![]()
par Serge Toussaint, Grand Maître de la juridiction francophone de l'A.M.O.R.C.
29. La foi est-elle nécessaire pour mener à bien une quête mystique ?
« À travers cette rubrique, je vous propose de traiter chaque mois une question philosophique particulière. Selon le cas, celle-ci peut concerner un sujet purement mystique ou un problème de société. Naturellement, la réponse apportée n’a rien de dogmatique ou de sectaire, de sorte que chacun est entièrement libre d’y adhérer ou non. Dans cet ordre d’idée, je vous invite à réagir et à écrire votre point de vue. » Serge Toussaint [Lire l'intégralité du texte de présentation de cette rubrique]
![]()
Liste des questions
Question précédente - Questions suivante ![]()
La foi est-elle nécessaire pour mener à bien une quête mystique ?
Dans le langage courant, le mot «foi» est associé à une démarche ou à une quête religieuse. Il désigne alors le sentiment qui incite un fidèle à croire en l'existence de Dieu et en la possibilité d'obtenir Ses faveurs en suivant les préceptes de la religion qu'il a choisie. Par extension, la foi se rapporte au contenu même de ces préceptes, tant sur le plan doctrinal que moral. C'est ainsi que l'on parle de « foi chrétienne », de « foi juive », de « foi musulmane », etc., pour désigner le credo auquel adhèrent les Chrétiens, les Juifs, les Musulmans, etc. Cela dit, nombre de personnes athées ou agnostiques déclarent «avoir foi» en la vie, en l'homme, voire en ce qu'elles font. Cela suppose que la foi, au sens large, transcende son application religieuse et peut s'exprimer à travers un idéal "profane". Cette foi non religieuse est tout à fait respectable, car elle peut être le fondement ou le support d'une vie constructive et utile à soi-même comme aux autres. Inversement, chacun sait que la foi religieuse peut être destructrice lorsqu'elle s'exprime à travers le fanatisme et l'intégrisme. Les "fous de Dieu" en sont malheureusement la preuve vivante aux quatre coins du monde. Nous voyons donc que le fait de croire en l'existence de Dieu et de suivre un credo religieux ne rend pas nécessairement l'homme meilleur. Tout dépend des préceptes sur lesquels repose cette croyance et du comportement qu'elle induit dans la vie courante.
Dès lors qu'une personne mène une quête religieuse, elle fait nécessairement appel à la foi, en ce l'existence de Dieu, pas plus que celle de l'âme, de l'après-vie ou de tout autre concept spirituel. On y croit donc a priori, sous l'impulsion d'un désir ou d'un besoin qui peut être inné ou induit par notre éducation, notre vécu, etc. Mais quelle que soit l'origine de la foi, celle-ci est un support à l'existence et influe sur elle. Généralement, elle est également un vecteur d'espérance, ce qui est très important pour l'homme, sinon indispensable. Chacun sait en effet que « l'espoir fait vivre ». Vue sous cet angle, la foi religieuse est une aide précieuse, étant entendu, comme nous l'avons dit précédemment, qu'elle soit vécue d'une façon constructive. Dans le cas contraire, elle est une source d'aveuglement et génère des situations conflictuelles. Pour qu'elle contribue au bonheur de ceux qui suivent un credo religieux, sans porter atteinte à ceux qui en suivent un autre ou n'en suivent pas du tout, elle doit donc intégrer une vertu fondamentale dans ce domaine : la tolérance. En fait, plus une personne est tolérante dans la manière de vivre sa foi, plus elle rend témoignage à ce qu'il y a de meilleur dans la religion qu'elle pratique. Vous remarquerez d'ailleurs que c'est l'intolérance qui a dressé les religions les unes contre les autres, mais également qui a poussé nombre de croyants vers l'athéisme.
