La
Musique sacrée afro-américaine : des Spirituals au
Gospel
par Philippe Petit
Le gospel est considéré comme une musique sacrée, cest-à-dire que son inspiration sinscrit dans une démarche religieuse et que son exécution prend place dans le déroulement dun office. Mais cette musique est également liée à lhistoire dun peuple et à son intégration, qui nest toujours pas achevée de nos jours ! Ce peuple, venu dAfrique, réduit en esclavage, va se retrouver confronté à une culture qui lui est totalement étrangère, et cest à partir de la rencontre de la culture africaine traditionnelle et de la culture européenne que va débuter une aventure musicale hors du commun. Larrivée du peuple noirCest le 31 août 1619 que les vingt premiers esclaves arrivent à Jamestown, en Virginie. Ainsi débute un des exodes les plus massifs et les plus tragiques de notre histoire, et cest en 1641 que sont mises en vigueur les lois qui instituent officiellement lesclavage. Cest ainsi quun million de noirs environ furent arrachés à leurs racines, entassés dans des navires, pour être vendus aux propriétaires terriens du Nouveau Monde. Cest également en 1641 quest baptisée pour la première fois une esclave noire, et ce sera là le début dun long processus dintégration et de métissage culturel, à travers lévangélisation. LévangélisationBien que soit parfois posée la question de savoir si les esclaves ont une âme (!), lévangélisation des populations noires allait de soi pour les ministres du culte de ces églises issues de léglise réformée. Des missionnaires furent envoyés sur place et convertirent une partie importante de la population noire. Les esclaves baptisés faisaient maintenant partie de la communauté religieuse, et il était normal que ceux-ci assistent et participent aux offices. Rencontre avec la musique religieuse
A partir de 1730, les psaumes traditionnels furent peu à peu remplacés par des poèmes religieux appelés "hymnes", plus faciles à comprendre et à retenir. Le recueil intitulé Hymns and Spirituals Songs, que le docteur Isaac Watts avait publié en Angleterre en 1707, sera édité en Amérique en 1739. Ce recueil va rencontrer un très grand succès auprès des fidèles de race noire grâce à ses paroles plus vivantes et ses airs plus vifs et enlevés. Les diverses sectes protestantes des colonies adoptèrent peu à peu ces hymnes, délaissant les psaumes tirés de la Bible. Il est à noter que certains de ces hymnes ont été utilisés pendant plus de deux siècles dans les églises noires ; On peut citer : Amazing Grace, The Day is past and gone, entre autres Naissance des églises noiresLe christianisme fut assimilé sans grande difficulté par les populations noires, et ce pour deux raisons : la première était que leurs pratiques ancestrales leur étaient interdites, et la seconde que traditionnellement, les Africains en captivité adoptaient toujours les croyances du conquérant. Des églises méthodistes et baptistes "noires" furent alors fondées, telle lAfrican Baptist Church, créée en 1779. Les noirs étaient maintenant très nombreux à être convertis et ils allaient chercher à pratiquer "à leur façon" cette nouvelle religion. Ils purent le faire au cours des camp meetings. Les camp meetingsLes camp meetings furent un phénomène purement américain. Un camp meeting était un service religieux qui se déroulait sur plusieurs jours, parfois même une semaine ! Ces réunions pouvaient accueillir plusieurs milliers de fidèles, sans distinction de couleur et se tenaient en particulier dans des forêts. Lors de ces cérémonies se faisaient entendre des sermons enflammés (en anglais preaching) ainsi que des chants magnifiques, repris en chur par tous les fidèles. Mais cest surtout après le service officiel que les noirs se réunissaient et interprétaient les chants des camp meetings à leur façon, en y ajoutant de nouveaux couplets, parfois improvisés, tirés des textes sacrés. Là, conformément à la tradition africaine, le prédicateur entonnait une phrase qui était reprise par lassemblée selon un système responsorial (question-réponse), avec une très grande ferveur. Cest ainsi que naquit une nouvelle forme de musique religieuse, les spirituals. La danse, tout comme en Afrique, était intimement associée à ces chants dune nouvelle facture. Comme on peut limaginer, ils étaient interprétés avec une joie extatique, qui transformait littéralement les psaumes et les hymnes, mêlant intimement danse et liturgie. Il est intéressant de constater que peu à peu se produisit une identification de la communauté noire en esclavage au peuple dIsraël captif en égypte, et les textes tirés de la Bible, principalement de lExode, revêtaient à ce moment-là une signification toute particulière, en accord avec leur situation dexilés. Ces textes servaient parfois même de code pour organiser des évasions desclaves vers le Nord grâce au chemin de fer ! Les chants liturgiques devenaient dans ce cas lexpression de la révolte dune communauté. Ces chants ont été appelés negro-spirituals. Les negro-spiritualsLes spirituals