Le Deuil, étape de vie

où le nouveau surgit tout en douceur et sans bruit

par Harriet Amiet

I - Présentation

" Un homme averti en vaut deux " est une expression fréquemment employée. Elle signifie que la personne informée d’une situation peut y apporter une attitude adaptée et ainsi faciliter son déroulement. Le but de cet exposé est de donner des informations suffisamment claires concernant le deuil et à la portée de chacun afin d’enlever une partie de son mystère.

Entrer dans le deuil

Chaque être humain est tôt ou tard confronté à la mort et à toutes les questions qu’elle entraîne. Parfois, ce moment arrive d’une manière subite, d’autres fois, l’adaptation à la perte d’un être cher se fait sur une longue durée. Quelle que soit la façon dont la mort s’annonce, le choc reste la toute première réaction. Pendant un moment plus ou moins long, une sidération paralyse et empêche de vraiment croire à la nouvelle. Comme nos anciens le disent, " on entre dans le deuil " à partir du moment où la personne décède.

Le deuil, état de souffrance et de douleur

Le deuil est l’étape liée à la douleur et à la souffrance ressentis suite à la perte d’un être cher. Au début de ce siècle, elle était bien distinguée des autres étapes de la vie. S’habiller en noir ou porter le bandeau noir témoignait de l’événement et incitait l’entourage à une conduite de respect qui autorisait la personne endeuillée à pleinement vivre cette période et à l’intérioriser. Actuellement, nous sommes bien loin de ces aspects traditionnels. Avant même la cérémonie d’adieu et à peine en deuil, les multiples questions administratives se présentent aux personnes endeuillées. Puis "lâchées dans la nature" sans signe distinctif, elles s’habituent peu à peu à l’absence. Dans cette nouvelle situation, elles sont plus ou moins soutenues par l’entourage. La souffrance et l’isolement sont tellement grands que, bien souvent, s’installe un désir de pouvoir manifester leur état de deuil par un signe particulier. En effet, pour bien vivre ce moment douloureux, il est important d’être reconnu en tant qu’endeuillé, et d’être entouré.

Faire le deuil, se séparer de quelque chose

Nous rencontrons aussi l’expression " faire le deuil de quelque chose ". Cette formulation se retrouve de plus en plus souvent sur les lèvres des gens. Actuellement, il est parfois difficile d’établir des nuances dans ce qu’implique le deuil. S’agit-il de la perte d’un être cher, d’une période de vie, d’un objet, de la santé, d’une situation sociale ou familiale ? Le terme "deuil" est devenu très courant pour exprimer la transition d’une étape à une autre, sans qu’il soit nécessairement en relation directe avec la mort. C’est un mot à la mode qui indique qu’un changement a eu lieu.

Le tabou de la mort et du deuil se lève

Cette observation mène à une réflexion plus approfondie sur le deuil. Pendant ces dernières trente années, il y a eu une popularisation de la mort, et une grande quantité de littérature traitait de ce sujet. Les informations concernant le deuil ont été banalisées, et aujourd’hui de plus en plus de gens osent parler de la mort. Auparavant, on entendait souvent que " parler de la mort l’attire " et en conséquence on n’en parlait pas. Cette pensée est parfois encore présente dans l’esprit des gens. Pourtant on constate que de plus en plus de gens ayant un vécu personnel de deuil ont apprivoisé le tabou de la mort et se sentent appelés à accompagner d’autres personnes endeuillées. Des groupes d’accompagnement de fin de vie se sont formés un peu partout. Ainsi, il est actuellement possible d’entrer en contact avec des personnes formées dans le suivi du deuil, et de partager son vécu avec d’autres. Ces groupes aident à trouver les moyens de continuer à vivre sereinement la nouvelle situation. Ils permettent l’échange des impressions et du ressenti tout en donnant l’occasion de trouver des solutions là où tout semble désespéré.

