donc à notre disposition de nombreux textes, différents, portant sur nos grands questionnements, et, dans la mesure où ils sont écrits par des hommes, dans une société et un temps donnés, ne peuvent représenter toute la Vérité divine.
Cependant, je crois que leur transmission est importante car ils contiennent d'importantes bases de réflexion et, s'ils ne représentent pas la Vérité, ils peuvent être (et le sont pour tant de personnes !) de remarquables points de départ dans leur chemin spirituel, quel qu'il soit. Et ceci, que ces écrits soient "canoniques" (officiellement reconnus par l'autorité religieuse concernée) ou non. Car la Divinité peut s'adresser à nous de bien des manières, par bien des livres ou expériences. Même un livre de poche un peu "new-age", ou dont le sujet n'a rien à voir avec la spiritualité ou la religion, peut contenir un détail qui va amener le lecteur à « comprendre d'un coup quelque-chose d'essentiel et pourtant évident qui lui a échappé jusqu'alors », et à transformer sa vie.
Pour terminer, je dirai que la Vérité est moins dans les mots des livres que dans leur résonance en nous. Pour l'illustrer je ne résiste pas à vous raconter une petite anecdote qui m'est arrivée lors de mon court séjour au séminaire (à une époque où je souhaitais devenir prêtre) : ** Premier cours d'exégèse. Le professeur arrive dans la classe, se présente rapidement, prend une Bible , la brandit à deux mains, et la jette violemment à terre. Consternation et surprise générale dans la salle. Le professeur nous regarde et nous dit quelque-chose comme ceci (le souvenir est un peu loin, aussi j'essaie de reconstituer comme je peux) :
« Ce geste vous a choqué ? Vous le trouvez blasphématoire ? Vous croyez que j'ai jeté la Parole de Dieu par terre ? Ce que j'ai jeté par terre n'est que de l'encre et du papier. Ce n'est pas la Parole de Dieu ! Les signes imprimés sur ces feuilles ne seront Parole de Dieu qu'une fois dans votre coeur. »
(1) Michel B., Mont-Roc, le 01/09/2010 :
Sans être aussi catégorique je prends une certaine distance quant au sujet de ce mois. En effet, avant de donner ma réflexion sur le propos, je me demande, et peut-être que le forum éclaircira ma petite tête, à savoir : « pourquoi tant de religions ? Pourquoi autant de zèle sur celles-ci ? Pourquoi durent-elles si longtemps, etc. »
L'homme en général aime être dirigé ; de tout temps, que ce soit individuellement ou en groupes, rares sont les 'hommes' seuls et libres. On le voit depuis la nuit des temps : lorsqu'une communauté grandit, elle à un chef ; et aujourd'hui, les communes ont un maire, les nations ont un dirigeant, etc. En fait, pour faire court, c'est l'homme et lui seul qui s'enchaîne, car il déteste la solitude… La religion est très liée à l'homme, à l'humanité, et j'ai comme l'impression que cela est un fait qui durera très longtemps. Des centaines voire des milliers d'années de diverses religions ont tellement formaté l'homme que le croyant sincère serait offensé d'aller à l'encontre du dogme dans lequel, bien souvent de générations en générations, il se complait puisque la religion, à part la mystique qu'elle véhicule, lui sert de béquille et le guide dans un idéal qu'il n'a pas besoin de penser…
Le guide, voilà le terme approprié qui dominera, pendant encore des lustres, les communautés humaines. D'aucuns penseront à travers ma réflexion que la Vérité divine est une réalité extra humaine. Personne aujourd'hui ne peut démentir qu'un jour, des hommes ont eu l'inspiration divine et que leurs semblables ont concrétisés par écrits (sacrés) les principes d'un prophète, d'un sage, d'un illuminé, au sens noble du terme. Les siècles ont passé et la puissance du Verbe reste bien concrète.
Si les livres sacrés sont si solides, c'est que l'homme y a cru de gré ou de force, et malheureusement l'histoire du monde prouve que le plus souvent, ce sont la peur et la force qui ont assujetti les pécheurs. Remis dans son contexte, les livres sacrés sont des livres authentiques et sous l'égide des églises, le peuple était fortement contraint de se plier aux rituels des enseignements religieux (La Voix divine en l'occurrence) sous peine d'encourir les pires souffrances physiques et morales.
La liberté d'expression était combattue sans relâche, alors qu'aujourd'hui, l'homme à pris un peu de recul vis-à-vis des livres sacrés ; les relectures de ces livres apportent du nouveau sur la vie et le rapport que l'on a avec la Divinité.
Le paradoxe est toujours là : s'unir ou être seul ? À chacun sa réponse. L'idéal est de progresser, d'évoluer, de se parfaire sur tous les plans, sans heurter qui que se soit…
Merci pour ce sujet très difficile. Michel Bourdon
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