Si la foi est indissociable de la démarche religieuse, elle est également nécessaire pour mener à bien une quête mystique, fut-ce à travers la voie rosicrucienne. En effet, un Rosicrucien, pas plus qu'un Chrétien, qu'un Juif, qu'un Musulman ou que tout autre croyant, ne peut prouver l'existence de Dieu, de l'âme, de l'après-vie, etc. Cela dit, la conception qu'il en a s'appuie sur une connaissance expérimentale qui transcende le seul niveau de la croyance. En cela, il ne se limite pas à croire qu'il existe une dimension spirituelle dans l'homme et dans la Création, mais cherche également à connaître les lois divines, telles qu'elles opèrent en lui et autour de lui. Par ailleurs, un mystique n'est pas fataliste dans la manière de vivre sa foi. Autrement dit, il ne pense pas que Dieu décide pour lui ou oriente son existence à son insu, mais plutôt que son destin dépend en grande partie de ses propres choix, c'est-à-dire de la manière dont il utilise son libre arbitre. Par extension, il ne se résout pas à la fatalité lorsqu'il est confronté à une épreuve, mais l'affronte avec confiance, en appliquant la connaissance acquise. Cela revient à dire que si la foi est nécessaire pour mener à bien une quête mystique, elle n'est pas suffisante, en ce sens que se limiter à croire en Dieu ne permet pas de maîtriser sa vie, ce qui est pourtant le but à atteindre pour tout être humain.
Serge Toussaint
(6) Commentaires
(6) Hadrien, le 27:06/2011 :
Sûrement que peu importe par quel bout on prend le chemin. D'une certaine façon, le vrai esprit rationnel est empreint d'une confiance aveugle en la Divinité. Il ne cherche pas à contrôler à tout prix, à enfermer, ni même à monopoliser l'inconnu (comme ont tendance à le faire le rationalisme outrancié et le dogmatisme religieux excessif). Il supporte très bien le vide autant qu'il admet la Spéculation. Il recherche et ne tente pas de dire "je sais" lorsqu'il ne "sait pas", ce qui quelque part en l'occurrence s'apparente à un "acte de foi" tout autant que de ne plus pouvoir dire "je ne sais pas" lorsque l'"on sait". Si l'esprit rationnel est une sorte d'acte de foi qui ne dit pas son nom , la foi, elle, est en fait basée sur une connaissance à demi-cachée, et bien plus encore, elle est cette connaissance ...
La connaissance de base, celle de l'Amour divin (notion qui peut justement nous apparaître comme très vaste, à raison, ou flou...) , qui semble bien n'être absent de rien et ne rien exclure totalement , et parait nous signifier entre autres que le sens se dégageant de l'éternité est "créativité", et donc vie. La connaissance innée mais endormie que la Loi est juste, équitable au-delà du temps et au-delà des corps. Le savoir occulté, plus ou moins profondément enfoui, que l'Amour est le vrai, que l'Amour est le seul véritable, réel, qu'Il est le fait même, qu'Il est éternel, qu'Il est le vrai point d'encrage de la réalité, et que si une part nous en est restituée, c'est bien pour la gloire de l'œuvre entière. Partout où l'Amour émerge, c'est un puit d'éternité qui s'ouvre, une source d'infini qui jaillit du rocher. Il est notre bon trésor, le seul bien qui nous sera gardé, comme sauvegardé dans la machinerie céleste... Ce savoir vivant mais inné sur l'Amour , cette connaissance omniprésente mais plus ou moins inconsciente, voilà ce que nous nommons la foi, parente directe du bon et du beau, par lesquels elle se manifeste généralement...
Cette sorte de connaissance a entre autres ceci de spécial qu'elle est aussi la considération de ce que l'on ne comprend pas totalement, dans le sens où aimer ce que l'on ne comprend pas encore, ce que l'on ne "saisit pas bien", n'est pas automatiquement synonyme de perdition, au contraire. Foi très épurée et raison très épurée, chacune basée sur l'autre et chacune menant à l'autre, une seule et même "chose double". Nature réelle de l'univers ? Véritable "genre" de l'Etre suprême ? Cœur battant du monde ?