Le deuil, étape de vie

Le suivi du deuil est important. Pendant cette étape, l’entourage joue un rôle très important. Par l’écoute, il va aider l’endeuillé à exprimer le stress que provoque la perte de l’être cher ainsi que la nouvelle situation. Le passage du deuil va se faire dans un laps de temps qui est variable pour chacun. Pour être bien mené, le suivi du deuil nécessite un accompagnement adapté à la personne, prenant en compte son vécu afin qu’elle puisse découvrir et mettre à contribution ses ressources intérieures pour vivre au mieux cette période.

II - Le processus de deuil en trois phases

Le choc

Le changement de la situation accable la personne et la met dans un état de stupeur. La durée de cette étape d’anéantissement varie d’une personne à l’autre. Par la suite, le choc enclenche un système de défense : il met la personne dans un état de stress qui engendre des réactions sur les plans physique et émotionnel. La manière dont cela se fait est en relation avec les informations et les impressions reçues dans la tendre enfance, car l’apprentissage de la vie commence dès la première année et influence nos attitudes tout au long de l’existence.

La dépression

La déstabilisation qui suit l’annonce du changement se traduit par un état dépressif. La personne n’a plus les mêmes points de repères qu’auparavant. Elle perd ses marques habituelles, ce qui la désorganise et la déstabilise. Différents ressentis vont caractériser cette période. La souffrance éprouvée se manifeste par de la tristesse et du découragement. La personne se sent désemparée et elle décompense facilement. Ceci se traduit par divers sentiments :

Image de Stonehenge

— La dénégation est plus ou moins la première réaction, mais elle se manifeste régulièrement tout au long du deuil. Combien de fois n’a-t-on pas l’impression " que cela n’est pas vrai " ? Souvent se présentent des circonstances où l’on a l’impression de reconnaître la personne ou d’entendre sa voix. Avec le temps qui passe, la fréquence de ce genre d’événements diminue. Pourtant, il est toujours surprenant de constater, même bien des années plus tard, qu’il y a des incidents qui rappellent le passé. Le souvenir d’un être aimé ne s’estompe jamais complètement.

— La désorganisation qui suit l’annonce du décès ou le changement de situation perturbe l’ordre des habitudes de vie observées jusqu’alors. De fait, ce qui a été n’est plus, et cela nécessite une réorganisation. Pour ce faire, il est nécessaire de se donner le temps de bien se situer dans la nouvelle conjoncture. Il est important de s’autoriser à vivre son deuil et de s’accorder un délai pour le faire.

— C’est une période difficile avec des émotions changeantes. Tantôt elle se caractérise par de la tristesse, par le fait de se sentir abandonné, perdu, mais en vie, tantôt par de la joie et du bien-être. La joie de vivre et de se sentir en vie va aussi se manifester pendant le deuil. L’être humain est l’ambivalence même dans sa façon d’être. Tout en ayant aimé profondément la personne, sujet du deuil, il peut y avoir eu des moments et certaines circonstances où l’on a souhaité sa mort. Ceci crée un sentiment de culpabilité, de honte et de crainte. Cette attitude ambivalente est très fréquente, naturelle et peut perturber l’équilibre et l’harmonie. Elle incite à une remise en question des valeurs.

— Le regret de ne pas avoir fait ce qu’il aurait fallu pour éviter le changement de repères peut aussi laisser des traces. Ne pas avoir dit ou exprimé quelque chose qui, à l’époque, semblait difficile ou anodin, peut traverser la pensée et hanter l’esprit. Cette diversité de sentiments perturbe et rend le deuil difficile. La compréhension de la dualité ainsi que l’attachement vécu par rapport à la personne déterminent la façon de s’exprimer et de penser tout au long de la période de deuil.

— Le deuil permet la découverte de la solitude. La personne est seule avec des pensées et une manière d’être qui lui sont propres, seule dans la tristesse et son expression. La prise de conscience de l’être unique que nous sommes est à la fois accablante et réconfortante. Accablante parce que la situation révèle l’immensité de la solitude. Réconfortante, puisque dans cette solitude existe la présence d’un potentiel propre à chacun. Cette découverte est fragile au départ, mais vaut la peine d’être retenue et développée.