étaient devenus une part importante des chants liturgiques entonnés lors des camp meetings. Ces chants se démarquaient de la musique jusque-là interprétée par les esclaves dans le sens où il sagissait pour la première fois duvres réellement originales, issues du "métissage" (mot à la mode aujourdhui !) de la culture populaire et religieuse blanche avec les traditions ancestrales de la musique africaine. En 1867 fut publiée par William Allen une compilation appelée Slaves Songs of the United States, regroupant des chants de la période comprise entre 1810 et 1860. Beaucoup de ces spirituals sont restés des "classiques" du répertoire actuel : Nobody knows, I want to go home, Go down Moses, etc. La transcription de ces chants était très approximative, car le système de notation musicale européen nest pas adapté aux nombreuses altérations, passages en voix de tête et autres improvisations laissées au gré des interprètes en fonction de leur humeur ou tout simplement de leurs limites vocales. Les esclaves noirs avaient tendance à abaisser les 3e et 7e degrés de la gamme diatonique, de façon à retrouver des sonorités typiques de certaines gammes africaines non tempérées. Ces altérations ont été appelées depuis blue notes et font maintenant partie intégrante de notre paysage musical quotidien. En 1861 débute une guerre féroce et fratricide entre partisans et adversaires de lesclavage, entre les états du Nord et ceux du Sud des états-Unis : la guerre de Sécession, qui sachève en 1865 La fin de lesclavageEn 1863, A. Lincoln prononce labolition de lesclavage qui sera étendue à tous les états à la fin de la guerre de Sécession. De ce fait, les afro-américains vont chercher à devenir des citoyens aussi respectables que possible et essaieront de gommer de leur art toute survivance de leurs racines africaines, toute trace de ce qui pourrait être appelé "sauvagerie". Ils vont tenter de montrer que leur musique est aussi sérieuse et respectable que celle de leurs concitoyens blancs. Une chose est désormais acquise : les anciens esclaves noirs sont devenus des Américains à part entière. Naissance de la première chorale
Mais un nouveau genre de formation va naître au sein de ces chorales : il sagit des quartets vocaux masculins, dont le répertoire était à peu près le même (chants traditionnels et folkloriques, negro-spirituals tirés des Slaves Songs de William Allen). Leur style était très occidentalisé, leur diction claire et leurs harmonies, issues de la musique classique européenne, sarticulaient sur des formules rythmiques simplifiées. Ces quartets connaîtront un très grand succès vers la fin du XIXe siècle. La naissance du gospelA partir de 1850, lurbanisation des populations noires provoqua lapparition dun nouveau style vocal, le gospel, qui correspondait davantage au style de vie des habitants des villes, alors en pleine expansion. On peut considérer que si les spirituals sont nés dans le décor champêtre des camp meetings, le gospel sest développé de son côté dans les zones urbaines, et ce quelques décennies plus tard. Mais cest au XXe siècle que le gospel allait acquérir ses lettres de noblesse. Le vingtième siècleDès lapparition des premiers enregistrements, le public afro-américain va devenir un objectif commercial à part entière. Des disques destinés à la population noire voient le jour et sont appelés race records. Dès lors, les chanteurs de blues, les orchestres de jazz et les quartets vocaux de gospel se mirent à enregistrer abondamment, diffusant leur musique dans tout le pays. Le style des quartets vocaux peut être divisé en deux tendances : dune part le style "Jubilée" aux harmonies élaborées et à linterprétation disons retenue, et dautre part le style "gospel", plus expressif et proche de la tradition vocale africaine. Sur le plan technique, le quartet est lune des formes vocales les plus abouties de la musique afro-américaine. La musique est harmonisée à quatre voix : soliste (lead vocal), ténor, baryton et basse. Ces voix (à part celle du soliste) peuvent être éventuellement doublées, ce qui permet davoir des formations comprenant un plus grand nombre de chanteurs. Ces formations sont invariablement appelées quartet aux états-Unis. La structure des morceaux était assez classique avec une alternance couplet-refrain. Le couplet était chanté par le soliste, alternant avec les réponses du chur. Petit à petit, linterprétation va se libérer et le soliste en arrive à tenir le rôle du preacher. De tels changements apparaissent vers la fin des années 20 et sont le signe dune affirmation des caractéristiques spécifiques de la tradition noire, après de nombreuses années de retenue. Certains artistes vont tirer parti de ce retour aux sources et obtenir les faveurs du public : ce sont justement les preachers qui vont connaître un énorme succès. On peut citer parmi eux le révérend J.M. Gates, dAtlanta et les révérends Mc Gee et Burnett. Il faut dire que ces preachers étaient le plus souvent baptistes, comme cest toujours le cas aujourdhui.