La vertu comme groupe de congénères ou spectre de lumière visible, on peut dire: "j'ai confiance en toi", "je crois en ce projet", "j'espère en l'homme", "j'ai foi en l'Amour"..., et comme l' évocation humaine du paradoxe moteur de l'univers, cette foi, instinct de l'infini, basée sur une connaissance que nul ne devrait tenter de détourner à son seul profit s'il veut y accéder en conscience, est aussi par là même prise en compte de l'inconnu, de ce qui nous est autre, ainsi que de la dynamique, du potentiel, dans toute les dimensions possibles: spatiale , temporelle, créatrice (depuis le commencement d'un ouvrage jusqu'à sa réalisation), et dans la dimension spirituelle dont chaque âme est un repère géométrique. Avoir la foi c'est ainsi se projeter à travers le temps, à travers les êtres, à travers le travail et la conscience. C'est le fameux mouvement immobile. Nous pouvons avoir confiance dans les lois divines très justes et très vivantes? comme le programmeur informatique a confiance dans la rectitude théorique des mathématiques, et comme l'artiste qui voit l'œuvre d'abord achevée(vivante) en esprit, et a foi dans la première vie de l'œuvre qui est le processus de création lui-même, la pratique elle même...
(5) Jérôme P, le 26/06/2011 :
La foi n'est pas absolument nécessaire, ou plutôt, on peut savoir en place de croire. J'ai personnellement "vu" des âmes en transmigration à une époque où les notions de foi et de croyance m'étaient indifférentes. L'expérience et l'intuition, alliées à une bonne sensibilité à l'inconscient collectif, peuvent donner accès à des domaines que la foi tente d'aborder par les mystères...
(4) Philippe, Naur, Belgique, le 24/06/2011 :
Avec toute la sympathie que j'ai pour l'AMORC, puisque j'ai été Rosicrucien durant environ 30 ans, permettez-moi d'apporter respectueusement, en tant que chrétien "pratiquant", une petite nuance à vos propos.
Selon moi, le "croyant" d'une religion, paradoxalement, ne limite pas ou ne doit pas limiter sa foi à une croyance. Le christianisme, en particulier, invite les disciples (adeptes) à expérimenter une rencontre réelle avec le Christ à travers la prière, la méditation et l'amour (dans ce sens, le Christ s'apparente au Maître intérieur des rosicruciens) . Et, dans cette rencontre, en faisant leur examen de conscience (à comprendre comme une révision de vie vécue dans la lumière divine et non comme l'élaboration scrupuleuse d'une liste de choses qui ne vont pas), ils sont appelés à orienter ou à réorienter leur vie. Beaucoup de religions offrent ainsi une série de moyens qui mènent à de véritables expériences spirituelles et à une évolution dont les pratiquants sont participants et pas seulement spectateurs. Mais on a perdu la "clé" de la plupart d'entre entre eux.
Toute la question est de savoir si cette spiritualité-là et celle que propose l'AMORC sont semblables, proches, ou différentes. Il ne m'appartient pas de répondre car, pour bien des Rosicruciens, cette question appelle un indispensable débat intérieur qu'ils doivent pouvoir conduire seuls.
L'AMORC offre, quoi qu'il en soit, une occasion unique de vivre une spiritualité "déconditionnée", hors des fautes des hommes, des affres politiques ou historiques, et cela, à tout qui ne peut plus, ne peut pas ou ne veut pas accéder à une religion, ou bien alors en préparation au chemin qu'elles proposent,voire en accompagnement de celui-ci. Aussi, même si je l'ai quitté il y a quelques années, pour des raisons liées, précisément, à ma propre voie, c'est toujours en lui gardant ma reconnaissance.
Avec mes sentiments fraternels.