— La durée de la phase dépressive dépend de l’attachement et de la façon dont la séparation a eu lieu, ainsi qu’à la faculté d’adaptation. Lorsque la personne reste bloquée dans sa démarche et "tourne en rond" sans pouvoir reprendre une activité professionnelle ou une activité redonnant un sens sacré à sa vie, au bout de plusieurs mois, on parle d’un état dépressif profond. Ces situations demandent une attention particulière et nécessiteraient l’aide d’un professionnel, qui souvent n’est ni souhaitée ni consciente chez la personne souffrante.

— La souffrance vécue lors de la phase de la dépression varie selon le moment. En relation avec l’attachement à l’être cher, elle peut avoir une fonction d’autopunition. Elle peut également être une raison de se sentir exister ainsi que d’éprouver de la douleur, comme la personne principale (l’objet) de la perte, avec elle, ou pour elle. Ces sentiments sont liés à la peur de la mort et de l’inconnu. Ils indiquent une demande de secours.

La réadaptation

Tous ces états émotifs font partie de la progression de la vie, qui est cyclique. Elle est souvent illustrée par une spirale ou par un chemin qui gravit une montagne. à intervalles réguliers, l’être humain se retrouve dans le même genre de situation. Par éducation et par habitude, il réagit en général de la même manière. Parfois, ces réactions sont désagréables, en premier lieu pour soi-même, mais également pour l’entourage. Une mauvaise compréhension et un malaise plus ou moins intense peuvent s’installer et rendre le processus de deuil plus difficile.

Image de Stonehenge

A partir du moment où il y a une prise de conscience de cette situation, il est possible d’agir pour installer une amélioration des conditions. Puisqu’un laps de temps avec ses expériences de vie s’est écoulé entre chaque événement, l’être humain a pu évoluer et porter un regard différent sur la situation. à partir de là, les réactions peuvent s’adapter et devenir constructives. Il est possible de "décoder" une attitude destructive et de s’habituer à une autre qui, elle, est constructive. Ainsi se met progressivement en place un bien-être relatif. Ces considérations aident pour atteindre l’étape suivante du deuil, qui est la réadaptation, où l’intégration de la nouvelle situation s’est plus ou moins faite. Cette démarche consiste à se donner le temps de se familiariser avec la nouvelle donne, de passer à travers tous les souvenirs, les bons comme les mauvais. C’est aussi s’habituer à vivre avec la perte, cet espace vide qui est si béant au départ mais qui, avec le temps, diminue pour laisser place aux acquis du présent.

Afin de faciliter l’intégration et permettre un bien-être dans la réadaptation, il est aussi nécessaire de comprendre l’importance du pardon. Accepter de se voir avec des qualités et des défauts, c’est se voir avec des yeux tolérants, c’est aussi se pardonner soi-même. La représentation de l’autre mérite également une attention particulière. En effet, accepter que l’autre soit différent, accepter qu’il soit parti, permet au pardon de prendre forme. Vivre ensemble signifie de bons moments comme des épisodes difficiles. Prendre en considération la responsabilité partagée des instants heureux et malheureux en facilite l’acceptation. Un soulagement s’ensuit, déterminé par le respect. Le soulagement de donner la permission à l’autre de ne plus être présent permet de continuer la vie sans lui. C’est ainsi que progressivement, on arrive au bout d’une étape qui semblait au départ infiniment grande et insurmontable. La création de nouveaux liens et de nouveaux objectifs restructurant la vie devient possible.

Le deuil différé

Il peut arriver que lors d’un deuil, il n’y ait aucune manifestation apparente. La personne continue à vivre comme si rien ne s’était passé. Aucune expression ne s’extériorise. Pourtant, le chagrin de la perte est immense, voire incommensurable, tellement grand qu’il n’y a pas de mots pour le décrire. Dans ces cas, on parle d’un deuil différé. Tout est mis de côté. La seule chose à faire par l’entourage, c’est d’être à l’écoute de la personne et de rester prête à l’aider le moment venu.