Blues et gospelÀ ce stade de notre étude, il peut être intéressant daborder les relations parfois orageuses entre le gospel et le blues. Les églises noires, très puritaines, se posaient en rempart contre le vice et la débauche, et toléraient mal que leurs fidèles fréquentent les bars, cabarets et autres lieux de "perdition" où se produisaient en général les bluesmen. Cest pour cette raison que de nombreux artistes ont eu les pires difficultés à mener de front une carrière de chanteur de gospel et une carrière de chanteur de blues. Il était pourtant tout naturel que ces genres se mélangent, car leurs racines sont communes et seule la différence de lieu et de contexte a fait que des dissemblances notables sont peu à peu apparues. Tout dabord, le gospel peut être considéré comme le moyen dexpression dune collectivité rassemblée autour de thèmes communs, alors que le blues, lui, semble être lexpression dune individualité. En effet, les paroles des bluesmen traitent de problèmes plutôt personnels comme la solitude, la tristesse, parfois même la joie, ou encore, et cest plus significatif, de problèmes que rencontre lindividu par rapport au groupe (lexclusion en particulier). Sur un plan technique, même si linterprétation du gospel fait très souvent appel aux blue notes et autres particularités de la musique afro-américaine, la forme des chansons sapparente à celle des chansons populaires (couplet et refrain de 32 mesures) alors que de son côté le blues se présente le plus souvent sous la forme de thèmes courts, construits suivant un schéma harmonique de 12 mesures. Il nen reste pas moins que ces deux formes musicales sont très proches sur le plan de linspiration car elles expriment toutes les deux le mal de vivre des noirs-américains, individus isolés au cur dune société hostile, qui se regroupent au sein dune communauté religieuse pour y trouver du réconfort et surtout lespoir. Cest vers la fin des années 20, en pleine dépression, que le gospel moderne trouvera réellement son identité. Un homme sera largement à lorigine de cette évolution: il sagit de Thomas A. Dorsey, qui peut être considéré comme une des grandes figures de la musique afro-américaine. Thomas A. DorseyThomas A. Dorsey (1899-1993), fils dun pasteur baptiste, est élevé à Atlanta, en Géorgie, bercé par les hymnes du Dr Watts, ce qui ne lempêcha pas de commencer par chanter du blues ! Il va se tourner vers la musique religieuse à partir de 1926, mais cest à Chicago, en 1931, quil crée la première chorale de gospel (tout du moins la première à porter ce nom). Cest en 1932 quil fonde, avec la chanteuse Sallie Martin, la National Convention of Gospel Choirs and Choruses, grand rassemblement annuel de chorales venues de tout le pays, qui existe encore de nos jours. Dorsey va parcourir les états-Unis, allant déglise en église et recrutant sur son passage de nouveaux talents qui allaient devenir pour certains dentre eux de grandes vedettes du gospel. Dorsey était un compositeur prolifique, qui a eu le génie dintégrer à sa musique les caractéristiques du blues et du jazz, quil connaissait bien pour les avoir pratiqués au début de sa carrière. Cette introduction de la musique profane dans les uvres religieuses allait marquer un tournant dans lhistoire du gospel. Cette musique, jusque-là confinée aux lieux de cultes, allait pouvoir sortir des églises pour franchir les portes des cabarets et élargir son public. Certains artistes vont symboliser cette ouverture, entre autres sister Rosetta Tharpe et le Golden Gate quartet. Sister Rosetta Tharpe