Ph.p
(3) F.B. de Chalons, le 23/06/2100 :
Je souhaite ajouter deux commentaires à l'argumentaire de Serge Toussaint :
1° il me semble que les « fous de dieu », intégristes ou autres extrémistes religieux ont – paradoxalement – peu de foi ; et – ne voulant pas l'admettre – ils s'efforcent de se convaincre eux-mêmes en imposant aux autres leur dogme ou leur religion. C'est le classique transfert psychologique : on reproche aux autres nos propres défauts.
2° il y a un risque de confusion entre pratique religieuse et foi : le fait d'aller à l'église (ou au temple, etc.) et de prier régulièrement implique-t-il automatiquement que nous ayons la foi ? Les religions s'efforcent de faire l'amalgame, de manière à éviter des manifestations trop extravagantes ou aberrantes de la foi, qui risqueraient de déboucher sur des schismes, ou autres scissions hérétiques. En cela, on peut comprendre les religions officielles, chargées de faire respecter leur dogme ; mais on ne peut l'admettre qu'à condition qu'elles respectent elles-mêmes les différences, car la foi doit pouvoir s'exprimer de diverses manières. C'est en créant la confusion entre religion et foi que les églises s'affaiblissent sur le long terme, comme cela a été le cas malheureusement pour l'église catholique qui s'est discréditée au cours des derniers siècles en voulant s'imposer à la population par la force (je dis malheureusement, car il me semble qu'il y a, à la base de cette religion, une grande richesse et des vérités profondes qui passent maintenant inaperçues).
(2) Anne-Marie K., le 14/06/2011 :
La foi est certainement un point de départ important qui précède toute orientation mystique et de ce fait également la quête mystique. Elle est primordiale pour la prière que je situe similaire, mais toutefois différente de la quête mystique. Comme vous l'écrivez, la foi est liée à une religion, tandis que le mystique ne se situe pas nécessairement dans une communauté religieuse.
Je pense également que la foi est surtout liée à la croyance, dans le sens d'une religion. Une fois acquise elle représente finalement un acte plutôt passif, la réflexion et la recherche d'indices ou de preuves étant restreintes.
A mon avis, le mystique va au-delà de la foi : bien sûr il croit dans le sens le plus large du terme, mais de plus, au fond de lui-même, il sait et il essaye d'approcher ce savoir. Ceci est un chemin difficile qui implique un travail intensif et long, car non seulement il se compose d'un acte passif (ouverture et réception), mais également d'un acte actif (approche, étude ou analyse et identification).
La quête mystique se fait dans un contexte de travail dynamique et profond. Le mystique essaye de comprendre avec cœur et raison laissant toute influence dogmatique hors considération.
(1) Michel B., le 5/06/2011 :
À priori, la réponse est dans l'intitulé de la question, à savoir que dans une quête mystique, la foi est d'ordre spirituel et donc liée à une connotation religieuse. Maintenant, il me semble, par expérience, que la foi est un attribut de l'être et grandit avec l'homme de la même manière que celle d'appréhender son Dieu. En d'autres termes, « on a sa foi ; on se l'approprie ; se la forge ».
On l'utilise et la compare pour comprendre ce qui, par nature, est non tangible, irréel, immatériel. Et suite à un processus alchimique complexe de méditation, il se produit au sein de notre subconscient cette prise de conscience qui génère alors un sentiment de compréhension totale, de bien-être… Notre quête aboutit et nous sommes sereins, libres et en communion avec la Conscience universelle qui porte entre autres le nom de Dieu…
Comme le dit si bien un homme célèbre, Sir Thomas Edward Lawrence : « Il est aisé de faire perdre sa foi à un homme, mais il est difficile, ensuite, de le convertir à une autre » (Les sept piliers de la sagesse).
En conclusion, pour répondre à la question, il me semble évident que la foi, même malgré nous, est un ''moteur'' naturel pour une recherche d'ordre mystique.
Amicalement.
AMORC | Infos légales | Vie privée | Nous contacter | FAQ | Plan du site | © Ordre de la Rose-Croix, tous droits réservés