En effet, après une période plus ou moins longue, un petit événement insignifiant peut rappeler le choc antérieur et devient ainsi le facteur déclenchant du processus de deuil. Souvent, la personne et l’entourage ne comprennent pas l’ampleur et l’importance de la réaction, qui est souvent démesurée par rapport à l’incident. Au lieu de se présenter comme une procédure normale, le vécu du deuil devient alors un phénomène étrange et peut induire de nombreux malentendus. Il est important, dans ces moments, de ne pas en faire un drame plus grand qu’il ne l’est en réalité, tout en reconnaissant le sérieux de l’événement. Dans une telle situation, il est important que la personne ressente un soutien solide, et puisse compter sur la présence et l’écoute de l’entourage, quel que soit le moment.

III - Quelques outils nécessaires pour affronter

le deuil avec sérénité

Le deuil est naturel et normal. C’est autorisé d’être en deuil ! C’est un droit que chaque être humain doit s’accorder. Le fait de s’informer et d’informer donne la possibilité d’agir en connaissance de cause, ce qui peut rendre les difficultés plus faciles à gérer. Quelle que soit la situation, il vaut mieux pouvoir agir sur un terrain adapté aux événements. Cela veut dire que l’attitude va être adaptée aux circonstances, et les réactions appropriées. Bien entendu, la difficulté reste la même, mais il est possible de mettre à contribution ses propres moyens pour faire face à la situation et la rendre plus facile à assumer.

Les informations reçues pendant l’enfance

Les informations reçues pendant l’enfance vont déterminer les schémas de comportement en relation avec le caractère de la personne et son vécu. Par la suite, ces schémas de comportement se manifestent chaque fois que des situations similaires se présentent et stimulent les centres de stress. Certaines réactions en réponse au stress provoqué par un changement sont positives et aident à progresser. D’autres sont déstabilisantes et incitent à une régression.

Image de Stonehenge

Souvent, la réaction au stimulus (le phénomène qui provoque le stress) est inconsciente et se fait d’une manière spontanée. Pourtant, observer son comportement peut provoquer une prise de conscience. Dans ce cas, il est possible de se remettre en question et de voir par quels moyens améliorer les conditions.

 

Chaque être humain a au fond de lui-même des valeurs nobles et dignes qui lui sont propres. Ces valeurs, souvent très claires pendant l’enfance, sont camouflées avec le temps, par des attitudes d’adaptation, en premier lieu, à la vie de l’entourage immédiat. Par la suite, la vie sociale influence et peut inciter à une inhibition de cette dimension. Quelle que soit la vie d’un être humain, celui-ci est tributaire de cette intégration sociale.

 

Le stress, nécessaire à la survie

Sans le stress comme facteur déclenchant l’énergie de survie, l’être humain ne va pas très loin. Un certain niveau de stress est nécessaire afin d’assurer la survie et les actes créatifs. En effet, le stress provoqué par diverses situations stimule la sécrétion hormonale des glandes, qui influencent les différents organes et le comportement de l’être humain. Un cumul de stress, sans possibilité de détente (d’expression) bloque la circulation des énergies et des émotions. Il est évident que l’apprentissage de la vie influence également le comportement et de ce fait, la production et la circulation des hormones dans le corps. Ces deux facteurs vont ensemble déterminer les réactions face à un changement.

La première tendance devant un facteur de stress est de vouloir fuir ou enlever l’objet perturbateur. On ne veut pas que la situation se présente telle qu’elle est vraiment. Le plus facile, c’est de faire comme l’autruche en cas de danger, c’est-à-dire mettre la tête sous terre pour ne pas le voir, ou l’éliminer de notre vue de toute autre manière. Comme le deuil il fait partie de nous-même, il n’est pas possible de le fuir. Quelle que soit l’attitude adaptée pour le rendre inexistant, il est impossible d’y échapper. Une souffrance, qui parfois peut sembler insurmontable, s’installe.