Le Golden Gate QuartetUn quartet vocal allait lui aussi étendre sa popularité au-delà du public noir : il sagit du Golden Gate Quartet. Les membres du Golden Gate Quartet commencent à se produire en 1935. Leur premier disque, en 1937, marque le début dune longue série de succès qui continue encore de nos jours. En 1938, ils sont engagés à New York au Café Society, endroit "branché" de lépoque, où ils rencontrent un excellent accueil auprès du public blanc, ce qui leur permettra délargir leur audience jusquà devenir une figure emblématique de la musique afro-américaine dans le monde entier. Le Golden Gate Quartet a innové dans le sens où il a intégré, lui aussi, certains traits caractéristiques de la musique populaire de son époque. On peut noter en particulier les harmonisations parfaites, le swing volontiers jazzy, limitation vocale des instruments à vent, ainsi que les interventions narratives du soliste qui, sous la forme de sermons récitatifs peuvent sapparenter au rap que nous connaissons aujourdhui. De laprès-guerre à nos joursNous sommes en 1945. La guerre est finie, le monde panse ses plaies et la musique noire sort définitivement de son ghetto. De nombreuses petites compagnies phonographiques indépendantes voient le jour et se spécialisent dans la musique afro-américaine. Le terme péjoratif de race records va être remplacé progressivement par rhythm and blues. Les musiques regroupées sous cette étiquette se caractérisaient par des rythmes fortement accentués qui préfiguraient le rockn roll et la soul music. Lépoque nétait plus à la recherche du consensus. Si on avait assisté jusquici à des tentatives dintégration de la population noire, qui gommait volontairement les aspects particuliers de sa musique, cette période était définitivement révolue ! Laccompagnement instrumental du gospel avait relativement peu évolué depuis la fin du XIXe siècle, se réduisant à un piano ou une guitare. Cest vers le milieu des années 40 que lorchestre va sétoffer, dabord dune batterie, puis dune section rythmique complète (guitare basse, guitare électrique), et également dune section de cuivres, ce qui accentuera le coté "énergique" de lensemble. Sur le plan de la notoriété, ce sont les quartets qui occupent le devant de la scène. Les solistes de ces ensembles deviennent de très grandes vedettes qui attirent un public de plus en plus large. Parmi les grands solistes de cette période, on peut citer le révérend Franklin (le père dAretha), et Clarence Fountain, entre autres De nombreux groupes féminins voient également le jour, les solistes vont très souvent continuer leur carrière de façon indépendante, contrairement aux solistes masculins. Tout cela nous amène à parler dune des plus grandes chanteuses de la musique afro-américaine, Mahalia Jackson. Mahalia Jackson
Dautres chanteuses méritent également dêtre mentionnées et même dêtre considérées comme des divas : on peut citer Bessie Griffin et Marion Williams entre autres Il est aussi une chanteuse aujourdhui mondialement connue qui na jamais fait carrière dans le gospel, mais qui y revient fréquemment, tant cette musique est inscrite dans ses gènes : il sagit dAretha Franklin, fille du révérend Franklin, fameux preacher baptiste. Chanteuse-pianiste, Aretha Franklin va devenir la plus grande chanteuse de soul music. On ne peut que constater la grande homogénéité de lart vocal afro-américain, qui est à la base dune grande partie de la musique moderne qui englobe le blues, le gospel, le rhythm and blues, et même le rocknroll ! Le gospel de nos joursLes chorales ont toujours été une des formations emblématiques du gospel. Depuis lénorme succès du morceau Oh Happy Day, enregistré par une chorale appelée les Edwin Hawkins Singers, ces groupes, comprenant parfois jusquà une centaine de chanteurs, nont cessé doccuper le devant de la scène. Plutôt que dénumérer une liste de noms dartistes qui font aujourdhui lactualité de la musique gospel, il est à mon sens plus intéressant dexaminer les deux grandes tendances qui se dégagent dans le gospel actuel. Ces deux tendances sont : la sacred gospel music (réservée aux églises noires), et une musique appelée sécular gospel music, appellation paradoxale qui désigne ici une musique religieuse interprétée en dehors de son contexte sacré. Il est clair que la commercialisation du gospel a entraîné une certaine édulcoration de son message; il doit parfois se plier aux contraintes esthétiques de la musique à la