Une autre attitude consiste à essayer la résistance à cet état, mais elle est limitée dans le temps car très rapidement, le surmenage s’installe, avec des signes d’épuisement. Au bout de quelque temps, des tensions intérieures s’installent et il devient difficile de faire face à toute situation de stress. Le mécanisme de défense qui consiste à suivre l’événement sans vraiment y prendre part ne permet pas de se positionner ni de s’exprimer. Pour s’aider à mieux vivre, modifier son comportement "type" et en développer un autre permet de se trouver plus à l’aise dans la situation. C’est un peu comme surfer sur une vague en se laissant porter par elle. La destination dépend du mouvement de la vague, pas vraiment de la personne elle-même. Dans le cas où il n’y a pas de prise en considération des vraies valeurs intimes, cette attitude aboutit à une insatisfaction : apprendre à surfer, c’est se laisser porter par la vague, ce qui est insuffisant pour la réalisation de soi.

Il reste une quatrième réaction qui, elle, permet un développement personnel et la réalisation de soi. Elle consiste à modifier l’interprétation du facteur déclencheur du stress. En se posant la question " que puis-je faire afin que cela aille mieux ? ", on augmente les possibilités de découvrir d’autres valeurs et d’autres potentiels qui sont propres à l’intimité de chacun. Cela nécessite, entre autres, une modification dans la manière de se raconter l’événement et celle de le raconter aux autres. La façon dont une expérience est rapportée influence la qualité de la vie. Cette quatrième attitude permet de s’interroger et de s’exprimer sur les aspects qui nous semblent favorables et défavorables afin d’en faire une synthèse qui permet à l’être humain de se construire et d’être ce qu’il doit être. C’est apprendre à regarder autrement afin d’améliorer les conditions de la vie, et de reconsidérer la situation.

Oser — c’est permettre au nouveau de surgir

Arrive un moment où la souffrance est tellement grande qu’il est nécessaire de réexaminer les données. C’est à ce moment qu’il est bon d’oser faire autrement. Ceci nécessite de s’arrêter et de se resituer. Une remise en question avec une évolution dans la manière de penser et d’agir sont parfois l’unique attitude valable afin de permettre une nouvelle perception mieux adaptée à son bien-être, et retrouver l’harmonie, même si ce n’est pas chose facile. Apprendre un nouveau comportement demande du temps, du courage, de l’honnêteté et de la persévérance, car il n’est pas facile de quitter les sentiers battus même si c’est pour une amélioration. Il existe différentes réactions possibles afin de trouver le bien-être. Ces diverses possibilités se résument en un mot : " oser "...

Oser apprendre un nouveau comportement

Le temps d’adaptation à une nouvelle manière d’être et de vivre correspond à une période d’observation et de mise en garde vis à vis de nos propres réactions. Cette attitude nécessite une honnêteté et une persévérance sans pareilles, puisque tous les moyens sont bons pour reprendre les anciens repères. Quelle que soit le comportement adopté pour dévier l’attention d’un nouveau mode de fonctionnement, il importe de rester conscient et attentif à ce qui procure le bien-être sincère et profond qui sommeille en chacun. Un entraînement assidu est nécessaire pour assurer l’instauration satisfaisante de nouvelles habitudes. Ceci peut être illustré par le marin qui apprend à connaître son bateau et à naviguer les jours de beau temps et quand la mer est relativement calme afin de pouvoir mener son navire à bon port lors des tempêtes. Cette analogie suggère qu’il est important de rester consciemment présent dans le maintenant (sans lâcher le gouvernail) quand il y a des épreuves à traverser. La familiarisation avec cette attitude se fait dans les moments les plus favorables afin de faciliter la prise de conscience du moment présent et du potentiel qui s’y trouve. Il en va de même avec les pensées et les émotions déstabilisées et perturbantes lors de la souffrance. Il faut se familiariser, lors des bons moments, à vivre dans la dimension du présent pour pouvoir apprivoiser les pensées et les émotions et ainsi découvrir une notion intemporelle. De cette façon, ces valeurs nouvelles sont assimilées et permettent de mieux gérer une situation difficile.

Il y a des moments où il est impossible de rester fidèle à sa nouvelle façon de voir les choses. L’ancienne manière d’agir prend le dessus ; cela est normal. Ce dont il faut se rappeler, alors, c’est que lorsque la turbulence s’est calmée et que l’on y voit de nouveau clair, on revient au point où l’on se trouvait dans la démarche, mais avec une expérience en plus ! Chaque événement difficile est porteur d’un élément constructif. Peu à peu, l’entraînement va amener la satisfaction de rester conscient, cohérent et intègre dans le présent, quelle que soit la situation. L’importance des moments difficiles diminue et il devient progressivement plus facile de faire face aux difficultés. Cet apprentissage nécessite, bien entendu, un accompagnement par une personne avisée, qui partage les mêmes valeurs nobles de persévérance, d’honnêteté et de courage.

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Oser reconnaître et exprimer ses vraies valeurs

Afin de s’assurer que le choix de la nouvelle conduite soit le bon, il est nécessaire de s’arrêter et de s’écouter. La souffrance cache la dimension positive et créatrice de l’être intérieur. L’apprentissage de l’écoute de ses vraies valeurs intimes et du présent assure la reconnaissance de ce qui est bénéfique pour le développement d’une nouvelle attitude dans la vie. Cette dimension créative et bienfaisante du présent devient le guide permettant de passer les périodes désagréables, avec plus de sérénité et plus de sens de l’observation, qui facilite la réalisation de cette démarche. Cette méthode implique une attention pertinente et neutre du ressenti, sans omettre ou annuler des sentiments. La vision globale d’une situation favorise l’accueil du ressenti et des vraies valeurs du présent.

Toute émotion est un facteur qui déclenche le stress. Non-exprimée, cette énergie s’accumule dans le corps et dans l’esprit, et agit sur le métabolisme et le comportement, modifiant ainsi l’état de la santé. L’expression de l’être profond évacue ce stress et permet à l’énergie de circuler librement. Une bonne marche et le contact avec la nature aident à libérer la tension due à un cumul de stress. Elle peut aussi se mettre en libre circulation par les cordes vocales (le chant), par la musique ou par la parole. D’autre fois, c’est la main qui exprime le ressenti à travers l’écriture, la peinture, le dessin ou le toucher. L’essentiel est de trouver sa propre façon de libérer le surplus d’énergie et d’oser le mettre en pratique. Dans le quotidien, s’installe peu à peu une nouvelle manière de gérer le stress consciemment. En toute sérénité, oser continuellement exprimer ses vraies valeurs fait circuler l’énergie créatrice d’une manière régulière et harmonieuse.

Oser structurer, en mettant de l’ordre dans les pensées

Il est difficile de penser clairement dans des situations de stress. Souvent, il y a un tumulte dans les pensées, déterminé par une désorganisation totale. Les valeurs sont perturbées ainsi que la faculté de penser d’une manière cohérente. Il devient difficile de prendre des décisions, parfois les plus simples. Mettre de l’ordre dans une désorganisation amène une structure qui rassure. Dans ces situations de grand tumulte, il est important d’apprendre à s’arrêter et de permettre à la pensée de se poser. Pour ce faire, on peut répéter mentalement un mot ou une petite phrase, voire visualiser une image. Cette invocation doit être choisie par chacun selon sa compréhension de la paix et de l’harmonie. Elle doit rester en relation avec la vie intime de la personne. Il est évident que ce genre de démarche est difficile et nécessite de nombreuses heures d’entraînement, à renouveler certainement toute la vie. Cette structuration permet la clarification des idées, aide à l’intériorisation et à avoir une attitude de plus en plus sereine.

 

Oser demander de l’aide et oser prendre soin de soi

Image de Stonehenge

 

Reconnaître ses besoins et agir en fonction d’eux, c’est prendre soin de soi. Faire cela d’une manière adéquate nécessite un arrêt afin de déterminer quelles sont les vraies valeurs. Il est également primordial d’avoir "l’audace" (se permettre) de demander de l’aide. Afin d’avoir des points de repère, il est nécessaire d’avoir un témoin extérieur à soi. Le choix de cette aide est toujours en fonction de qui peut permettre la réalisation de ses vraies valeurs. Le développement personnel est une tâche délicate. Il est donc très important que ce choix reste en relation avec la dimension du bon sens et de la sérénité. Progressivement, la mise en place des différentes structures va conduire vers une mise en évidence de ce qui est bon pour soi, selon les vraies valeurs intérieures, afin de vivre au mieux le présent.