mode et par là même perdre une partie de son authenticité ! Il faut souligner que linfluence du gospel et des spirituals est très importante dans tous les domaines de la musique vocale afro-américaine:on la retrouve dans le blues et le jazz, bien sûr, mais aussi dans la soul music, le funk et même le rap, qui utilise les mêmes procédés que les sermons des preachers ! Le gospel, musique sacréeAprès cet historique, obligatoirement incomplet, il est intéressant dexaminer laspect religieux et même mystique, sil y a lieu, de la musique gospel. Cet aspect est indéniable : les paroles des spirituals et des gospels songs font sans cesse référence à Dieu, à lAncien et au Nouveau Testament. On peut donc dire que lessence même du gospel est la recherche dun monde meilleur sexprimant à travers la prière. Cette prière sadresse bien sûr à Dieu, mais elle est également un exutoire à une souffrance immense, celle dindividus asservis, à qui lon refusa longtemps le statut même dêtres humains ! Sur le plan formel, elle est la survivance dune forme de liturgie ancestrale, dans laquelle le système question-réponse entre le soliste et le chur était déjà présent. Il faut savoir que de nombreuses tribus africaines nenvisageaient même pas de prier une divinité quelconque sans musique, chants et danses ! Les spirituals et le gospel expriment la prière dune communauté, quils soient interprétés en chur ou par un chanteur seul. Lindividu sadresse à Dieu en se fondant dans une assemblée et cest aussi ce que font les Chrétiens du monde entier lorsquils chantent des cantiques dans les églises ! La différence réside dans le fait que les chants entonnés et la manière de les interpréter sont le résultat de la rencontre de la musique religieuse européenne et de la musique traditionnelle africaine, et ce dans des circonstances très particulières. Le mysticisme, si nous consultons le dictionnaire, est "la recherche dune union parfaite avec Dieu ou lAbsolu dans la contemplation ou lextase". Lextase est bien présente dans le gospel et se manifeste par la transe de certains fidèles, emportés par le rythme et lémotion qui se dégagent de cette musique. En effet, lors des offices, les participants frappent dans leurs mains, dansent et chantent pendant parfois des heures, jusquà atteindre un état second où leur personnalité semble littéralement "projetée" dans la musique, ce qui, je le pense, ne manquera pas dintéresser les mystiques que nous sommes Citons en concordance le cas des Derviches Tourneurs de la tradition soufie qui atteignent lextase en tournant sur eux-mêmes, sabsorbant dans le Tout par leffet conjugué du mouvement et de la musique. On peut néanmoins avancer que le gospel est tout sauf une musique contemplative ni même une musique de méditation, telle que peuvent la concevoir beaucoup doccidentaux, qui ont tendance à oublier, et parfois même à mépriser, limportance du rythme dans la musique, au profit de leffet lénifiant de notes ténues et de nappes de synthétiseurs. Le rythme nest-il pas omniprésent dans lunivers, et ce jusquà lintérieur de notre propre corps ? Quoi quil en soit, lécoute du gospel garantit à son auditeur une intense émotion, une véritable plongée dans les profondeurs de lêtre, et par là même une prise de conscience de son moi le plus profond, ce qui ne peut être quune expérience des plus enrichissantes ! Le gospel nest pas seulement un style musical; il est également un moyen par lequel les noirs américains ont réussi à affirmer leur identité, leur union et leur culture, tout en créant une forme artistique originale. Ceci peut être illustré par une citation dun membre éminent de notre Ordre, Nicholas Roerich : « Dans la Beauté nous
sommes unis,
Noire et blanche De toutes les musiques,
faire son credo, La peau est noire,
la vallée est toute blanche, Les chants de coton
embaument les cantiques, Les souffrances
du jour écrivent la partition, La musique forme
le langage universel, Daniel Perruchon |
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