Oser être réaliste en vivant l’instant présent

Il est nécessaire d’être réaliste et de s’avouer ses limites, sans pour autant renier son potentiel. Il est bon de se donner le temps, d’être tolérant vis à vis de soi-même et de s’offrir la possibilité de recommencer si le succès escompté n’a pas lieu tout de suite ou si l’on se trouve devant une difficulté. Le contact avec la dimension créative de notre être profond aide à gérer le présent. La persévérance, la disponibilité, l’honnêteté et la sincérité sont des éléments nécessaires pour vivre l’instant présent avec les valeurs intimes et le potentiel disponibles sur le moment. Ce contact avec le présent nécessite d’entrer en silence. Le silence permet l’écoute de soi-même et met l’être en contact avec la dimension profonde et créatrice. Cette attitude d’écoute permet d’être en résonance avec la vie et de vivre le présent en portant un regard vers un lendemain plus harmonieux et avec la possibilité de créer de nouveaux liens. C’est oser espérer un avenir meilleur.

Image de StonehengeIV - Conclusion

" Connais toi toi-même et tu connaîtras le monde. " Une bonne écoute de soi va graduellement élargir la compréhension de soi-même, puis l’écoute de l’autre. Cette attitude confirmera l’ancien adage " Connais toi toi-même et tu connaîtras le monde ". Tout accompagnement est une démarche de développement de soi pour chaque participant. Cela peut se faire en toute sérénité, que ce soit pour soi-même ou pour quelqu’un d’autre. Il est nécessaire néanmoins de garder à l’esprit quelques règles importantes :

— Ne jamais demander à une personne en plein deuil d’accepter la situation et d’évoquer la possibilité que cela amène quelque chose de bon.

— éviter de donner des conseils ! Personne n’en a besoin, chacun sait au fond de lui-même ce qui lui est nécessaire.

— Garder la bonne distance, avec une attitude bienveillante, facilite tout contact.

— Se respecter et respecter l’autre, sans banaliser et sans dramatiser, amène un climat de confiance.

— Respecter le temps nécessaire à l’installation du bien-être.

— Pour assurer une bonne écoute, il est également indispensable d’être présent à ce qui se dit.

Le plus grand obstacle dans cette démarche est la peur, émotion qui engendre aussi le stress : la peur de se voir soi-même différent de ce que l’on pense être. La crainte de sa propre mort est également présente d’une manière plus ou moins consciente, celle aussi de blesser ou de déranger la personne en deuil. Ce sont toutes des facettes de la même peur de l’inconnu, qui existe en chaque être humain. Oser s’avouer cette peur, c’est enlever toute une carapace qui empêche d’entrer en contact avec soi-même et son entourage. Il faut savoir que pour la personne en deuil, il est bon de pouvoir parler de ce qui se passe en elle, de trouver une oreille attentive sans jugement de valeur, et de partager ses préoccupations.

être, dans le moment présent, en contact avec l’autre dans une attitude d’empathie permet d’observer les événements d’une manière claire et apaisante. C’est pour cela qu’il est si important de s’entraîner à être attentif à ce qui est bon pour soi et de veiller à ne pas perdre l’objectif que l’on s’est donné. Ainsi, le nouveau va surgir tout en douceur et sans bruit, car l’essentiel réside dans le silence de l’écoute. Illustrations pp. 26, 28, 30, 35 extraites du Livre des morts des anciens égyptiens, édition Minerva, Paris 1989.

Bibliographie

La Sainte Bible, version synodale, Lausanne, Suisse 1956.

Le Livre des morts tibétain, le Bardo Thödol, Librairie d’Amérique et d’Orient, éditions Maisonneuve, Paris 1979.

Parlons de la mort et du deuil, P. Cornillot et M. Hanus, éditions Frison-Roche, Paris 1997.

Les mystères de la mort et de la réincarnation, Philippe Deschamps, Diffusion Rosicrucienne, 1999.

Les deuils dans la vie, Michel Hanus, éditions Maloine, Paris 1995.

Le développement personnel au service de l’autre, Harriet Amiet, article de l’ASI Soins Infirmiers 2/98.